Retraites : Et maintenant ... bloquons l’économie !

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Les journées de manifestations et de grèves des 7 et 23 septembre ont amplement démontré le caractère massif du rejet de la politique de la droite et des diktats du Medef sur les retraites comme sur le reste (emploi, salaires, casse des services publics). Comment poursuivre la mobilisation pour gagner ?

Les deux dernières journées de mobilisation permettent de pointer les limites et les contradictions d’une intersyndicale qui a su donner un caractère massif aux démonstrations de rue mais constitue aujourd’hui un obstacle au développement des luttes. Depuis le début du débat sur le projet de loi Woerth, deux positions syndicales coexistent.

CGT, CFDT, FSU, UNSA, CGC et CFTC défendent l’idée d’une négociation avec le gouvernement sans même évoquer l’idée d’un retrait de ce projet patronal pur jus. FO, Solidaires, un nombre non négligeable de syndicats CGT et FSU et, hors intersyndicale, la CNT, défendent l’idée d’un retrait pur et simple de ce texte où il n’y a rien à négocier et qui n’est aucunement amendable. Ceci pour une simple et bonne raison, c’est qu’il fait reposer l’effort supplémentaire de financement sur les seules travailleuses et travailleurs, détruit le système par répartition pour un système de capitalisation, augure d’une baisse du niveau des retraites et recule l’âge de départ en retraite. Autrement dit patrons et gouvernants veulent imposer le fait de travailler plus pour gagner moins à l’ensemble des travailleurs et travailleuses, et donc un projet avantageux pour les seuls capitalistes.

En ce qui concerne les moyens d’action, le problème est extrêmement simple. S’il s’agit de négocier avec le gouvernement sans remettre en cause la logique capitaliste de cette loi, alors les journées d’action de 24 heures sans liens entre elles et des cortèges de manifestants bien canalisés sont largement suffisants.

Si en revanche, il s’agit d’obtenir le retrait de ce nouveau cadeau royal aux capitalistes, alors c’est un très haut niveau de confrontation qui est nécessaire. Ce qui rime avec des actions de blocages de l’économie s’articulant avec des grèves reconductibles menant à la grève générale.

Réformisme et défaitisme

La journée du 7 et surtout celle du 23 septembre qui a rassemblé plus de trois millions de manifestants et encore plus de grévistes ont apporté un certain nombre de clarifications. A deux reprises, le couple Thibault-Chérèque surpris par l’ampleur de la mobilisation, s’est efforcé de l’envoyer dans une voie de garage en repoussant toujours plus loin l’échéance de mobilisation suivante. Décidément, le réformisme est plus que jamais un défaitisme.

En effet un rapprochement des temps forts aurait pu donner de bien mauvaises idées aux travailleurs et aux syndicalistes de lutte nécessairement irresponsables, comme l’idée de les rapprocher toujours plus au point d’enchaîner les jours de grève et de les rendre reconductibles.

C’est ce qui a amené Solidaires à refuser de signer les deux déclarations de l’intersyndicale des 8 et 24 septembre, mais aussi à appeler à reconduire les grèves et à construire la grève générale.

Côté moyens d’action, les positions de FO sont en décalage avec son intransigeance sur le retrait du projet de loi. En effet, FO défend l’idée d’une grève générale de 24 heures paralysant le pays. Jean-Claude Mailly, son secrétaire général, explique sans rire à qui veut l’entendre que face à une telle démonstration de force, Sarkozy, impressionné n’aura pas d’autre choix que reculer. C’est seulement qu’alors FO envisagera de se poser la question de la reconduction.

Cette posture de FO n’a toutefois rien d’étonnant. On se souvient de la fameuse déclaration de Marc Blondel de 2003 expliquant que « la grève reconductible, c’est la méthode du syndicalisme révolutionnaire ». Autrement dit Sarkozy et Parisot, qu’on a peu entendue ces derniers temps, peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Syndicalistes unitaires pour la grève générale

Face à une telle inertie, il fallait prendre des initiatives à la hauteur du mécontentement qui monte contre la politique de hold up social du tandem Sarkozy-Parisot. C’est ce qu’ont décidé de faire les syndicalistes Solidaires, CGT, FSU, CNT, CDMT, CUT et STC qui ont lancé l’appel des syndicalistes pour la grève générale.

Cet appel est tombé au bon moment. Il se prononce sans ambiguïté pour le retrait de la contre-réforme des retraites au moyen de la grève générale et donc du blocage de l’économie. Mais aussi, il constitue un acte fondateur en appelant toutes et tous les syndicalistes de classe à se rassembler pour agir ensemble durablement.

