vendredi, 21 novembre 2014
 
 

Retraites : Le gouvernement veut faire payer les classes populaires

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Le gouvernement a annoncé le 16 juin les mesures qu’il allait prendre dans le cadre de la réforme des retraites. Alors que le mouvement social s’oppose depuis des mois au report de l’âge de départ comme à l’allongement de la durée de cotisation, le gouvernement a fait le choix d’ignorer la volonté populaire, en reculant l’âge de départ à 62 ans et en portant la durée de cotisation à 41 ans et 3 mois dés 2013.

Ces mesures ont pour seul objectif la baisse des pensions, afin de diminuer la part patronale dans le financement des retraites et d’approfondir le mouvement de transfert de richesses en faveur des capitalistes. La plupart des salarié-e-s n’atteindront jamais l’âge légal et le nombre requis d’annuités, ou alors en étant au chômage ou au RSA, au prix de sévères décotes. L’âge où les salariés pourront partir sans décote est lui aussi repoussé de 65 à 67 ans, âge où l’espoir d’être en bonne santé est faible pour la plupart des travailleurs et des travailleuses, notamment celles et ceux ayant des emplois pénibles. Alors que les pensions sont déjà trop faibles, le gouvernement ambitionne de faire basculer une bonne partie des classes populaires dans la misère, au bénéfice d’une minorité de nantis pour qui la retraite n’existe pas, puisqu’ils n’ont jamais travaillé !

Premières victimes : les ouvriers, les femmes et les jeunes

L’offensive gouvernementale se dissimule derrière des rideaux de fumée destinés à faire croire que les revendications populaires ont été entendues. La pénibilité sera prise en compte, mais sur un mode purement individualiste : les salarié-e-s souffrant « d’un affaiblissement physique avéré » pourront encore partir à 60 ans, mais cet affaiblissement sera déterminé par une visite médicale, soumis à un arbitraire inacceptable et accordé individuellement et non en fonction de la catégorie sociale ou de la branche d’activité, alors que les ouvriers ont une espérance de vie inférieure de plusieurs années à celle des cadres. Faudra-t-il que les travailleurs et les travailleuses s’auto-mutilent à 60 ans pour gagner leur droit à partir à la retraite ? Les femmes seront plus particulièrement victimes de cette réforme : par exemple, le droit à un départ anticipé pour les fonctionnaires ayant eu 3 enfants sera supprimé, alors que 99% des bénéficiaires sont des femmes.

Les jeunes précaires pourront valider davantage de trimestres en période de chômage non indemnisé (6 au lieu des 4 actuels). Mais la pression sur les plus de 60 pour qu’ils continuent à se tuer à la tâche provoquera une hausse du chômage des jeunes qui fera plus que compenser cette avancée factice. Alors que les effets de la crise sont encore loin d’être épongés, et que le chômage atteindra des sommets dans les années qui viennent, le gouvernement n’a pas trouvé mieux que de venir alourdir le fardeau avec cette contre-réforme des retraites. Enfin, ultime maquillage, le gouvernement fait semblant de toucher aux hauts salaires et aux revenus du capital, en annonçant 1% de prélèvement sur la dernière tranche de l’impôt sur le revenu ou sur les dividendes et plus-values. Mais il refuse toujours de toucher au bouclier fiscal ou de supprimer les cadeaux fiscaux au patronat qui grèvent le financement des retraites. Que l’on se rassure : les sommes détournées au profit des capitalistes grâce au reste de la réforme épongeront largement ces minuscules hausses de prélèvements.

Contre-attaquer

L’annonce du gouvernement change bien entendu la donne pour le mouvement social. S’opposer à une réforme est d’autant plus difficile que celle-ci n’existe pas encore. On peut espérer que la sortie du bois du gouvernement dynamise un mouvement social jusqu’à maintenant insuffisant pour faire échouer la réforme. La journée de mobilisation du 24 juin peut donc prendre une allure différente des précédentes journées. Elle peut apparaître comme un ultime test, qui, s’il est réussi, peut encourager à la construction d’une grève interprofessionnelle reconductible à la rentrée, seule susceptible de faire reculer le gouvernement.

Dans cette perspective, la réaction des organisations syndicales et politiques a été unanime. Mais est-ce forcément bon signe ? Martine Aubry a fustigé « une réforme irresponsable » et promis de se battre contre la réforme aux côtés des syndicats. En réalité, comme le montre sa promesse de revenir sur la réforme si elle est élue en 2012, son objectif est d’abord d’utiliser la colère des travailleurs et des travailleuses pour en faire des pourcentages électoraux. L’intérêt du PS est donc que la réforme passe, afin de pouvoir faire semblant de s’en indigner et d’en récupérer les fruits, tout en montrant que le salut vient des urnes et non des luttes.

Même la CFDT a dû en reconnaître le caractère injuste de la réforme. Cela présage d’une rentrée sociale où l’ensemble des syndicats devrait envisager un mouvement social d’ampleur, et le maintien de l’intersyndicale dans sa forme actuelle, conformément aux vœux de la direction confédérale de la CGT. L’objectif de la CFDT est d’échanger la prise en compte de la pénibilité contre l’allongement de la durée de cotisation et le report de l’âge de départ. Elle n’est donc qu’à moitié opposée à la réforme actuelle. On ne pourra même pas parler de trahison concernant la CFDT puisqu’elle a clairement annoncé la couleur à l’issue de son dernier congrès. De manière générale, rien n’est à attendre des bureaucraties syndicales dans ce combat - comme dans aucun autre.

C’est donc à la base que se pose avec urgence, la question de l’unité syndicale et de la lutte sur des revendications claires. En effet, tandis que les réactions des bureaucrates aux commandes des appareils syndicaux est sans surprise, et malheureusement sans grand espoir, la véritable force du mouvement social repose sur l’unité à la base des syndicalistes de lutte de classe, seule à même de déclencher une dynamique capable de secouer la léthargie des directions.

Vincent Nakash AL Paris-Sud