Syndicats étudiants de lutte : À quand l’aggiornamento ?

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En mai dernier s’est tenue une rencontre entre syndicalistes de lutte dans l’objectif de discuter de possibles convergences ponctuelles et structurelles. Ces syndicalistes doivent être capable de surmonter les problèmes de fond posés par l’évolution de l’enseignement supérieur.

À l’initiative de la Fédération syndicale étudiante (FSE) se sont réunies en mai dernier différentes sections de ce syndicat et des sections de Sud-Étudiant afin de discuter des convergences possibles avec comme horizon une éventuelle fusion (qui ne fait pas le consensus dans les deux syndicats). Si les discussions se sont essentiellement focalisées sur des questions organisationnelles (quels liens interprofessionnels par exemple), la rencontre a été l’occasion de pointer un certain nombre de convergences. Un appel a été lancé pour une nouvelle réunion en octobre.

Travail de rapprochement

Si les questions organisationnelles ont leur importance dans ce type de démarche la priorité est avant tout autre. En effet, l’enjeu pour les syndicalistes de lutte étudiants est de relever, ensemble, un certain nombre de défis posés par la transformation en profondeur de l’enseignement supérieur suite aux nombreuses réformes dont il fait l’objet.

Le mouvement anti-LEC [1] en 2006 et le mouvement anti-LRU en 2007 ont renforcé le poids du syndicalisme de lutte étudiant à travers ses deux principales organisation : Sud-Étudiant et dans une moindre mesure la FSE. Cette situation est néanmoins paradoxale, car si l’influence de ces organisations est en nette progression, les effectifs militants de celles-ci n’ont que faiblement progressé par rapport à l’ampleur des mobilisations qu’ont connues les universités ces dernières années.

Refonder la réflexion

Si le contexte, où l’action collective est stigmatisée et où l’image du syndicalisme est trop souvent réduite à celle des bureaucraties et à leur lot de trahisons, est à prendre en compte, il est aussi vrai que le syndicalisme de lutte étudiant doit opérer aujourd’hui son aggiornamento.

En premier lieu, sortir d’un syndicalisme quasi uniquement axé sur l’entité juridique des universités alors que celles-ci sont en cours d’explosion et alors que l’enseignement supérieur est très loin d’être réduit à ses universités. La syndicalisation dans les formations directement professionnalisantes (école des soins, IUT…) est un enjeu majeur pour renforcer les mobilisations et travailler à la construction d’une conscience de classes chez les étudiants et les étudiantes.

Ceci ne sera possible que si le syndicalisme de lutte s’empare d’un certain nombre de problématiques comme la formation professionnelle ou la question des débouchés au-delà de simples positions de principe. Défendre une construction du savoir indépendante des enjeux économiques et politiciens (contrairement à ce qui est mis en place par les réformes) est loin d’être antinomique avec la défense d’une véritable formation professionnelle qui garantisse au futur travailleur ou à la future travailleuse un savoir à la fois théorique et pratique lui permettant d’avoir conscience de sa situation et de se défendre.

Ceci n’est qu’un exemple et il y d’autres thèmes sur lesquels le syndicalisme de lutte doit être capable d’attaquer : le financement, les contenus pédagogiques de plus en plus sous l’emprise de l’idéologie capitaliste (géographie, économie, sociologie…).

Être à l’offensive

Lancer l’offensive sur des terrains où on ne les attend pas sera le meilleur moyen pour les syndicalistes de lutte d’augmenter leur influence et sans aucun doute leurs effectifs.

Cependant cet aggiornamento n’aura qu’un faible impact s’il est effectué par les syndicalistes chacun de leur côté . L’enjeu est bien de se saisir des occasions de rencontres qui se tiendront entre militants et militantes dans les prochains mois pour dégager, au-delà des débats organisationnels, des stratégies et des orientations communes. Seul moyen pour le développement d’un mouvement social de classe et autonome dans l’enseignement supérieur.

Tristan (AL Toulouse) et Guillermo (AL Angers)

[1] Loi pour l’égalité des chances, qui contenait, entre autres, le CPE.

 
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