Sommet climat : Les révolutionnaires mettent le cap sur la Cop

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La mobilisation se construit autour de la Cop 21 de Paris (21e conférence des Nations unies sur le climat) en décembre, tandis que les analyses du futur accord soulignent ses impasses. Quels sont, dès lors, les enjeux du contre-sommet ?

Les négociations officielles en vue de la Cop s’intensifient dans les débats internationaux et nationaux : après le fiasco de Lima (endeuillé par l’accord Chine-USA qui verrouille le laisser-faire), ce furent les négociations de Bonn fin mai (deuxième « round » sur quatre), puis un G7 réputé avoir débouché sur des engagements sur la question des centrales à charbon et les autres énergies fossiles (fin des subventions notamment)... Que des promesses en réalité  [1], même si plusieurs ONG soi-disant vigilantes ont applaudi à ces purs effets d’annonce, tels Greenpeace ou encore Avaaz, qui crie victoire…pour mieux l’attribuer à ses campagnes.

Démission des états et stratégies d’entreprises

À ces diverses occasions les négociateurs ont fait mine de « travailler » sur les faiblesses de l’accord, ou les mesures à prendre avant 2020, date de sa prise d’effet. Mais les problèmes de fond resteront. En février, après un premier round de négociations, le président de Focus on Global South, Pablo Solon, dénonçait la logique suicidaire que le texte entérinerait [2] , aboutissant à un scénario final à 3 ou 4 degrés supplémentaires d’ici 2030.

Sur deux engagements majeurs et nécessaires, le texte ne dit rien : laisser 80 % du pétrole restant dans le sol ; limiter les émissions de GES à 44 gigatonnes dès 2025 (soit la moitié des émissions actuelles), 35 en 2050. Ensuite, le fonds international pour l’adaptation climatique et les victimes ne contient qu’un dixième des 100 milliards de dollars promis par les États. Enfin, les accords consistent surtout à promouvoir des solutions profitables au capitalisme financiarisé et aux entreprises (marchés carbone, prix du carbone réclamé par les multinationales de l’énergie). On confirme ainsi les mécanismes Redd et Redd+ [3] , malgré leur tendance avérée à privatiser les écosystèmes au mépris des droits des populations. Et les médias de vanter une Cop qui permettrait un bras de fer sur la « responsabilité différenciée » de la crise entre puissances dominantes et pays pauvres.

On ne dira donc jamais assez le cinéma que constituent les conférences. Il n’y a qu’à regarder du côté des sponsors de la Cop 21 (de Total à Ikea en passant par Coca-Cola) pour comprendre à qui profite la transition énergétique capitalo-compatible : aux grands pollueurs qui, partiellement convertis aux « énergies vertes », espèrent à la fois une stagnation et un coup de pouce en direction de leurs installations (éoliennes offshore de Veolia, filiale Engie d’EDF…), ou de leurs investissements dans le droit à polluer.

Quelles ambitions pour le contre-sommet ?

La Coalition climat (ONG, syndicats et autres) mobilise pour le contre-sommet de décembre (voir encadré). Son aile droite croit encore « mettre la pression aux États », mais la majorité du mouvement tâche plutôt de saisir l’opportunité d’une prise de conscience de l’opinion, sur le climat et l’ensemble de la crise écologique. Précisons au passage que, si des luttes sont directement nées de la préoccupation climatique, comme la Transition, très active en Angleterre, le front pour le climat cherche encore sa cohérence à travers la convergence des luttes sous la bannière de la « justice climatique » (gros réseau Climate Justice Now qui s’internationalise), plus ou moins globales et radicales dans leur mise en évidence des contradictions du système : dénonciation des conflits et des migrations forcées liées au climat, appel au désinvestissement dans les énergies fossiles (action des Amis de la Terre sur EDF), lutte contre l’évasion fiscale (Désobéissants sur la BNP), contre la pub ou l’éclairage abusif, pour l’agriculture paysanne, contre les dégâts de l’agro-industrie, contre les accords de libre-échange… Le contre-sommet se présente donc comme l’aboutissement de quelques mois de campagne pour toutes ces luttes, que la Coalition tente de coordonner jusqu’au raout final du Bourget. Exemple les 13 et 14 juin où les journées consistaient en groupes de travail par thèmes ou dates d’action durant la Cop.

En l’absence de plate-forme politique, les mots d’ordre qui dominent la Coalition finissent par lui donner une orientation : angle d’attaque par les inégalités économiques notamment, forts mouvements de désobéissance non-violente (J.E.D.I pour le climat, Climate Games de John Jordan qui consistent à mener des actions réelles sous forme de jeu). Mais cette souplesse a ses défauts, certains acteurs tenant parfois des discours contraires à leur vraie ligne politique (CFDT), et certains problèmes restant minorés, preuve d’une absence ­d’analyse d’ensemble, comme la lutte antinucléaire pour l’instant. Pour finir, le travail sur ­l’éventuelle répression se fait sûrement mais n’est pas partagé en atelier.

La question de l’après-COP

Puisque le contre-sommet n’a pas d’enjeu en termes de rapport de force, bien des mouvements (groupes et ONG issus du « Walk out » de Varsovie, activistes ou autonomes) cherchent à en faire plutôt un ultimatum, un moment ou un point de départ d’une opposition plus durable et organisée. Cette volonté serait symbolisée par un gros blocage sur des lieux de production ou de commerce le 12 décembre (il y aurait 12 000 volontaires pour une action d’ampleur), la Coalition souhaitant éviter la gueule de bois de Copenhague. D’autres volontés se coordonnent cette fois en dehors de la Coalition. Certains comptent sur les Climate Games (à Amsterdam le 4 juillet, à Paris du 7 au 12 décembre), d’autres sur les divers camps politiques de cet été (rassemblement à NDDL, Bure, qui cherche à dépasser l’activisme, Altmark, camp climat de Rhineland…) pour construire de vrais mouvements. Pour l’instant il est difficile de prévoir la réussite de ces différentes initiatives, et même d’en évaluer la radicalité, mais un mouvement anticapitaliste concret, visant une vraie résistance, cherche à se mettre en place à la marge de la Cop.

En tant qu’organisation politique, Alternative libertaire ne rejoint pas en tant que telle la Coalition. Mais nous nous inscrivons d’ores et déjà dans certains collectifs locaux (Alternatiba, forum locaux comme à Montreuil) ainsi que dans les réflexions syndicales en prévision de la COP, de manière à porter une analyse globale, anticapitaliste et révolutionnaire de la crise écologique.

Mouchette (commission écologie)

[2Le texte est la somme des propositions amenées par les divers États, les négociations consistant à nettoyer le texte.

[3Mécanisme finançant la préservation des forêts du Sud, en valorisant leur fonction de captation du carbone ; des investisseurs y gagnent des « certificats de réduction d’émissions » valorisables sur les marchés carbone, et surtout opposables aux droits des autochtones.

 
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