Suisse : Revenu de base, le salaire à l’épreuve




Le revenu de base inconditionnel (RBI) est un concept qui a incontestablement le vent en poupe. À l’issue d’un vote qui a vu sa mise en œuvre sèchement rejetée par le peuple suisse le 5 juin dernier, retour sur un concept séduisant mais prisonnier de son carcan politique.

Travaille-t-on pour vivre ou vit-on pour travailler ? Si cette vieille question taraude surtout ceux et celles qui ont la possibilité de se la poser, elle a le mérite de mettre en lumière un phénomène intéressant. Sous réserve qu’ils et elles perçoivent une rémunération jugée acceptable, la plupart des salarié-e-s sont plus attaché-e-s à la nature de l’activité réalisée qu’à sa rémunération [1].

C’est en partant de cette décorrélation entre activité et revenu que la question du RBI devient pertinente. Il propose en effet à chacun et chacune de percevoir une allocation mensuelle qu’il ou elle soit salarié-e ou non, de la naissance à la mort. Si quelqu’un occupe une activité, l’allocation est retranchée de son salaire avant restitution pour un jeu à somme nulle. En contrepartie de cette mise en place, les systèmes d’allocations traditionnels sont abandonnés.

Lors de la votation du 5 juin, les Suisses ont rejeté à 79 % la mise en place d’un RBI permettant le versement mensuel d’une allocation de 2 500 CHF (2 100 euros) par mois à toutes et tous. Ce rejet était attendu. L’initiative n’était soutenue que mollement par les Verts ; le reste des partis étant vent debout contre cette initiative. Dans un pays où le taux de chômage est retombé à 3,3 % en mai, il n’est pas difficile de monter « l’honnête travailleur » contre le « fainéant-parasite » profitant de l’aide sociale pour alimenter son oisiveté. Derrière l’image d’Épinal du plein-emploi volontairement entretenue par la Suisse, se cache une réalité faite de temps partiels subis dont les femmes sont les premières victimes, d’abord au moment de la garde des enfants, puis quand vient l’heure de la retraite.

Décider du sens de ses choix personnels

Les partisans du Oui ont beaucoup mis en avant la possibilité offerte à chacun de décider du sens à donner à ses choix personnels. Cette vision, généreuse et futuriste, en appelait sans doute une autre à laquelle nombre sont confronté-e-s quotidiennement : celle de la reconnaissance du « care » (soin), qui constitue un véritable travail dissimulé. La garde des enfants ou la prise en charge des aîné-e-s attendent sans doute une reconnaissance sociétale comme activité utile et nécessaire à tous et toutes dont le RBI pouvait être la première marque.

D’autres s’intéressent au RBI. C’est notamment le cas du gouvernement finlandais qui testera le versement ­d’une allocation mensuelle (500 €) en 2017 au cours d’une expérience pilote sur 5 000 personnes. Le RBI fait donc son chemin mais n’est-il pas une voie de garage ? Si l’activité prime sur le salaire, n’est-ce pas le salariat qu’il faudrait supprimer ? Si la prise en charge des tâches communes (domestiques ou de soins) se doit d’être reconnue, ne doivent-elles pas être partagées par tous et toutes plutôt que sous-monétisées en guise d’obole jetée à ceux et surtout celles qui les assurent ?

Nico (AL Paris-Nord-Est)

[1Voir par exemple le travail de Dan Ariely.

 
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