syndicalisme

Sébastien et Noura (SUD-PTT) : « Les grévistes de l’Eure n’ont jamais été isolé-e-s »

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Pendant deux semaines, du 22 juin au 7 juillet, les facteurs et factrices de Val-de-Reuil (Eure) ont été en grève. Ce n’est certes pas le conflit le plus long à La Poste, cependant il a une spécificité : la solidarité mise en place entre salarié-e-s, usagers et élus locaux qui ont su faire front face à une direction de La Poste plus vicieuse que jamais, qui a même essayé de recruter des taxis pour remplacer les grévistes.

Face aux manœuvres des patrons de la Poste, on a pu voir des usagers et usagères bloquant leurs boîtes aux lettres en solidarité avec les grévistes, des colis de nourriture pour les grévistes apportés par les habitants et des caisses de solidarité votées dans les conseils municipaux. Retour sur cette grève avec deux syndicalistes de SUD-PTT ayant participé au conflit, Sébastien et Noura.

Alternative libertaire : Quelle est l’origine du conflit ?

Sébastien et Noura : Le conflit a pour origine une réorganisation des sites de Val-de-Reuil, Louviers et Alizay. Cette réorganisation prévoit la création de sept tournées sacoche [1] auxquelles viennent s’ajouter la suppression de huit tournées, la fermeture du site de Louviers et le déménagement d’une partie des facteurs d’Alizay. Pour faire face à cette réorganisation le CHSCT a mandaté un cabinet d’expertise indépendant qui a remis un rapport plus qu’éloquent, pointant la dangerosité de la réorganisation pour les agents. L’introduction des sacoches et des suppressions de tournées beaucoup trop importantes étaient notamment mises en cause. La Poste a décidé de ne pas tenir compte de ce rapport et de passer son projet en force, coûte que coûte.

Mais concrètement, les conséquences de cette réorganisation, c’est quoi ?

Sébastien et Noura : Le principe des tournées sacoche entraîne un allongement du temps de distribution et donc des tournées plus tardives avec, en cas de refus de La Poste de payer les heures supplémentaire, le risque de voir régulièrement une partie de la tournée non distribuée. Cela fait des années que nous nous battons contre toutes ces heures que nous effectuons gratuitement pour l’employeur.

Comment les élus et les usagers sont-ils entrés dans la grève ?

Sébastien et Noura : Les élus ont été informés très tôt du conflit et sont venus d’eux-mêmes très régulièrement sur le piquet de grève pour soutenir moralement et financièrement les facteurs. Un vrai relais s’est mis en place entre les élus, la population et les grévistes à travers tracts, médias et réseaux sociaux, et la population est venue massivement apporter son soutien aux grévistes, allant même jusqu’à manifester quotidiennement devant les grilles du centre pour exiger des vraies négociations, organisant des barrages filtrant et des journées de blocage complet du centre pour mettre la pression sur la direction.

Et un conflit de ce type, on le gère comment quotidiennement ?

Sébastien et Noura : Pour gérer ce genre de conflits, il est important d’avoir une très forte présence militante à toutes les heures. Que ce soit pour les négociations ou pour gérer le quotidien, plus les jours passent et plus les tensions augmentent et il faut à tout prix éviter les dérapages qu’attend la direction pour casser les négociations.

Nous avons organisé un meeting de solidarité le premier samedi devant le centre afin que les élus et les usagers puissent exprimer leur soutien aux grévistes et leurs attachement à un service public de proximité et de qualité. Des rencontres ont eu lieu avec la préfecture ainsi que des participations à des conseil municipaux et départementaux afin de sensibiliser l’ensemble des élu-e-s à cette grève, la délégation apportant un discours de fond beaucoup plus politique notamment sur la casse du service public organisée par la direction.

Une communication quotidienne s’est mise en place en présence des grévistes, usagers et élus pour relater les avancées des négociations tous les jours ainsi que pour la reconduite du mouvement tous les matins. Il était important que les usagers soient au courant des raisons du conflit pour ne pas laisser la direction communiquer seule dans les médias et tenter de détourner le capital sympathie des facteurs. En effet, La Poste a l’habitude de dénigrer les grévistes quand le conflit s’installe et que le courrier est bloqué.

Les soutiens quels qu’ils soient sont primordiaux dans la gestion psychologique d’un conflit qui s’étale sur la durée, la direction tentant de diaboliser les grévistes et d’opposer les facteurs aux usagers.

Sur ce conflit la direction à totalement échoué dans sa communication, de nombreux usagers scotchant d’eux-mêmes leurs boîtes aux lettres pour empêcher la distribution du courrier en soutien aux grévistes.

Et la solidarité a été naturelle ?

Sébastien et Noura : Dès les premiers jours, la solidarité s’est mise en place par un soutien financier et alimentaire de la part des usagers, relayé très rapidement par les organisations syndicales et les élu-e-s.

Une soirée de solidarité a eu lieu fin juillet avec la mise a disposition d’une salle par la municipalité de Pont-de-l’Arche et la mise en place d’une animation gratuite qui a permis de récolter des fonds pour alimenter la caisse de solidarité des facteurs.

Que ce soit par une simple présence sur le piquet de grève ou par des dons financiers ou autres, les grévistes n’ont jamais été isolé-e-s et tout cela à permis de maintenir le moral des agents au beau fixe.

Donc c’est une victoire totale ?

Sébastien et Noura : Ce conflit s’est terminé par une victoire sur toute la ligne, l’ensemble des revendications ayant été satisfaites. Il en ressort trois bureaux unis et des collègues plus que jamais soudé-e-s.

Cela permet aussi à travers la communication dans les autres centre de montrer que la lutte paye si elle est unitaire. Pour les organisation syndicales, c’est une bouffée d’oxygène car les vraies victoires se font de plus en plus rare et cela apporte un capital crédibilité inestimable.

Finalement, la direction est prévenue qu’elle ne pourra plus faire n’importe quoi sur ces trois bureaux et il est important que les autres centres s’emparent de ce conflit pour les prochaines réorganisations.

Propos recueillis par Hugo (AL Orléans)

[1] Les facteurs, normalement, trient leur courrier puis le distribuent. Avec les tournées sacoche, le courrier est déjà trié, les facteurs ne font que la distribution, ce qui augmente la pénibilité du travail.

 
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