Retraites : Construire la riposte à l’austérité de gauche

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On savait que le combat contre le projet de loi sur les retraites serait difficile. Pourtant la première mobilisation n’a pas été ridicule. Cela montre qu’il y a bien un potentiel de combativité.

Surprise, la journée d’action du 10 septembre contre la réforme des retraites sauce PS n’a pas été le fiasco attendu : 370 000 personnes ont manifesté, avec des chiffres de grève faibles en général mais un nombre significatif de débrayages bien suivis, dans le privé comme le public. Sauf que depuis... rien ! Après avoir temporisé, FO appelle seule à un rassemblement national le 15 octobre. La CGT n’a du coup pas pris la peine de contacter Solidaires et la FSU, puis a pris l’initiative d’appeler unilatéralement à une semaine d’action du 7 au 11 octobre, pour le début d’examen de la loi à l’Assemblée. Cette cacophonie, qui vient s’ajouter à la division avec les syndicats « réformistes » (CFDT, Unsa, CFTC, CGC), est tout à fait regrettable et doit être dénoncée (on ne ferait pas mieux si on ne voulait pas se battre), tout en reconstituant en parallèle l’unité syndicale à la base, en l’étendant aux quelques syndicats « réformistes » manifestant un désaccord avec leur confédération et organisations étudiantes.

Le collectif « La retraite, une affaire de jeunes » a appelé à un rassemblement le 18 septembre à Paris. Ce collectif rassemble, autour de la revendication de prise en compte des années de formation et de chômage dans le calcul des annuités la CGT, Solidaires et la FSU, l’Unef et ses syndicats lycéens, les organisations de jeunesse du Front de gauche, le NPA, mais aussi le MJS, les jeunes Verts et les jeunes Radicaux de gauche. Les syndicats ont logiquement calculé que l’augmentation du nombre d’annuités prévue par le projet touche seulement les moins de 40 ans, et que la mobilisation des jeunes est donc un enjeu crucial. Ils ont par contre oublié (ou fait semblant d’oublier) que l’Unef est cul et chemise avec le PS.

Construire la lutte à partir des préoccupations immédiates

Première erreur à ne pas faire : lutter frontalement contre la réforme des retraites. Pour bien des salarié-e-s, surtout les plus jeunes, la retraite c’est un truc vague qui s’éloigne un peu plus à chaque nouvelle loi, et au sujet de laquelle les différents gouvernements mentent dans la continuité. Si on avait confiance en l’avenir et si on n’avait que ça à faire de penser à notre retraite pourquoi pas, mais pour bien des salarié-e-s, la priorité c’est l’emploi (licenciements, précarité, suppressions de postes) et les salaires (chantage à l’emploi dans le privé, gel du point d’indice dans le public, et, sur un autre plan, impôts toujours plus importants pour les classes populaires, avec la hausse de la TVA). Construire des luttes nécessite de partir des revendications des travailleurs et des travailleuses, et c’est en politisant celles-ci qu’on construira un mouvement d’ensemble sur les retraites. Les coups pleuvent et sont bien tangibles aujourd’hui (voir AL n° 231). Rappelons simplement qu’AL prend toute sa place notamment dans les luttes contre les licenciements et contre la réforme de l’assurance-chômage en préparation.

Unef, MJS et consorts ne s’y sont pas trompés : le collectif « La retraite, une affaire de jeunes » n’attaque pas réellement le projet de loi. Une meilleure prise en compte des années de formation et de chômage peut très bien être vue comme un amortissement des conséquences de la réforme pour les jeunes qui ont fait des études. Il n’est donc pas impossible que ça soit une carte à abattre pour désamorcer une mobilisation qui monterait dans la jeunesse.

Tous ensemble pour le retrait

Ensuite, il faut arrêter de faire croire qu’il suffit par quelques manifestations d’envoyer un « signe fort (…) en direction du patronat, mais aussi en direction du gouvernement pour faire entendre [nos] revendications » (Lepaon, dépêche AFP du 9 septembre) ou encore que « cette réforme constitue un progrès notamment sur la pénibilité et la prise en compte des années d’étude mais nous voulons améliorer le projet de loi » (Lepaon, interview sur France info le 10/9/13). Non, le gouvernement PS-Verts n’est pas dur d’oreille ou mal conseillé. Il est clairement du côté du patronat et veut aider celui-ci à restaurer son taux de profit en baissant le « coût du travail », c’est-à-dire nos salaires directs et indirects (retraites, indemnités chômage, etc.). Le projet ne sera donc jamais « amélioré » significativement, il sera soit voté, soit retiré sous la pression de la rue. C’est dans cette seconde perspective qu’il faut se situer, en revendiquant le retrait du projet et en construisant un rapport de force par la grève, le tous ensemble.

La présence au sein du collectifs jeunes du MJS, des JRG et des jeunes Verts entretient l’illusion que le dialogue est possible avec le gouvernement. Si encore ces organisations, ainsi que l’Unef, étaient forces d’entraînement... Mais non seulement ça n’est pas le cas mais en plus elles n’en ont aucune volonté (contrairement par exemple au collectif Stop CPE en 2006). Ainsi, au rassemblement parisien du 18 septembre, on comptait 30 Unef à tout casser, et deux ou trois représentants de chaque organisation gouvernementale.

Certains auront pu constater l’étrange discours des communistes dernièrement, insistant sur la distinction entre gouvernement et Parti socialiste.

C’est maintenant qu’il faut se battre

Il est juste de composer avec la partie (majoritaire) du mouvement social qui a pu croire en Hollande, voire qui milite au PS mais ne se reconnaît pas dans la politique actuelle, et de ne pas se complaire dans la dénonciation. Il convient néanmoins de ne pas prendre des vessies pour des lanternes. Et surtout, le cœur du débat est ailleurs pour les communistes. Les municipales approchant, le PS va continuer d’œuvrer à la désagrégation de l’implantation municipale du PCF. Celui-ci va donc tenter de limiter la casse par des alliances avec le PS, mais ce sera compliqué si à côté un mouvement social d’ampleur dénonce la politique du gouvernement PS-Verts. Le PCF fait donc le grand écart entre le PS et son allié le PG qui refuse toute alliance au premier tour avec les socialistes.

C’est bien maintenant qu’il faut se battre, et il est regrettable que ces petits enjeux électoraux pèsent sur la construction d’une mobilisation. C’est par la construction d’un mouvement social de masse contre l’austérité de gauche qu’on changera la donne, qu’on redonnera de l’espoir pour se battre contre ce système à bout de souffle et qu’on sèmera les germes d’une autre société.

Grégoire (AL Orléans)

 
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