Sans-papiers à Orléans : une manipulation « anarcho-trotskiste » ?

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Le dimanche 18 mars 2007, une trentaine de sans-papiers investit le temple de l’Eglise réformée d’Orléans. Pour pousser la revendication de la régularisation de tous les sans-papiers, ils et elles décident ainsi d’exposer leur situation aux médias en occupant un lieu symbolique.

Ils et elles étaient alors accompagné-e-s et soutenu-e-s par l’Association des déportés mauritaniens en France, Solidaires, la commission solidarité du lieu autogéré Le Chiendent, Alternative libertaire, le Collectif des libertaires du Loiret et le PCF. Par la suite, la CGT, Droit au logement (DAL), la CNT et la Fédération anarchiste (FA) ont apporté leur soutien.

L’occupation du Temple avait été décidée quelques semaines plus tôt par un collectif d’immigré-e-s, constitué pour l’occasion et principalement formé de Mauritanien-ne-s, mais aussi de Sénégalais-es et de Congolais-es. Ils s’étaient tournés vers l’Eglise réformée à la suite de l’appel du président de l’ERF (Église Réformée de France) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Jean-Daniel Dollfus, à “oser les lieux de culte refuges”. Le temple d’Orléans était de plus le seul lieu symbolique facile d’accès, chauffé et équipé d’une cuisine. Il ne manquait plus que l’acceptation de l’occupation par le synode orléanais…

L’Église du côté de l’État

Malheureusement ce dernier, ancré dans la social-démocratie, devait trouver la question de la régularisation des sans-papiers trop incommodante en période d’élections ; il a donc déposé une demande d’expulsion conjointement au maire sarkozyste d’Orléans, Serge Grouard.

Après six jours de tentative d’isolement du mouvement, les quarante occupant-e-s ont été délogé-e-s, manu militari, par un important dispositif de forces de l’ordre. Il en fallait cependant bien plus pour décourager les sans-papiers en lutte et mené-e-s par des “ ni-ni ” (des opposant-e-s politiques mauritanien-ne-s ni expulsé-e-s, car rejeté-e-s par leur ambassade, ni régularisé-e-s). Le dimanche 25 mars, ils et elles occupaient donc une ancienne auberge de jeunesse, à cinquante, alors que le nombre de membres du collectif de sans-papiers atteignait les cent cinquante personnes.

Il faut s’arrêter un instant sur le fonctionnement de ce lieu d’occupation : soucieux-ses de rester autonomes de leurs soutiens -de plus en plus nombreux- les occupant-e-s autogèrent le lieu et décident collectivement de la suite à donner au mouvement, tous les soirs, et ce, après s’être réunis avec les soutiens.

Il a ainsi été décidé d’organiser un “ grand raffut ” pour le samedi 31 mars, qui a réuni 500 personnes (1 000 selon le PCF) et quatorze associations, organisations politiques et syndicales. Face à cette montée en puissance et à la médiatisation du mouvement, la mairie sarkozyste a multiplié les conférences de presse pour propager la calomnie d’une “ manipulation anarcho-trotskiste ”. Pourtant face à la détermination des acteurs de la lutte, cela n’a pas suffi et la droite a de nouveau eu recours aux instruments de répression étatiques. Le mercredi 11 avril, les sans-papiers étaient convoqué-e-s par le tribunal administratif d’Orléans. Le samedi 14, devançant l’intervention de la police les sans papiers ont changé de lieu d’occupation. Depuis la lutte s’organise autour d’une ancienne banque.

Matthias Piquet et Gaby (AL Orléans)


LE TRAVAIL DE SAPE

Dès le 20 mars, plusieurs associations orléanaises – Cimade, Asti, Ldh, Mrap, Toits du Monde (Association para-préfectorale créée par des anciens de l’Asti pour “ l’accueil ” des demandeurs d’asile) – signaient une déclaration commune condamnant le mouvement entamé par les sans-papiers orléanais. Les prétextes : instrumentalisation des sans-papiers par l’extrême gauche et manque de concertation. Soutenues dans leur travail de sape par la LCR d’Orléans et le PS, ces organisations n’ont fait depuis que donner du grain à moudre à la mairie UMP et au préfet qui ont eu beau jeu de reprendre les mêmes arguments pour tenter d’isoler le mouvement.

En fait, cela faisait plusieurs mois déjà que ces associations et la LCR s’opposaient au principe d’une occupation d’un lieu public sur Orléans, et pour certaines d’entre-elles s’opposaient à la régularisation de tous et toutes les sans-papiers. Elles avaient opposé à plusieurs reprises un refus net à la volonté des réfugié-e-s mauritanien-ne-s d’engager une action.

Mais comme la lutte continue et se renforce, nous ne doutons pas que ces organisations vont finalement la rejoindre (la LCR l’a déjà fait). La préfecture a en effet besoin d’interlocuteurs “ raisonnables ”, pour négocier une fin de mouvement au mieux des intérêts du pouvoir. Nous ne sommes pas dupes, les sans-papiers non plus.

 
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