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Seine-Saint-Denis : la lutte d’un quartier HLM contre les expulsions

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Les expulsions se multiplient en France et plus spécifiquement en Seine-Saint-Denis, par exemple dans la cité Gagarine à Romainville. Mais là-bas, les autorités qui viennent d’expulser une famille se heurtent à l’opposition des habitants et habitantes déterminé-e-s à faire capoter la tentative d’épuration sociale du quartier.

Entre 2013 et 2014, les expulsions de logement ont augmenté de 15 %. Elles devraient encore augmenter pour 2015. Les loyers et les charges augmentent, pas les APL, les locataires du privé comme les locataires HLM ont de plus en plus de mal à boucler les fins de mois. Paris et la Seine-Saint-Denis détiennent le triste record avec un tiers des expulsions de toute la France métropolitaine et cette année encore préfectures et bailleurs les ont multipliées à l’approche de la trêve hivernale.

Le 13 octobre, la famille Diassiguy, les parents et neuf enfants sont expulsés violemment de leur HLM de la cité Gagarine à Romainville (93), plusieurs des voisins, venus en solidarité ont été blessés par les CRS, envoyés en force. La famille avait remboursé sa dette, attendait le versement de la CAF et avait fait appel de la décision d’expulsion, la cour devait rendre sa décision le 27 octobre. Préfecture, mairie et OPH n’ont pas voulu attendre cette décision pour expulser. Le jour même, avec l’association de locataires Spoutnik/DAL HLM et Droit au logement (DAL), les habitants et habitantes se sont mobilisés, sont allés manifester devant la mairie et plus de 200 personnes ont occupé le conseil communautaire d’Est Ensemble.



Expulsion à Romainville par droitaulogement


Faire peur aux locataires

Depuis, les habitants de la cité ne lâchent pas, plus d’une dizaine de manifestations ont eu lieu dans les rues de Romainville rassemblant jusqu’à 500 personnes, des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes, les ados, qui ont passé leurs vacances à tracter et coller les affiches, les pères et mères de famille qui font signer les pétitions, des militants et militantes aguerris, des habitants qui manifestent pour la première fois, des locataires de la cité, des voisins solidaires... toujours dans la bonne ambiance !

La cour d’appel a finalement donné raison à la famille, suspendant l’expulsion. Malgré cela, côté mairie, préfecture, office HLM, on fait la sourde oreille et on balance des contre-vérités à grand renfort de tracts dans les boîtes aux lettres et les bulletins municipaux. Pourquoi ce blocage ? Parce qu’il faut faire peur aux locataires qui ont du mal à payer à la fin du mois, et les expulser en silence, parce que parmi les locataire de l’OPH de Romainville, un tiers sont en impayés de loyer. Parce que la ligne 11 du métro va être prolongée et plutôt que bénéficier aux habitants de cette cité depuis toujours, cette nouvelle station va accélérer l’épuration sociale du quartier : la cité Gagarine est dans le nouveau programme de rénovation urbaine, l’Anru, qu’un projet porté depuis longtemps par la maire prévoit la démolition de 400 logements sur les 730 et que de nouveaux logements vont voir le jour, des logements de promoteurs.

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la solidarité et le réflexe collectif permettent de construire un rapport de force contre ces politiques anrtisociales dans le logement, en faisant des cas individuels un exemple parmis d’autres des conséquences collectives de ces politiques à partir duquel lutter.
cc DAL

Projet déjà ficelé

Avant même la pseudo-concertation, le projet est ficelé, sans les habitants et contre eux. S’il aboutit, de nombreuses familles du quartier seront dans la même situation que la famille Diassiguy, expulsées ou contraintes d’accepter d’aller vivre plus loin, dans des logements plus chers, pas adaptés.

