Syrie : Soutenir la gauche kurde contre Daech

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La présence d’une force politique et militaire laïque et progressiste, les Kurdes et leurs alliés, regroupés dans les Forces démocratiques syriennes, fait que la guerre en Syrie ne se résume pas à un affrontement entre puissances impérialistes.

Soyons clairs : Daech est directement issu du chaos semé par les puissances occidentales et leurs alliés sunnites du Golfe dans la région. Ces dernières ont en effet tout fait pour instrumentaliser la révolte du Prin-temps arabe contre le dictateur Bachar Al-Assad, en militarisant et en confessionalisant celle-ci. Ainsi, l’Armée syrienne libre n’est aujourd’hui plus qu’une myriade de groupes sans cohérence, largement dominée par ce qu’on nous présente comme des « opposants modérés », qui sont bien souvent des milices islamistes [1], dont Daech n’est qu’une version radicalisée.

Les pays du Golfe et la Turquie poursuivent leur double jeu. D’un côté ils prêtent leurs bases aériennes aux Occidentaux voire participent sporadiquement à des bombardements sur Daech. De l’autre, ils continuent de lui apporter un soutien objectif (rachat du pétrole, circuits financiers, etc.) et appuient directement les autres milices islamistes.

Les USA ont d’abord misé sur la formation de milices de l’ASL, avec un programme à 500 millions de dollars, mais ont dû admettre cet été que seuls soixante combattants avaient été formés : le filtrage des islamistes est trop lourd. Ils ont donc dû se résigner à soutenir les seules forces combattant efficacement Daech aujourd’hui : les YPG kurdes et leurs alliés, regroupés depuis octobre dans les Forces démocratiques syriennes. Ainsi 50 tonnes d’armes ont été larguées en octobre et des bombardements américains sont directement coordonnés avec les Kurdes.

Ceux-ci acceptent toute aide internationale mais revendiquent une neutralité par rapport grandes puissances. Ainsi, les USA ont beau les presser à reprendre Raqqa, capitale de Daech à 40 km du front kurde, ils mettent la priorité sur d’autres territoires faisant partie du Kurdistan. Il y a par ailleurs un accord tacite de non-agression entre le régime Al-Assad et les YPG.

Après les attentats de Paris, les Occidentaux, France en tête, n’ont pas ménagé leurs peines pour tenter de monter une coalition contre Daech. D’un coup, Bachar Al-Assad était redevenu fréquentable ! Il s’agissait de trouver un accord avec Poutine, qui assume pleinement son soutien au régime et revendique aujourd’hui 1 700 instructeurs et 4 000 raids aériens [2], ciblant indistinctement tous les opposants à Assad.

Manœuvres des alliés du Golfe

Mais comment mettre autour de la table les pays du Golfe et la Turquie, qui soutiennent les milices islamistes combattant le régime (et relativement neutres vis-à-vis de Daech), et la Russie qui le soutient ? Fin novembre, la Turquie a abattu un avion russe, mettant fin à ces tentatives symboliques. Elle redouble par ailleurs ses attaques contre les Kurdes, avec à l’heure où ces lignes sont écrites un couvre-feu et des exécutions sommaires à Cizre, au Kurdistan turc.

En réalité, à défaut de pouvoir peser militairement dans la région, les puissances occidentales préfèrent laisser les Kurdes combattre Daech tout en étant attaqués sur leurs arrières par la Turquie et fermer les yeux sur les manœuvres de leurs alliés du Golfe. Il faut dire que cette alliance est juteuse. En témoigne encore dernièrement la visite de Valls avec une délégation de patrons qui s’est soldée par 10 milliards d’euros de contrats avec l’Arabie saoudite, notamment par la filière nucléaire et la vente d’avions de combat Rafale.

Plus que jamais, il nous faut exiger la rupture des relations économiques et militaires avec les puissances qui soutiennent Daech, et populariser la lutte du peuple kurde, notamment en exigeant bien haut le retrait du PKK de la liste des organisations terroristes.

Grégoire (AL Orléans)

[1] Notamment l’Armée de l’islam soutenue par l’Arabie saoudite et l’Armée de la conquête, incluant Al-Nosra (Al-Qaida en Syrie) soutenue par le Qatar, les Émirats arabes unis et la Turquie.

[2] La coalition menée par les USA en revendique 2 000, la France 300.

 
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