Sécuritaire : Montauban, les pauvres pris en otage par la municipalité

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Au delà des effets d’annonce, la mixité sociale dans les quartiers c’est, avant tout, une politique au service des promoteurs, à Montauban comme ailleurs.

La ville de Montauban a plus l’allure d’un gros bourg de province, vivant au rythme des activités saisonnières de la campagne environnante dynamisées par une région tournée vers les technologies de pointe, que d’une ville préfectorale. Située à une demi heure de Toulouse, « on exotisme campagnard » pourrait bien séduire quelques jeunes cadres dynamiques fraîchement arrivés de Paris en recherche d’un certain calme ambiant.

Pourtant un tournant s’opére lorsqu’en 1998 un jeune homme issu du quartier des Chaumes, nom de la principale cité du quartier populaire située à l’est de la ville, est tué par le propriétaire d’une villa qu’il était en train de cambrioler.

Une ville sans encombre avec un quartier encombrant

La flambée de violence qui en a découlé dans le quartier a marqué les mentalités des Montalbanais. Ceux-ci découvraient tout à coup l’existence, dans leur paisible ville, de stigmates liés à un quartier de relégation sociale s’apparentant aux quartiers géthoïsés des grandes métropoles de l’hexagone. Cette situation émeutière a pris de cours le maire débonnaire de l’époque, Roland Garrigues (PS), gentiment surnommé « Pépone » par ses administrés. Ce dernier n’a su par la suite prendre des mesures significatives. Il perd la mairie deux ans plus tard au profit de la représentante de la droite, l’UMP, Brigitte Barèges.

Mme Barèges fait partie de la nouvelle génération de maires UMP, élue aux dernières municipales sur un programme purement sécuritaire, à l’image de la maire de Colombes, Mme Goueta. Cette dernière défraya la chronique médiatique, dès son arrivée à la mairie de Colombes en instaurant un couvre feu pour les mineurs dans certains quartiers.

De surcroît Mme Barèges est une bourgeoise capricieuse dont l’un des grands projets urbain pour Montauban se traduit par l’installation d’un golf. Quand au quartier est, elle était bien décidée à s’occuper de cette verrue, considéré par une partie des Montalbanais comme un lieu de délinquance chronique. Les manipulations électoralistes fondées sur la peur de l’autre se sont opérées à partir d’une surenchère démagogique entre extrême droite et droite extrême. Mme Barèges fut élue à la surprise générale, avec une équipe municipale sans expérience. Il lui fallait combler ce vide par des mesures fortes.

Première mesure, le Rio grande

Brigite Barèges s’est illustrée dès le début de sa mandature en s’attaquant à l’îlot principal de l’animation alternative Montalbanaise, le cinéma associatif le Rio Grande. Elle menaça de couper les subventions puis changea l’équipe d’animation pour mettre l’association sous sa coupe. Le Rio est devenu alors un élément phare d’une politique culturelle mièvre et sans saveur comme la droite sait la dispenser dans ses municipalités.

Les Chaumes est un quartier populaire tranquille et fonctionnel. Ce quartier regroupe en fait trois cités relativement distinctes. Les jardins d’Occitanie, récemment rénovée, sera détruit aux deux tiers. Les Chaumes dont les immeubles les plus dégradés ne sont pas, contrairement à toute logique, ceux qui seront démolis et Sellier qui sera rayée entièrement du paysage. Il apparaît bien excessif de catégoriser ce quartier comme l’un des quartiers les plus sensibles de France. Lorsque l’on est amené à le parcourir, celui-ci semble un peu désuet et manque de coquetterie sur l’espace urbain. La cité des Chaumes a véritablement besoin d’une rénovation de façade pour remplacer les couleurs kitsch bleu ciel et rose bonbon, d’où son surnom de Cité Layette. Cependant l’espace public est respecté par ses habitants et l’on ne sent pas de tension sociale excessive en s’y promenant.

Quant à l’aménagement intérieur des appartements, certes un relookage serait le bien venu, mais ces immeubles ne sont ni plus ni moins fonctionnels ou esthétiques que la plus part du logement privé édifié à la même époque. Il est alors légitime de se poser la question suivante : Qu’est-ce qui pousse la municipalité à détruire tant de logements sociaux (589 sur 1000) à un moment où la crise de l’habitat social atteint même une petite ville comme Montauban ?.

Y aurait-il des raisons autres et inavouables ?

Pour le profit des promoteurs

Se met en place l’Opération de renouvellement urbain (ORU), au profit des promoteurs. Il faut dire que dans une période où le foncier est en crise et devient de plus en plus cher, le quartier est devient très attractif. Situé à quelques minutes du centre ville, il est desservi efficacement par le transport urbain. La proximité de l’autoroute menant à Toulouse est aussi un atout certain.

C’est là que la loi Borloo vient au secours de la politique libérale sécuritaire de Mme Barèges.

