Syndicalisme : Tentative de hold-up sur l’École Émancipée

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Nous publions une tribune de Pierre Stambul de l’École émancipée, courant et revue syndicaliste révolutionnaire du syndicalisme enseignant qui a fait l’objet en 2001 d’une tentative d’OPA organisée par des militantes et des militants de la LCR. Cette opération s’est soldée par une scission, elle a également eu des prolongements judiciaires, la fraction animée par des membres ou proches de la LCR revendiquant l’usage exclusif du titre de la revue L’École Émancipée. Pour Alternative libertaire, ces pratiques sont inadmissibles et indignes de militant(e)s révolutionnaires.

Provisoirement, la revue L’École Émancipée, revue syndicale et pédagogique paraissant depuis 1910, que les militants d’Alternative libertaire connaissent bien, va disparaître sous sa forme actuelle. Le bulletin qui sera seul autorisé par la « justice » à porter ce nom sera rédigé par des permanents syndicaux de la Fédération syndicale unitaire (FSU) qui sont dans leur grande majorité membres de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).

Cet épilogue provisoire d’un conflit qui dure depuis de nombreuses années doit interpeller tous les militants libertaires et plus largement révolutionnaires et le mouvement social dans son ensemble. Il ne s’agit pas d’une querelle d’individus plus ou moins caractériels ou d’une pulsion de mort qui pousse les groupes à scissionner. Ce qui arrive à l’École Émancipée (ÉÉ) peut arriver demain dans SUD-PTT, ATTAC, Ras l’Front, AC !, le DAL, le MRAP ou d’autres associations. Ce qui est en jeu, ce sont à la fois les méthodes utilisées, l’indépendance du mouvement social par rapport aux partis politiques et l’orientation d’une partie significative de la LCR qui rêve d’être calife à la place du calife et qui préfère le dialogue avec les dirigeants institutionnels à l’animation des luttes de la période.

La méthode

Les libertaires se sont heurtés pendant l’ensemble du XXe siècle aux méthodes expéditives des partis léninistes et ils savent que cette question est essentielle. L’ÉÉ a toujours fonctionné au consensus, même quand l’accord était difficile à trouver. C’est ce qui a permis la cohabitation (assez exceptionnelle) de courants politiques et syndicaux très divers. C’est la LCR qui a rompu délibérément le consensus au moment de l’éclatement de la Fédération de l’Éducation nationale (FEN). Par dizaines, ses militants sont entrés dans les exécutifs syndicaux de la FSU. Ils ont déserté les lieux de débat traditionnels de la tendance (groupes départementaux, collèges, semaines) et les luttes (notamment contre la précarité) au profit d’une cohabitation pacifique avec la direction de la FSU. Face à la crise de l’ÉÉ, ils ont décidé d’éliminer les camarades qui avaient fait d’autres choix syndicaux (SUD, CGT, CNT) ou ceux qui dans la FSU refusaient leur syndicalisme d’appareil.

C’est une réunion interne du secteur enseignant de la LCR qui a décidé de faire entrer à la hussarde l’ÉÉ dans l’exécutif du Syndicat national de l’enseignement secondaire (SNES) de la FSU. La rupture dans l’ÉÉ s’est faite au collège du 24 novembre 2001. La LCR a bourré la salle et a fait voter des groupes départementaux qui n’avaient pas d’existence réelle.

La justice, dans ses attendus, affirme aujourd’hui que nos adversaires étaient fondés à ne pas vérifier la régularité de ce vote. Ce jugement menace toutes les associations puisque le bourrage de salle est reconnu légal.

Après la scission, les permanents de la FSU ont fait une « assemblée générale » où la majorité des participants n’étaient pas membres de l’ÉÉ. Ils ont publié une contrefaçon de la revue de l’ÉÉ avec le même titre et le même routage. Pour continuer à pouvoir publier la revue, nous avons dû aller en justice. Et nous venons de perdre avec un appel possible mais non suspensif.

Entre-temps, la délégation des élus ÉÉ dans la FSU a été épurée (avec la complicité bienveillante de la direction) et on essaie aujourd’hui de nous interdire d’utiliser le sigle « École Émancipée ».

Le fond politique

Pour entrer dans les directions syndicales, les partisans du secteur enseignant de la LCR ont tiré un trait sur ce qui faisait l’originalité et la radicalité de l’ÉÉ : il n’est plus politiquement correct d’exiger la titularisation immédiate et sans condition de tous les précaires. Quand les emplois-jeunes ou les surveillants sont en grève reconductible, les permanents syndicaux prennent le point de vue de la direction (" il faut savoir arrêter une grève « ). Quant à la rotation des tâches, le non-cumul des mandats, la limitation stricte des décharges syndicales ou l’indépendance vis-à-vis des partis tout ceci est devenu obsolète. En revanche, les nouveaux dirigeants paradent à Porto Alegre, à Florence ou dans les délégations qui négocient les réformes libérales dans les ministères. Cette nouvelle stratégie a aggravé la dérive corporatiste des syndicats enseignants.

Question à la LCR

Les militants de la LCR ne sont pas tous d’accord avec ce qu’a fait leur secteur enseignant. Mais ceux qui sont en désaccord ne s’expriment jamais publiquement. Ils mènent la bataille » en interne ".

Officiellement, la LCR décline toute responsabilité en affirmant sans rire que ses militants syndicaux sont totalement indépendants. Ce qui n’a pas empêché le journal Rouge de ne publier qu’un seul point de vue sur la scission. Des militants de la LCR que je ne connais pas me traitent de scissionniste, preuve qu’on parle bien de l’ÉÉ dans les réunions de la LCR.

Olivier Besancenot semble se revendiquer aujourd’hui d’une forme de « communisme libertaire » (??). Cette affaire est trop grave, il faudra lui demander des explications.

Pierre Stambul

  • Pour contacter ou soutenir L’École Émancipée (la vraie) : gerard.m.faure@wanadoo.fr

L’ÉCOLE ÉMANCIPÉE CONTINUE

Même privés du titre de la revue, les militants de l’ÉÉ ne se laisseront pas bâillonner. La gravité des attaques du pouvoir et l’incapacité des appareils syndicaux à organiser la riposte montrent que l’existence d’une tendance syndicale révolutionnaire est toujours indispensable. Dans les syndicats, dans les luttes et par l’intermédiaire d’une nouvelle revue, l’ÉÉ continuera à regrouper les travailleurs combatifs de l’Éducation, en toute indépendance des partis et des appareils syndicaux.

 
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