Argumentaire n°8 (2010)

Retraites : notre avenir n’est pas à vendre !




5 bonnes raisons de lutter contre cette nouvelle « réforme » des retraites :

1. Parce qu’elle parle de tout sauf de la redistribution des richesses

Tout est envisagé pour sauver le navire, tout sauf... de prendre de l’argent à ceux qui en ont le plus : les patrons, les actionnaires... L’augmentation des cotisations patronales et la taxation des revenus financiers sont les grands absents des solutions pour résoudre le financement des retraites.

2. Parce que le « déficit » annoncé est un mensonge

Le « déficit » des caisses de retraite est estimé à 7,7 milliards d’euros alors que les cadeaux aux patrons à travers les exonérations de cotisations s’élèvent à près de 30 milliards d’euros.

3. Parce que derrière la réforme, ce sont les fonds de pensions qui guettent

En affaiblissant le régime général, l’État encouragera la capitalisation. Cela permettra au patronat des assurances de mettre la main sur les colossaux volumes d’argent que représentera le « marché des retraites ».

4. Parce qu’elle est aussi parfaitement idéologique

Il s’agit, pour la classe dirigeante, de renforcer sa domination sur la population. En détruisant le régime de retraites par répartition, elles veulent aussi mettre à bas le principe de la solidarité collective. Que chacun se débrouille pour sa retraite : les riches paieront des assurances privés ; les pauvres travailleront plus vieux !

5. Parce que le capitalisme n’est plus supportable

L’État veut nous faire payer aux salarié-e-s une crise capitaliste dans laquelle ils n’ont aucune responsabilité. Il est temps de mettre un terme à la casse sociale et de construire un mouvement qui renverse la vapeur.

Il faut en finir avec ce capitalisme criminel qui conduit la société – et la planète – à sa perte !


PROJET CONTRE PROJET

travailler plus longtemps pour engraisser les compagnies d’assurances

ou

travailler moins pour travailler toutes et tous, et vivre mieux

La « solution » proposée par l’État au « problème des retraites » qu’il a lui-même créé, ce serait de faire travailler les salarié-e-s toujours plus longtemps, jusqu’à 65 ans ou plus. Les arguments servis pour nous convaincre à perdre quelques années de plus de notre vie à la gagner ? L’allongement de la durée de vie et le creux de la pyramide des âges, censés rendre impossible le financement des retraites par les cotisations des actifs.

Leur seul horizon : la baisse des pensions

Mais de tels arguments ne font que démontrer l’hypocrisie du gouvernement, puisqu’à l’heure actuelle, la plupart des salarié-e-s, malgré la retraite à 60 ans, sont éjectés du marché du travail avant cet âge (à 58 ans en moyenne), et finissent donc leur vie active au chômage, voire en maladie ou en invalidité. Aujourd’hui, 40 % des salarié-e-s ne sont déjà plus en activité au moment de faire valoir leurs droits à la retraite. Tout simplement parce qu’ils ont été mis à la porte de leur entreprise par leur patron qui les jugeaient trop vieux, plus assez efficace... Les capitalistes et l’État prétendent aujourd’hui vouloir nous faire travailler plus ? La manœuvre est grossière : le patronat veut en fait que les salarié-e-s touchent des retraites misérables, en les empêchant de parvenir à l’âge requis ou au bon nombre d’annuités.

C’est qu’un retraité, c’est coûteux. Et ça ne travaille pas. Que voulez-vous que les capitalistes fassent de ces gens là ? En effet, pour le patronat, les gens ne valent que tant qu’ils peuvent travailler et donc l’enrichir.

L’actuel système de retraites par répartition est le fruit d’un compromis historique. Le capitalisme a été obligé de le concéder après 1945 parce qu’alors le mouvement était en position de force. Depuis soixante ans, il n’a eu de cesse de revenir sur la concession qu’il a dû faire à l’époque.

Mettons le capitalisme à la retraite

Pour autant, peut-on se contenter de défendre un compromis historique dont, aujourd’hui, le patronat ne veut plus ? C’est bien l’ensemble du système capitaliste qui pose problème.

Sa raison d’être est de générer un maximum de profit pour une minorité privilégiée, par tous les moyens possibles. Si nous voulons en finir avec l’exploitation, le travail aliéné, la souffrance au travail, c’est d’un changement radical de société dont nous avons besoin.

