Syndicalisme enseignant : Coup de force du ventre mou de la FSU

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La direction de la FSU, une bureaucratie agrémentée de trotskisme, a été contrainte de piétiner les statuts de l’organisation pour pouvoir s’incliner assez bas devant le pouvoir sarkozyste. Les tendances minoritaires crient à la trahison.

En plein bras de fer contre les suppressions de postes et les « nouveaux » programmes réactionnaires, la Fédération syndicale unitaire, premier syndicat dans l’Éducation nationale, tenait son Conseil délibératif fédéral national (CDFN) les 20 et 21 mai. La direction a présenté le texte sur le « dialogue social » émanant du gouvernement, en proposant de le signer dès le 23 mai sans consultation des syndiqué-e-s. Ce texte propose une insertion accrue du syndicalisme dans les institutions pour achever sa domestication.

Malgré la pression, Gérard Aschieri (secrétaire général de la FSU) menaçant même un moment de démissionner si la signature de la FSU n’était pas acquise, ce texte n’a recueilli que 66 % des voix. Or les statuts de la FSU exigent une majorité qualifiée de 70 %... Coup de théâtre, les deux tendances de la majorité, Unité et Action et École émancipée (pilotée par la LCR-Nouveau Parti anticapitaliste) se sont ouvertement entendues pour que le vote soit refait et infirme le résultat précédent. Les élu-e-s des tendances Front unique (pilotée par le PT) et Émancipation (syndicaliste révolutionnaire) ont quitté la salle pour refuser de s’associer à cette mascarade que la tendance Pour la reconquête d’un syndicalisme indépendant (PRSI) a également dénoncée. Miracle de la démocratie bureaucratique, le texte a finalement été considéré comme adopté !

La majorité de la FSU a ainsi démontré qu’elle a bien compris le message de Sarkozy, qui qualifiait la FSU d’« irresponsable » et déclarait qu’« avec Thibault [secrétaire général de la CGT], on peut parler et même se comprendre, avec Aschieri, la seule possibilité, c’est de le combattre et de le battre ».

Crise ouverte ?

À la suite de cet épisode, les tendances Émancipation, Ensemble (tendance du SNUipp) et PSL (tendance du SNASUB), se sont publiquement exprimées pour dénoncer ce coup de force [1]. La démocratie interne semble secondaire quand il s’agit de répondre aux nouvelles exigences du pouvoir. Déjà l’année dernière, dans son rapport sur l’éducation destiné au candidat Sarkozy, Xavier Darcos expliquait sa version du dialogue social : « Certains syndicats enfin, peuvent être tentés de se démarquer d’une partie de la fédération majoritaire [FSU], clairement engagée à gauche, voire à l’extrême gauche altermondialiste ». Cette phrase fera sans doute sourire celles et ceux qui connaissent bien la FSU, mais elle vise surtout à faire comprendre que si les syndicats importants ne sont pas capables d’assumer publiquement une collaboration avec le ministère dans la mise en place des contre-réformes, ils seront dénoncés comme « gauchistes » et seront contournés au profit d’une collaboration avec d’autres syndicats plus dociles. Le même Darcos expliquait d’ailleurs déjà ce qu’il entendait par dialogue social : « offrir un terrain de discussion aux syndicats tout en prenant l’opinion à témoin ».

Renaud (AL Alsace)

[11. Communiqué disponible sur www.emancipation.fr.

 
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