Sivens : Barrer la route au grand projet

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Plus d’un an et demi après la mise en sommeil du projet suite à la mort de Rémi Fraisse et au rendu du « rapport des experts », légitimant la lutte, les opposants et opposantes redonnent de la voix.

Le 31 mai, entre midi et 14 h, près de 80 sympathisants et sympathisantes de la lutte contre le barrage de Sivens (Tarn) se sont réuni-e-s pour une casserolade sous les fenêtres du conseil départemental du Tarn. Les mots d’ordre étaient la remise en état de la zone humide du Testet et l’accès aux terres pour deux agriculteurs. Il convient de rappeler que 3,4 millions d’euros ont été engagés par l’État pour rembourser la compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG, c’est elle qui avait en charge la construction du barrage) et compenser (et non pas restaurer) les dégâts causés par les travaux. Chantier qui, par ailleurs, est fondé sur des études plus que bancales, partiales et entachées de conflits d’intérêts. Encore une fois ce sont les contribuables qui paient pour l’irresponsabilité de barons locaux aux multiples casquettes.

L’autre point d’achoppement est l’accès aux terres pour deux éleveurs, dont un, favorable au projet, qui est lésé par la destruction dans des conditions plus que troubles de la métairie neuve dont il devait être propriétaire à la fin du chantier. L’autre, syndiquée à la Confédération paysanne n’a plus la possibilité de travailler sur ses 7 hectares situés sur la zone. Cela fait plus d’un an qu’elle réclame l’accès aux terres sans aucune réponse des pouvoirs publics. Selon le conseil départemental du Tarn, les raisons à ces blocages sont variables. Soit c’est parce que les opposants et opposantes bloquent toute démarche par leur recours en annulation de la déclaration d’utilité publique. Soit c’est car les salarié-e-s de la CACG en charge du dossier et propriétaire des terrains ne sont pas disponibles (congés...). Nous ne nous étalerons pas sur ce point qui est tout de même très cocasse et représentatif de l’état d’esprit des élu-e-s locaux...

Le piège du débat public

Avant d’être validé le projet Sivens 2 doit être soumis à un dispositif nouveau de débat public : le projet de territoire. Il met autour d’une table tous les protagonistes du conflit à l’exception notable des collectifs d’occupants. Pour les raisons citées plus haut, le collectif Testet boycotte la procédure tant que leurs exigences ne sont pas satisfaites.

Mais ne soyons pas dupes, mettre dans une même pièce les auteurs d’exactions et leurs victimes – aux intérêts totalement antagonistes – ne peut qu’aboutir à une reproduction des tensions qui ont émaillé ces deux dernières années. Certes, sur le fond, l’idée d’inclure une grande partie des acteurs du conflit dans la coconstruction d’un projet est bonne mais reste à savoir selon quelles modalités cela va se passer. Il s’agit de ne pas répéter les erreurs du passé. Erreurs pointées par un ancien directeur de la CNDP (commission nationale du débat public), qui affirme, par exemple, que lors des débats publics, le bien-fondé du projet n’est jamais débattu. Et ce d’autant plus que la construction de retenues d’eau aggrave selon les experts les effets du changement climatique, alors même que celle-ci pourrait être évitée grâce à une transformation profonde des logiques agricoles vers moins de productivisme et une relocalisation des débouchés.

Paul (AL Tarn)

 
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