Répression : Et si tout le monde détestait vraiment la police ?

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La violence répressive qui s’est abattue sur les manifestation a très rapidement fait évoluer la perception de la police dans une partie de la population.

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, on a vu une explosion des violences policières. Face à la détermination dans les manifestations, sur les ronds-points et dans les blocages, l’État montre les dents et sort son arsenal répressif. Dans de nombreuses villes, les manifestations sont systématiquement noyées sous les gaz lacrymogènes, les grenades et les tirs de Flash-Ball. La stratégie de maintien de l’ordre mise en place par le pouvoir est tout bonnement hallucinante. L’objectif semble de terroriser et de frapper au hasard  : vous êtes dans une manifestation après 16 h 30, vous risquez de suffoquer, de perdre un œil ou une main, d’être ramassé par la Brigade anticriminalité et jeté en prison après une parodie de procès. Le nombre de mutilé.es par la police se porte à plus d’une centaine  : certains dans le coma, éborgné.es ou touché.es au visage suite à un tir de flashball, d’autres amputé.es d’un membre par une grenade explosive.

Police et justice sont main dans la main pour protéger le pouvoir et la propriété privée. Après la phase de violence brutale dans la rue, le second volet répressif se joue dans les tribunaux. Les procès expéditifs se multiplient, les peines sont très lourdes et de nombreuses personnes partent plusieurs mois en prison pour des motifs effarants (présence à un rassemblement, intimidation, volonté de commettre des violences…). Par exemple, à Toulouse en deux mois de mouvement, le décompte faisait état de 410 interpellations, 115 déferrements devant un tribunal, 196 mois de prisons avec sursis, 121 mois de prison ferme (y compris les peines aménageables), 10 500 euros de dommage est intérêt pour certains flics [1]… Au niveau national, mi-février, Édouard Philippe parle de 1 800 condamnations prononcées et 1 400 en attente de jugement.

Des centaines d’interpellation pour des motifs effrayants

Au début, une partie des gilets jaunes pouvaient avoir des mots d’ordre du style «  la police avec nous  ». Aujourd’hui, le discours a changé et on entend bien davantage des slogans comme «  tout le monde déteste la police  ». Ce mouvement étonne encore par sa détermination. Les participantes et participants, pour qui ce sont parfois les premières manifs, arrivent de plus en plus équipé.es, avec des casques, masques et lunettes de protection, se renseignent sur les stratégies de défense, etc. La solidarité et la défense collective se mettent en place. Il s’agit de diffuser les bonnes pratiques pour minimiser la casse en manifestation (s’équiper, faire masse pour empêcher les arrestations), en cas de garde à vue (ne rien déclarer pour ne pas s’incriminer) et en cas de déferrement devant un tribunal (refuser la comparution immédiate pour mieux préparer sa défense). Des groupes organisent encore la solidarité avec les prisonniers, en assistant systématiquement aux procès, en organisant des rassemblements devant les tribunaux et les prisons, en récupérant les numéros d’écrou pour écrire aux détenu.es… Face à la répression, dans la rue, dans les tribunaux et dans les taules, il faut rompre l’isolement, éviter la dissociation entre bons et mauvais manifestants pour affirmer encore la force collective des exploité.es.

Elsa (AL Toulouse)

[1« Justice et gilets jaunes », Collectif Automédia étudiant.

 
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