Dès les premiers jours, cet appel a reçu les signatures de centaines de syndicalistes, notamment de FO et parfois de la CFDT, de la CFTC, de l’UNEF, de la FSE, voire de la Confédération paysanne. Les initiateurs de cet appel sont souvent représentatifs de structures syndicales et n’agissent pas qu’en leur nom propre. L’appel a été diffusé massivement dans un certains nombre de villes comme Paris, Marseille, Rouen, Toulouse, Orléans, Grenoble, Tours, Rennes, … et il a reçu à chaque fois un excellent accueil.

Déborder les bureaucraties syndicales

A l’instant où nous mettons sous presse, un certain nombre d’assemblées générales ont décidé de reconduire la grève. C’est le cas dans cinq des six raffineries de Total grâce à SUD et à la CGT, dans plusieurs hôpitaux, écoles, lycées, mairies…

Ce qui est à l’ordre du jour, c’est l’extension de ces reconductions et le débordement des directions syndicales soutenues bruyamment par le gouvernement et les médias de marché.

Il va falloir faire comprendre que ce n’est pas aux Chérèque et Thibault de décider mais aux seuls travailleurs et travailleuses. Et oui, la victoire ne peut être que l’oeuvre des travailleurs eux et elles-mêmes. Le débordement des bureaucraties par la multiplication de comités de grévistes et de coordinations de ces mêmes comités à l’échelle locale comme nationale sera la tâche suivante.

Pour progresser, il ne s’agit pas de s’appuyer sur les seuls bastions traditionnels de lutte (transports, éducation, poste, finances, personnels des collectivités locales) presque tous situés dans le secteur public. Il faut s’adresser à toutes les travailleuses et tous les travailleurs, du privé, du public, ainsi que les privés d’emploi, mais aussi en partant des réalités et des revendications qui leur sont propres, les conditions de travail, l’emploi et les salaires n’étant pas les moindres.

L’appel des organisations de jeunesse contre le projet Woerth constitue un point d’appui important et la mobilisation dans les lycées et les universités qui effectuent leur rentrée peut constituer un apport appréciable. Il va également falloir convaincre pour dissiper la peur, l’attentisme et le scepticisme alimentés par les manœuvres des bureaucraties syndicales.

Faire grève, ce n’est pas se croiser les bras et attendre. Pour faire plier le gouvernement, il faut que les travailleurs et les travailleuses prennent le contrôle des entreprises, bloquent les centres industriels, les raffineries, les plates-formes de distribution, les transports. Il faudra aussi renouer avec les pratiques ouvrières de solidarité de classe, en constituant d’indispensables caisses de grèves car sans ce nerf de la guerre qu’est l’argent il n’est pas possible de tenir.

N’attendons rien du PS ni de 2012.

Ce qui est en jeu, c’est bien un choix de société. Une défaite sur les retraites comme en 2003 permettrait au gouvernement de redoubler de violence dans ses attaques contre le monde du travail, contre les chômeurs, les précaires, la jeunesse, les femmes, les immigré-e-s. Du reste, le gouvernement vient d’annoncer de nouvelles mesures iniques contre la Sécurité sociale et contre les jeunes marié-e-s sur le plan fiscal. Une défaite remettrait en selle un jeu politique dominé par les échéances électorales et donc le PS, qui dit vouloir défaire cette loi en cas de victoire en 2012 tout en sachant qu’il ne reviendra pas sur les lois scélérates de 1993 et de 2003 qui ont déjà contribué à faire reculer les droits en matière de retraite.

A cela il faut ajouter qu’en cas de retour aux affaires, le PS appliquera la même politique antisociale que ses homologues grecs et espagnols (baisse des salaires, baisse des retraites, casse de l’emploi public et des services publics, cadeaux aux banques... ).

Au contraire, une victoire redonnerait confiance à l’ensemble des travailleuses et travailleurs, renforcerait le syndicalisme de classe, ouvrirait sans doute une crise politique et ouvrirait des perspectives à toutes celles et ceux qui veulent construire une alternative autogestionnaire au capitalisme.

Elle aurait une résonance dans toute l’Europe et au-delà, et redonnerait espoir à toutes celles et ceux qui veulent mettre le capitalisme à la retraite.

C’est ce à quoi travaille Alternative libertaire en étant actif aussi bien sur le front social, l’unité des syndicalistes de classe que sur le développement d’une organisation communiste libertaire utile pour les luttes et la construction d’une alternative révolutionnaire. D’ailleurs, notre action et notre expression rencontrent un écho croissant. Cela est très encourageant, car les difficultés actuelles nous montrent qu’on a plus que jamais besoin d’une organisation libertaire défendant une stratégie offensive plus forte et encore plus présente dans les entreprises, les quartiers et la jeunesse.

Laurent Esquerre (AL Paris Nord-Est)

 
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