Les communistes libertaires veulent une société débarrassée du capitalisme, où le travail aurait un sens et serait même une source d’épanouissement. Où le partage équitable du travail permettrait de faire disparaître le chômage et d’abaisser le temps de travail pour toutes et tous. Où les richesses créées seraient distribuées équitablement selon les besoins de chacun et de chacune. Où le socialisme et l’autogestion nous épargneraient la cohorte de parasites (patrons, chefaillons, actionnaires) qui aujourd’hui vivent de notre travail et nous pourrissent la vie.

C’est là, et pas dans les gesticulations gouvernementales, qu’il faut chercher une solution au « problème » des retraites, et plus généralement à la crise du système capitaliste.


LES DIFFÉRENTS SYSTÈMES EN LICE

Le système par répartition : le plus stable et solidaire

Le système de retraite par répartition, mis en place après 1945, est celui qui fonctionne aujourd’hui en France. Il est fondé sur une solidarité entre les générations : les actifs d’aujourd’hui payent les pensions des retraités d’aujourd’hui à travers leurs cotisations sociales et ce sont les actifs de demain qui financeront à leur tour les retraites des actifs d’aujourd’hui. Il y a un rapport entre la durée des cotisations, leur montant, et le montant des retraites versées ensuite. Les cotisations sociales qui financent les retraites constituent un prélèvement sur la richesse produite qui est ensuite redistribué. Mais ce système répercute sur les retraites de demain les inégalités de salaires d’aujourd’hui.

Le système par capitalisation : l’insécurité boursière

Dans ce système, le futur retraité est censé économiser pour toucher une retraite par la suite. L’argent épargné est versé dans un « fonds de pension » confié à une banque ou à une société d’assurances qui l’utilise pour spéculer sur les marchés financiers en promettant à l’épargnant une rente au moment de la retraite. Mais la personne qui épargnerait en 2010 n’accumule qu’une possibilité de rente pour sa retraite en 2040. Sa retraite-rente dépendra en effet exclusivement de la rentabilité du capital mesurée en 2040. Dans cette conception, la redistribution des richesses n’existe plus puisque chacun est renvoyé à sa propre épargne, soumise aux aléas de la bourse. Le projet de fonds de pension « pour sauver les retraites » était encore proposé par le PS lors de la dernière présidentielle (interview de Ségolène Royal au Journal des finances du 24 mars 2007) et l’objectif était partagé par l’UMP et l’UDF (aujourd’hui Modem). Mais avec la crise financière de 2008, les épargnants américains ont vu jusqu’à 20 % de leur placements partir en fumée, obérant d’autant leur future retraite.

Le système par points : chacun pour soi

C’est un régime dans lequel chaque année, les cotisations du ou de la salariée sont converties en achat de « points ». Bien sûr, plus on a un gros salaire, plus on accumule de points. Au moment du départ en retraite, la ou le salarié fait le total de ses points, dont la valeur peut être indexée sur les prix ou sur les salaires et peu varier au cours de la vie du cotisant. Les salarié-e-s sont lésés par leurs périodes de chômage et si la valeur du point est revue à la baisse. Il s’agit d’une complète individualisation du système de retraite et la solidarité intergénérationnelle n’existe plus : chacun cotise pour lui-même. Ce système par points est déjà utilisé pour les complémentaires retraites Agirc et Arrco, et la valeur du point fait l’objet de renégociations régulières entre les « partenaires sociaux ». Si le système par points devenait la norme, il n’y aurait plus de retraite mininum.

Le système par comptes notionnels : un mécanisme aveugle

Dans ce régime, existant par exemple en Suède, chaque assuré est titulaire d’un compte d’épargne virtuel auquel il cotise chaque année. Le capital accumulé est virtuel, car le régime fonctionne en fait par répartition : les cotisations collectées financent les retraites de l’année courante. Le compte ne sert que d’intermédiaire de calcul. Le capital virtuel est revalorisé chaque année selon un indice, fixé par les responsables du régime. La pension versée sera proportionnelle au capital virtuel accumulé, modifié en fonction de l’âge effectif de départ en retraite et de l’espérance de vie à ce moment-là, c’est-à-dire du nombre moyen d’années restant à vivre au nouveau pensionné. La notion de répartition est complètement vidée de son contenu car ce système est foncièrement individualisé. De même, ce régime a « l’avantage » de dépolitiser le débat sur le montant des retraites. En effet, en introduisant un mécanisme d’ajustement automatique en fonction de l’espérance de vie, on s’exonère une fois pour toutes de futurs débats sur le montant des pensions... et on abolit le principe d’une retraite minimale !


