Entretien

Sébastien Gillet (SUD-Rail) : « Une idée explosive : la grève par la gratuité »

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Très médiatisé depuis les grèves d’octobre 2007 et plus encore suite à l’affaire de la gare Saint-Lazare en janvier, SUD-Rail essaie de faire passer auprès de l’opinion l’idée d’une nouvelle forme de grève, qui ne pénaliserait que la SNCF, et pas les usagères et les usagers. Sébastien Gillet, de SUD, a planché sur la question.

Technicien informatique, Sébastien Gillet travaille à la SNCF depuis 1997. Il est délégué du personnel et secrétaire régional adjoint du syndicat SUD-Rail de Lyon.

SUD-Rail revendique le droit de faire « la grève par la gratuité ». De quoi s’agit-il ?

Sébastien Gillet : Il s’agirait de mettre en place une forme alternative et graduée d’action collective en permettant aux trains de circuler gratuitement. Les modalités restent encore à préciser, notamment pour impliquer d’autres catégories de personnel que les agents de train (les contrôleuses et les contrôleurs) ou les guichetiers.

L’objectif serait de faire supporter les conséquences économiques de la grève à l’entreprise en la privant de ses recettes, tout en permettant aux usagères et aux usagers de se déplacer gratuitement.

La grève par la gratuité ne se substituerait pas au droit de grève « traditionnel » et sa mise en œuvre ne devrait en aucun cas remettre en cause une nouvelle fois le droit de grève déjà largement contraint dans les transports publics.

Y a-t-il déjà eu des tentatives dans ce sens à la SNCF, dans le passé ?

Sébastien Gillet :Il y a eu des expériences chez les agents de train, qui avaient décidé de pratiquer la « grève de la pince » durant certains conflits. Des actions ont eu lieu dans certaines régions en 1998 mais les collègues avaient été attaqué-e-s aux prud’hommes par la direction de la SNCF pour « inexécution partielle du contrat de travail », et avaient perdu le procès. Ils et elles avaient néanmoins obtenu le remboursement des sommes retenues sur les salaires par la direction.

Pour contourner cet écueil juridique, d’autres expériences ont eu lieu dans certaines régions SNCF qui ont mis en avant une forme de grève du zèle lors du conflit contre la casse des régimes spéciaux en 2007. Délibérément, les agents de train assuraient en priorité l’ensemble de leurs missions autres que le contrôle des tickets. Cela avait entraîné une chute des recettes pendant plusieurs mois.

Pourquoi l’Etat interdit-il la « grève par la gratuité » ?

Sébastien Gillet :Parce que c’est une idée explosive. D’une part cette forme d’action mettrait à mal la stratégie qui vise à opposer les cheminots et les usagers. D’autre part, le mot « gratuité » doit s’apparenter à un gros mot pour Sarkozy et ses amis qui ne pensent qu’à tout transformer en marchandise, et notamment les services publics.

Cela risquerait aussi de mettre en lumière le démantèlement du service public ferroviaire aux dépens des contribuables, des voyageurs et des voyageuses, et d’autres activités ferroviaires soi-disant non rentables comme le Fret SNCF. Cela pourrait conduire aussi à un débat sur l’instauration de la gratuité pure et simple des transports collectifs – avec la prise en compte des coûts environnementaux du tout-bagnole et du transport routier de marchandises. Enfin, on peut supposer l’inquiétude de nos gouvernants en imaginant ce que donnerait la récupération de cette forme de grève par d’autres salarié-e-s, à commencer par les caissières de supermarché...

SUD-Rail est-il seul à revendiquer la dépénalisation de ce mode d’action ?

Sébastien Gillet :Je n’ai pas connaissance de prises de position officielles de la part des autres fédérations syndicales de cheminots sur cette revendication. SUD-Rail a, de son côté, entrepris depuis bientôt deux ans un travail en commun avec la Fédération des usagers du transport et des services publics (FUT-SP) qui a permis notamment de mettre ensemble cette revendication en avant. Nous venons d’ailleurs de lancer avec la FUT-SP une pétition nationale.

Propos recueillis par Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)

 
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