Montauban qui n’était pas classée en zone urbaine sensible, a obtenu une dérogation à partir d’un « schéma général d’attention », incorporant le cœur de ville. Le projet a été développé à partir de grandes lignes mais sans descriptif des programmations. Cela semble contraire à l’esprit édicté par la loi sur la solidarité et le renouvellement urbain (SRU) en 2000, dite Gayssot, revisitée en 2003 par l’associal ministre de la cohésion sociale Jean-Louis Borloo. Il a donc bien fallu donner un petit coup de pouce quelque part pour que la convention soit l’une des dix premières signées. Laissons pour cela la parole à Brigitte Barèges dont les propos relatés dans la Dépêche du Midi parlent d’eux-mêmes : « Notre bien aimé ministre Jean-Louis Borloo, cette merveilleuse loi de cohésion sociale... ». En y rajoutant quelques amitiés bien placées entre responsables administratifs locaux et nationaux, un article sur mesure a été rajouté dans le cadre de la loi. On comprend mieux la nécessité de virer les pauvres d’un quartier promu si rapidement à un nouvel avenir qui au nom de la sacro-sainte mixité sociale va s’ouvrir aux promoteurs immobiliers privés ou semi privés (la Foncière du logement émanation du 1 % patronal sous contrôle du Medef). Madame Barèges voulait aussi, à moindre coût, rénover le centre ville pour en faire la promotion d’une ville historique moderne et bourgeoise. Le détail du plan de mise en application ne s’est construit que par la suite, avec une équipe d’urbanistes embauchés pour l’occasion. Il faut dire que l’équipe municipale n’était pas préparée à la gouvernance de la ville. Son incompétence dans le domaine du logement social s’est traduite par le déclin du poste par la première adjointe et les autres adjoint(e)s ne se sont pas bousculés pour prendre le relais. On a trouvé alors un papy ayant quelques vagues notions de par son expérience passée. Pendant ce temps on a assisté à une valse des directeurs à l’urbanisme.

Une fois encore la charrue a été mise avant les bœufs.

La démocratie du bulldozer

On peut aussi se poser la question de la légitimité d’un tel projet organisé à partir du contrôle social des habitant(e)s et non en concertation avec elles et eux. La Préfète l’illustre ainsi dans La Dépêche du Midi « cette convention est l’aboutissement d’un long travail qui a été obtenu des administrations, des politiques et des populations ».

Les pouvoirs publics ont avant tout interprété le vote sécuritaire qui est sorti du quartier où la droite et le FN totalisaient une majorité électorale. Seulement, la réponse qui s’opère au travers des démolitions ne correspond nullement à l’attente des personnes des populations. Aucune consultation démocratique n’a permis d’avaliser ce projet. Une fois le projet enclenché et ficelé, il n’y a eu qu’une ou deux réunions publiques pour seulement expliquer quels immeubles allaient tomber. Les électeur(trice)s souhaitaient en votant Brigitte Barèges certainement plus de sécurité mais pas la quasi disparition de leur quartier. La maire semble devenue très rapidement impopulaire.

Du côté administratif, on ne peut pas dire que les bailleurs HLM soient enchantés par la démarche. Un faux partenariat les a associés à ce projet. Ce sont eux qui essuient les plâtres car ils doivent organiser sur le parc existant le relogement et vont devoir céder de très bon emplacements constructibles au profits de l’immobilier privé. Pour terminer le prix du foncier devenant excessif ils sont très inquiets quant aux possibilités de construire à des prix qui leur permettront de louer à la couche de population la plus démunie. Les organismes HLM sont aussi des dindons de la farce. La mairie n’ayant pas organisé en amont la répartition du foncier, les responsables du logement social s’inquiètent fortement d’une guerre avec la promotion privée, pour l’accession des terrains à bâtir. Du côté du Conseil général, de gauche, on semble plus préoccupé par le financement d’un quatrième collège sur l’agglomération que de mener un véritable combat sur le quartier est.

Les propos de la préfète sont réellement déplacés car les décisions se prennent dans un cercle très fermé de politicien(e)s de droite en connivence avec des acteurs économiques de la promotion immobilière.

Quant à la Direction départementale de l’équipement, qui fût motrice de la réflexion du projet avant les élections municipales, elle a été écartée des décisions et depuis elle ronge son frein dans l’ombre des couloirs de la préfecture.

