Revue : Agone n° 43 : Comment le genre trouble la classe

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Cette dernière livraison de la revue semestrielle Agone consacre son dossier central au féminisme. La problématique générale porte sur la critique des théories queer, en tant que théories féministes inspirées des courants postmodernes. La thèse qui traverse le dossier consiste à réhabiliter une analyse en termes de classes sociales contre l’analyse déconstructionniste et langagière des théories queer.

Deux articles ont plus particulièrement attiré mon attention dans la volonté de centrer la problématique féministe autour des questions de classe. Le premier est celui de Miguel Chueca consacrés aux Mujeres Libres. À la veille du congrès d’Alternative libertaire, où des questions similaires vont être discutées, le rappel du refus de la CNT, de la FAI et de la FIJL de reconnaître en 1938 le statut de quatrième branche du mouvement libertaire aux Mujeres libres, doit nous donner à réfléchir sur la sous-estimation de la cause des femmes dont a parfois fait preuve le mouvement libertaire.

Le second article est celui de Nasima Moujoud et Jules Falquet, consacré à la question du travail domestique des femmes migrantes. L’article se donne comme horizon de « mettre en évidence un rapport de classe entre femmes et hommes », de montrer « que ce rapport de classe de sexe existe bel et bien ».

Cependant, il me semble parfois que la focalisation sur la critique de l’application des théories postmodernes au féminisme conduise à certaines interprétations discutables. Ainsi attribuer la tentative de déconstruction des catégories de sexe dits biologiques uniquement aux théories queer m’apparait problématique, dans la mesure où il me semble que cela est aussi présent chez les féministes matérialistes. J’en veux pour preuve que la féministe matérialiste lesbienne Monique Wittig se retrouve ainsi classée chez les féministes poststructuralistes dans l’article de Barbara Epstein.

Il peut être plus pertinent par ailleurs d’appréhender les théories queer, non pas comme des théories féministes, mais du point de vue des question LGBTI. Ce n’est pas un hasard, à mon avis, si les principales théoriciennes queer aux États-Unis sont des lesbiennes, et si les principaux introducteurs de ces théories en France sont des intellectuels ou des militants homosexuels.

Irène (CAL-PNE)

• Comment le genre trouble la classe, Agone n°43, 2010, 266 p, 22 euros

 
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