protection sociale

Sécu et assurance chômage en ligne de mire pour 2011

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Non seulement la nouvelle loi sur les retraites ne règle aucun problème, mais en plus, elle va les empirer. Le gouvernement et le patronat espèrent ainsi imposer par ricochet d’autres reculs sociaux.

Une nouvelle étape de la casse sociale a été franchie en septembre dernier avec l’adoption du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2011. Les mesures phares de cette loi sont la diminution des remboursements de certains médicaments et actes médicaux, et la remise en cause de la prise en charge à 100 % des affections de longue durée (maladies chroniques, représentant 60 % des dépenses de l’assurance maladie).

Ces diminutions se situent dans la continuité des réformes de ces dernières années : mise en place de la franchise médicale sur les médicaments, forfait sur les consultations, etc. Elles ont pour principal effet le transfert des remboursements vers les complémentaires privées, qui en profitent pour augmenter leurs tarifs (+44 % entre 2001 et 2008).

En conséquence, dès aujourd’hui, de nombreuses personnes renoncent à l’accès aux soins les plus coûteux car elles n’ont pas de complémentaire ou que celle-ci rembourse trop peu.

Chômage : restriction de l’accès aux droits

Vient ensuite l’assurance chômage, qui fera l’objet de négociations en mars prochain. Avec l’allongement de l’âge légal du départ à la retraite (avec décote), tous les salarié-e-s licencié-e-s attendant de pouvoir toucher leur retraite en étant au chômage vont devoir attendre deux ans de plus. À cela s’ajoutent la crise économique et les suppressions de postes dans la Fonction publique, qui touchent plus particulièrement les jeunes. Ainsi, un quart des actifs de moins de 25 ans est au chômage et un tiers des jeunes mettent plus de deux ans et demi à trouver un emploi. Bref, la gestion du chômage de masse, en particulier chez les salarié-e-s jeunes ou âgé-e-s, est un enjeu de taille pour le patronat et le gouvernement.

Ce dernier pourrait choisir de revoir le calcul de l’indemnisation chômage. C’est peu probable : l’enjeu étant plutôt de maintenir le calcul tel quel, malgré l’explosion du chômage. Ainsi, les périodes de chômage sont de plus en plus longues, et une part de plus en plus importante des privé-e-s d’emploi ne touche plus d’indemnisation et doit se contenter des minima sociaux, payés par l’État plutôt que par le patronat.

Le gouvernement joue plutôt actuellement sur la restriction des droits au chômage. Ainsi, les privé-e-s d’emploi sont aujourd’hui pénalisé-e-s quand ils refusent deux « offres raisonnables d’emploi », terme encore flou qui sera sans doute précisé au cours des négociations de mars. On peut parier que le gouvernement essaiera de qualifier de « raisonnables » des emplois hors du secteur d’activité, de la zone d’habitation et du niveau de qualification du salarié-e privé-e d’emploi.

Par ailleurs, les suppressions de postes au Pôle emploi rendent de plus en plus contraignantes et humiliantes les démarches des chômeur-se-s. Tout se tient...

Un nouveau CPE en préparation ?

Enfin, il convient de regarder ce que prépare le Medef, dont les propositions sont en général reprises par le gouvernement. L’Institut Montaigne, groupe de réflexion financé par 80 grandes entreprises, vient de rendre un rapport [1] listant 15 propositions « pour en finir avec le chômage des jeunes ». Le coupable de ce chômage serait ainsi le pacte de solidarité issu de 1945, qui « non seulement ne contribue plus à assurer la cohésion sociale mais la menace. Dangereusement ».

Les propositions qui suivent sont assez classiques : allongement de la durée de cotisation à 44 ans, remplacement des augmentations de salaires par des primes, généralisation de l’apprentissage et du travail en alternance etc. Mais l’une est plus originale : il s’agit de supprimer le CDD et de rendre le CDI « plus flexible », notamment en simplifiant les procédures de licenciements. Les auteurs du rapport pensent que le fait de devoir justifier d’une situation économique pour pouvoir licencier est trop contraignant et empêche les entreprises de recruter des jeunes en CDI. Ça rappelle furieusement le CPE... en pire.

Reste à savoir comment toutes ces mesures vont être déclinées réellement et quelle sera la réaction du mouvement social. En tout cas, cela donne toutes les raisons de prolonger le mécontentement général exprimé au cours de la bataille des retraites.

Grégoire Mariman (AL Paris Sud)

[1Disponible sur www.institutmontaigne.org

 
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