Les habitants de Gagarine et le comité de locataires Spoutnik/DAL montrent l’exemple en résistant aux expulsions de logement et aux projets de démolition d’un quartier populaire. Depuis le début du mouvement, il n’y a plus eu d’expulsion dans le quarteir Gagarine. Aujourd’hui, la famille Diassiguy a été hébergée et une procédure juridique est engagée pour qu’elle réintègre son logement. À Gagarine, la lutte continue pour le relogement de la famille Diassiguy, l’arrêt des expulsions et contre le projet de démolition du quartier. Ailleurs, le DAL appelle à la création de comité de locataires DAL HLM contre les expulsions, contre la démolition des HLM et contre les projets de rénovation urbaine visant à l’épuration sociale dans tous les quartiers populaires.

Marie (Droit au logement)

Contact : contact@dalhlm.org

Pour être informés sur la lutte de Gagarine : Spoutnik Dal Romainville ( Facebook )


TOUJOURS PLUS D’EXPULSIONS, TOUJOURS MOINS DE SOCIAL

La crise du logement, c’est pour la classe ouvrière, pas pour les spéculateurs. Malgré l’existence de lois censées protéger les locataires, et les promesses de réduction des inégalités sociales, les expulsions s’enchaînent dans l’indifférence (presque) générale.

La trêve hivernale

Instaurée il y a soixante ans, elle démarre chaque année le 1er novembre et interdit les expulsions jusqu’au 31 mars, excepté pour les occupantes et occupants sans titre qui ne sont nullement protégés. Jusqu’à la veille de la trêve, les expulsions s’accentuent sous la pression qu’exercent huissiers, propriétaires voire mairies sur les préfectures pour les obtenir avec le concours de la force publique (police) avant les cinq mois de statu quo. La frénésie des expulsions se répète chaque année, toujours plus violentes, et plus nombreuses. De 2013 à 2014, le nombre de jugements d’expulsion a augmenté de 5 %, le concours de la force publique de 24 %, et les expulsions manu militari de 15 %. Un record qui s’inscrit dans un mouvement qui n’a fait que s’amplifier ces trente dernières années : depuis 1983, les expulsions ont augmenté de 352 %. et le concours de la force publique de 254 %.

Expulsions illégales

C’est sans compter les dizaines de milliers de ménages qui quittent leur logement chaque année avant l’intervention policière, souvent en catimini, ou encore violemment poussés dehors par certains propriétaires. Près de 85% des expulsions du secteur privé sont menées en totale illégalité notamment à Paris et en Île-de-France, et beaucoup le sont en violation de la loi Alur, qui interdit de donner congé à son locataire pour spéculer et mieux louer ou vendre derrière.

Autres expulsions illégales en augmentation, celles des familles reconnues prioritaires Dalo (droit au logement opposable), alors qu’une circulaire interdit depuis 2012 leur mise à la rue sans relogement.

Urgence (toujours) en péril

En même temps, les centres d’hébergement d’urgence et le 115 sont déjà, à la veille de l’hiver, en extrême saturation (particulièrement à Paris, en Seine-Saint-Denis, dans le Rhône, en Haute-Garonne et en Gironde) et les orientations gouvernementales durcissent les contrôles et la répression des personnes sans titre de séjour dans les centres d’hébergement et les logements d’insertion.

Budget antisocial

Le 4 novembre, l’Assemblée nationale adoptait un budget logement 2016 « maîtrisé » selon la ministre Mme Pinel, avec comme seule opposition le Front de gauche qui dénonce un « budget contraire à l’intérêt général et en particulier à celui des classes modestes ». C’est le moins que l’on puisse dire : coupe de 225 millions d’euros dans les APL, baisse déguisée de l’aide à la pierre par la création d’un Fonds national d’aides à la pierre (Fnap) mettant en commun les subventions de l’État et des fonds prélevés sur les bailleurs sociaux, ce qui accroît considérablement, de fait, les ponctions sur les organismes HLM et donc sur les loyers des locataires. Globalement, l’enveloppe pour l’égalité des territoires et le logement atteindra 17,7 milliards d’euros en 2016 avec une diminution de 196 millions d’euros.

Et maintenant on fait quoi ? On s’installe chez les députés ?

Chloé (AL 93)

 
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