« Les gens du quartier ont une âme » ainsi s’exprime dans La Dépêche le tout nouvel animateur de la Comète qui est la maison de quartier. Un nombre conséquent d’habitant(e)s résident depuis plusieurs décennies dans le quartier. Ces nostalgiques d’un passé meilleur, français rapatriés, sont partis des pays du Maghreb lors de la guerre d’indépendance du peuple algérien. Après une descente aux enfers, (rejet de la population française, installation dans des logements dits de transit), ils se sont installés dans ce quartier. Rejoints par des familles de réfugiés de la guerre d’Espagne ou d’émigrés italiens, tout ce petit monde a cohabité, créé des amitiés et du lien social. Ces déracinés enracinés se sont habitués à un nouveau mode de vie qu’ils ont pérennisé. Cet électorat populaire qui a accumulé nombre de frustrations, s’est retrouvé face à une population immigrée d’origine maghrébine qui s’est elle installée par la suite et a organisé son environnement familial en conséquence. Seulement aucune instance décisionnelle n’a tenté de gérer les ressentiments mutuels comme les souvenirs d’une vie commune au delà de la Méditerranée. Ainsi, les émeutes de 1998 ont été vécues comme des actes de pure délinquance et non comme une révolte « no future » de la jeunesse du quartier. Le traumatisme de ces émeutes a été tel qu’une partie de l’électorat votant traditionnellement à gauche s’est, lors des municipales, reporté sur la droite.

Dans le quartier, le bureau d’information a été doté du slogan « nouvelle vie » qui trône au dessus de l’entrée. Propagande sournoise pour une population que l’on complaît dans le fatalisme de ses souffrances sociales. Quel devenir pour cette population dont seulement un peu plus de 10 % des ménages sont imposables. Quel décalage indécent ! La mairie a beaucoup de chance de ne pas voir émerger une résistance collective réfractaire à ce Projet de renouvellement urbain.

Quel devenir pour les habitants ?

Il ne s’agit pas de faire du catastrophisme mais dans une conjoncture pour le moins difficile en matière de logement social, la politique du fait accompli imposée par la municipalité de Montauban risque de mener dans une impasse une grande partie des populations du quartier est.

Lorsque l’on parle avec les locataires d’immeubles non détruits, on s’aperçoit que seulement 20 à 30 % ont projeté de déménager. Ceci correspond à la norme dans le logement social. Dans les immeubles détruits, on monte à 50 % mais simplement parce que par fatalisme certain(e)s locataires savent qu’ils, elles n’ont pas le choix. On peut donc tabler sur une moitié de la population dont un grand nombre de personnes âgées qui ne veut pas déménager.

Il est aussi facile pour la municipalité d’augmenter le mécontentement en abandonnant l’entretien de l’espace public, cela ne fait qu’aggraver les conditions du cadre de vie et de justifier en suivant les démolitions. D’ailleurs, les aménageurs vont très bientôt avoir à gérer un véritable casse-tête, puisque les deux tiers des logements vont être détruits. Il est fort à parier que le déménagement forcé de personnes âgées qui auront perdu tous leurs repaires, va accélérer le taux de mortalité dans les années suivantes.

Toutes les personnes seront relogées affirment les responsables institutionnels. C’est très certainement vrai. Mais dans quelles conditions ? Le devenir à moyen terme de cette population socialement fragile laisse présager des scénarios du plausible peu optimistes : La majeure partie des T4 et T5 sont dans le projet de démolition. Où va-t’on loger les familles nombreuses ?

Pour celles qui ne seront pas relogées sur place, plusieurs alternatives seraient offertes sans en connaître les répercussions. Mais anticipe-t’on en haut lieu ?

Une zone d’urbanisation, la zone du Palay, est prévue de l’autre côté de la ville. Ce quartier plus éloigné du centre ville et sans infrastructures préconstruites risque de devenir le futur ghetto de Montauban. Il est fort à parier en tout cas, que vu le temps de réactivité de la Mairie, les habitant(e)s de ce nouveau quartier vont patauger plusieurs années dans un terrain vague parsemé d’immeubles.

Autre alternative possible, l’éparpillement éloigné, à la campagne dans un environnement hostile car les populations du terroir ne semblent pas disposées à accueillir ces étrangers venus du quartier est.

Un loyer inflationniste dans un logement privé, dont l’offre reste supérieure à la demande. Il faut dire que la promotion immobilière ne croit pas à l’attractivité de Montauban et nombre de promoteurs se désintéressent du discours idyllique de la mairie. Ceci ne fait qu’accroître l’incohérence du projet urbanistique municipal.

La dernière possibilité est encore plus grave, les familles qui cumulent de graves difficultés sociales, isolées et en absence de lien social, ayant un train de vie supérieure à gérer notamment au travers des loyers et du transport risquent fort de partir en errance, à la merci des marchands de sommeil, de squats insalubres ou rejoignant à terme le contingent des SDF.

L’enjeu en vaut-il la chandelle ? Si les habitant(e)s se sont trompés de cible en exprimant leur mécontentement par leur suffrage à droite, la maire ne se trompe pas dans sa stigmatisation et sa politique d’urbanisme. Une fois encore ce sont les petites gens qui vont y perdre, jusqu’à leur vie, pour les plus âgées. Mais Mme Barèges se soucie peu de son électorat populaire car l’important est de faire place nette pour ses amis les profiteurs, (Oh ! Excusez-moi, je voulais dire les promoteurs) et d’installer un électorat plus présentable à la place de couches indésirables dans cette bonne ville bourgeoise.

Biquet

 
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