JOUER NOS RETRAITES EN BOURSE ? JAMAIS !

Avec la crise financière, il est apparu clairement que la bourse, c’est l’insécurité, l’irrationnel et la fuite en avant. Le gouvernement et le patronat sont donc embarrassés pour proposer frontalement des fonds de pension – c’est-à-dire le placement des retraites en bourse – et ils avancent masqués.

Les différents projets de « refonte » du système de répartition (système par points, comptes notionnels...) sont les prémisses d’une capitalisation qui ne dit pas son nom. Ils conduiront nécessairement à une baisse des pensions. Donc ils obligeront ceux et celles qui en ont les moyens à cotiser à des assurances privées pour espérer une pension plus décente. Or, les assurances utiliseront cet argent pour spéculer en bourse.

Les retraités américains escroqués

Avec ce système, les épargnants américains ont vu jusqu’à 20 % de leurs cotisations retraites partir en fumée lors de la crise financière de 2008. Pour les assurances privées, c’est un moyen de mettre la main sur les montagnes d’argent que représentent les cotisations retraites, et qui aujourd’hui restent hors de leur portée, en-dehors des circuits financiers. Pour le patronat, ce serait également un grand avantage, puisque les cotisations patronales ne seraient pas augmentées. Il pourrait ainsi préserver sa galette et reverser moins de miettes aux salarié-e-s qui l’ont constituée par leur travail.


UN DÉFICIT FABRIQUÉ DE TOUTES PIÈCES

D’un côté, 7,7 milliards d’euros de déficit pour l’assurance vieillesse en 2009. De l’autre, 30 milliards d’euros d’exonération de cotisations sociales pour le patronat. Et il faudrait, pour permettre ce hold-up, que les salarié-e-s se serrent la ceinture et travaillent plus vieux ?

L’argument récurrent pour justifier la casse de la Sécurité sociale, c’est « le déficit ». Donc pour résoudre ce problème, il faudrait mener une politique d’austérité et se serrer la ceinture. Or, cela est faux.

Le déficit de la branche vieillesse du régime générale (salariés) de la Sécurité sociale est évalué à 7,7 milliards d’euros pour 2009. Dans le même temps, les différentes exonérations de cotisations patronales accordées par l’État s’élèvent à près de 30 milliards d’euros par an selon les calculs du Syndicat national unifié des impôts [1].

Parce que l’État exonère les riches, il va demander à présent aux salarié-e-s de travailler plus, plus longtemps, et pour des pensions de retraites diminuées !

La population est victime à plusieurs niveaux. La richesse produite par les travailleurs est accaparée en grande partie par le capital (patrons, actionnaires...). Sur cette richesse accaparée, la partie prélevée par les cotisations sociales servant à financer les solidarités collectives (retraites, chômages...) diminue. Le patronat participe donc de moins en moins aux solidarités collectives. De plus l’État utilise l’argent collecté par les impôts (donc payés par tout le monde) pour subventionner les entreprises. Enfin, l’État veut démanteler les systèmes de solidarité collective afin que ce soit les individus qui prennent en charge leur survie. L’addition de tout cela est bien salée. Les travailleurs enrichissent le patronat plusieurs fois, de façon directe (par la richesse produite) et indirecte (par nos impôts).

Tout ça pour voir les prestations sociales diminuer !

Il n’existe pas de problème de financement

Il faut prendre l’argent au bon endroit ! La seule solution réaliste et efficace à court terme pour assurer le financement des retraites est de faire payer les capitalistes. Il faut augmenter les cotisations patronales proportionnellement au taux de profit. Il est légitime pour les salarié-e-s de récupérer la richesse qu’ils ont produite.

C’est avec cet argent que nous pourrons refinancer les services publics, les systèmes de solidarité comme les retraites ou l’assurance-chômage. Les richesses produites par le peuple doivent revenir au peuple. Aujourd’hui, cette question est volontairement mise à l’écart du débat comme si cela était impensable. Nous devons l’imposer. Il faut se réapproprier les richesses qui nous sont volées tous les jours.


Notre solution

AVEC QUEL ARGENT FINANCER LES RETRAITES ?

Pour financer les retraites, la question n’est pas tant de savoir s’il faut cotiser 45, 40, 37,5 ou 25 annuités. La question c’est de faire payer les classes possédantes. La société est largement assez riche pour assurer un revenu décent à toutes et tous.

Quand l’État tarit la source de financement des retraites et de la Sécu, il est particulièrement hypocrite de paraître ensuite s’étonner du déficit qu’il a créé.

Puisque le capitalisme nous épuise à la tâche puis avant de se débarrasser de nous, qu’au moins il passe au tiroir-caisse : finançons les retraites en commençant par supprimer les exemptions fiscales et par augmenter les cotisations patronales. Certes, le Medef gémira, criera à l’assassinat de la compétitivité, brandira en modèle des pays où l’on voit des hommes et des femmes de 70 ans travailler dans les fast-food pour ne pas mourir de faim. N’oublions pas que cet argent vient fondamentalement du travail fourni par les salarié-e-s. S’en réapproprier une maigre partie pour nos retraites, ce n’est que justice.

Puisque dans le capitalisme, les salarié-e-s ne travaillent que pour le bénéfice des possédants, ils ont raison de vouloir en sortir au plus vite. Face à un capitalisme qui exploite, impose des cadences infernales, le harcèlement physique et moral, engendre de multiples (et de plus en plus nombreux) accidents du travail, maladies professionnelles, dépressions, suicides, et plus généralement la souffrance sur le lieu de travail... les retraites constituent une porte de sortie.

Il n’y aurait pas à se désoler d’être remercié à 58 ans en moyenne, comme c’est le cas aujourd’hui, si le système garantissait en échange un revenu constant. La retraite, c’est un salaire sans les contraintes du travail salarié.

Dans une société où le chômage dépasse les 10 % [2], allonger la durée légale du travail est un crime. Pour désengorger le marché de l’emploi, il ne faut pas reculer l’âge de départ en retraite, au contraire, il faut l’avancer : 55 ans pour toutes et tous !

Les annuités ? Obsolète

Ensuite, le versement des pensions doit être désindexé du nombre d’annuités cotisées. Pour la majorité des salarié-e-s dont le « déroulement de carrière » n’a rien de linéaire, il est pratiquement impossible d’atteindre ne serait-ce que les 40 annuités de cotisation. Les femmes, les anciens chômeurs de longue durée, les travailleuses et les travailleurs immigrés arrivés tardivement en France, ceux et celles entrés tardivement sur le marché du travail... Le concept des annuités est obsolète. Défendre les 40 annuités ou le retour aux 37,5, c’est bien, mais ce qu’il faut revendiquer en priorité, c’est une retraite décente pour toutes et tous à 55 ans, sans conditions.

Enfin, il faut défendre le principe de la répartition, cette anomalie socialiste au sein du système marchand, et refuser toute capitalisation. Les cotisations vieillesse n’ont rien à faire dans des portefeuilles boursiers où elles engraisseraient les acteurs de l’économie-casino. Les institutions financières ont suffisamment prouvé ces dernières années leur complète irresponsabilité, pour que les travailleuses et les travailleurs esquivent ce piège.

Une logique radicalement inverse

  1. droit à la retraite à 55 ans pour toutes et tous, avec la totalité des droits quelle que soit la durée de cotisation… et avec l’embauche correspondant aux emplois libérés ;
  2. abolition de toute les formes de capitalisation (fonds de pension, « plan d’épargne salariale volontaire »…) qui gangrènent déjà le système actuel ;
  3. égalisation et revalorisation des retraites ;
  4. financement des retraites en annulant les exonérations et en augmentant les cotisations sociales du patronat : il faut être « réaliste » et « faire des sacrifices », les actionnaires peuvent se serrer la ceinture, pas les salarié-e-s !
  5. refus de la cogestion comme de l’étatisation des organismes sociaux (Sécu, assurance-chômage, etc.) et réappropriation par les assurés sociaux de leur gestion. Les administrateurs devant être élus, rendre compte de leur mandat et être révocables par ceux qui les ont élus.

[1Communiqué de presse du Syndicat national unifié des impôts en date du 27 janvier 2010.

[2Selon le calcul du Bureau international du travail.

 
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