Table ronde syndicaliste 2/5 : Qu’est-ce que l’auto-organisation des luttes aujourd’hui ?

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Pendant cinq mois, Alternative libertaire a mis autour d’une table plusieurs syndicalistes de générations et de secteurs différents. Pas forcément communistes libertaires, mais se reconnaissant dans le projet d’un « syndicalisme de lutte ». Un cycle de tables rondes pour faire le point sur ses réussites et ses échecs... et pour donner envie de se colleter à la réalité vivante de l’organisation des travailleuses et des travailleurs !

Qu’est-ce qu’être syndicaliste de lutte aujourd’hui ? avec Jean-Luc Dupriez (CGT-Métallurgie), Pierre Seysol (SUD-TMT), Gérard Coste (SUD-PTT), Sébastien Baroux (SUD-PTT), Emmanuelle Bigot (SUD-Rail)

Qu’est-ce que c’est l’auto-organisation des luttes aujourd’hui ? avec Jean-Michel Dauvel (SUD-Rail), Clotilde Maillard (SUD-Educ), Etienne Roch-Meyrand (SUD-Educ), Sébastien Châtillon (SUD-Rail)

Qu’est-ce que ça veut dire l’interpro aujourd’hui ? Et la lutte contre la précarité ? avec Hichem Aktouche (CGT-Pizza Hut), Olivier S. (CGT-BNP), Jean-Michel Bénichou (SUD-PTT), Boris T. Mellow (CNT-BNF)

Où en est l’intégration par le syndicalisme de la question féministe et des travailleurs immigrés ? avec Corinne Melis (SUD-Santé), Noël Morel (UL-CGT Paris 20e), Ali Tolu (CGT-Vinci), Gaëlle Differ (SUD-PTT)

Quel est, ou quel devrait être, aujourd’hui, le rôle politique du syndicalisme ? avec Thierry Renard (SUD-PTT), Régis Blanchot (SUD-PTT), Christian Mahieux (SUD-Rail), Pascal Busquets (CGT-Ville de Paris)


Jean-Michel Dauvel est agent de conduite SNCF en retraite à Rouen. Il milite à SUD-Rail depuis 1996, après avoir milité vingt-trois ans à la CFDT. Il est également secrétaire régional Haute-Normandie de Solidaires, dont il gère la bibliothèque.

Sébastien Châtillon est cheminot, il travaille au guichet de la gare de l’Est, à Paris. Militant SUD-Rail depuis 2000, il est membre du bureau du syndicat local, élu au comité d’entreprise et au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT).

Clotilde Maillard est institutrice à Paris 19e. Militante au Sgen-CFDT entre 1977 et 1996, elle a été une des initiatrices de la grève historique de 1987. Cofondatrice de SUD-Éducation, elle a été trésorière fédérale de 1998 à 2003. Elle est aujourd’hui mandatée par la fédération pour suivre le Réseau Education sans frontières.

Nathalie Bonnet est cheminote, elle travaille au guichet de la gare de Lyon, à Paris. Passée à SUD-Rail en 1996 après dix ans de militantisme à la CFDT, elle est déléguée du personnel, élue au CHSCT et membre du bureau fédéral de SUD-Rail.

Étienne Roch- Meyrand est professeur d’anglais à Vitry-sur-Seine. Militant de SUD-Éducation depuis 2004, il est élu au comité d’hygiène et de sécurité (CHS) de l’académie de Créteil.


Alternative libertaire : Après les grandes luttes de 1986-89 à la SNCF, l’Éducation nationale, la Poste, les hôpitaux, Air France, Peugeot, l’assembléisme et les coordinations de grévistes ont été érigées en modèle par les gauches syndicales de l’époque, qui ont accouché du syndicalisme alternatif contemporain. Vingt ans plus tard, l’auto-organisation des travailleurs dans les luttes n’a-t-elle pas finalement régressé à mesure que ce modèle se banalisait ?

Clotilde : Il faut rappeler le contexte de ces grandes luttes de 1986-87. Le PS était au pouvoir. Le tournant libéral était pris, le mythe de la gauche au pouvoir en miettes. Et pourtant la CGT et la CFDT ne ripostaient pas, parce qu’elles étaient liées au pouvoir. Elles ne répondaient donc plus aux attentes des travailleuses et des travailleurs. La conséquence est que durant ces années, les gauches syndicales, notamment la forte minorité oppositionnelle au sein de la CFDT, influencée par l’extrême gauche trotskiste ou libertaire, se sont retrouvées en situation de responsabilité. Si elles n’impulsaient pas des luttes importantes, personne ne le ferait. Les coordinations de grévistes ont été un levier extraordinaire pour mener ces luttes en faisant éclater le carcan des bureaucraties CGT et CFDT.

Ce sont ces animatrices et animateurs de l’auto-organisation qui ont créé les syndicats SUD neuf ans plus tard, après Décembre 95. Ils et elles l’ont fait pour répondre au besoin d’avoir une structure pérenne pour préparer les luttes futures. Ces neuf années de gestation ont permis à la critique de se développer, et à l’idée d’auto-organisation de se propager. Mais du coup, paradoxalement, l’auto-organisation s’est peut-être banalisée, et elle est moins réclamée.

Jean-Michel : Cette régression de l’auto-organisation s’explique d’abord par un facteur objectif : le reflux des luttes. Mais c’est sûr que la montée du syndicalisme alternatif après 1995 a renvoyé l’auto-organisation à une dynamique très « syndicaliste », avec les structures, les codes, les barrières que ça implique et qui, fatalement, limitent un peu l’engagement des non-syndiqué-e-s.

Pourtant, ce dont il faut avoir conscience, c’est que l’auto-organisation ça ne surgit pas spontanément. Avant le moment-clé, celui de la lutte collective, c’est un énorme avantage s’il y a déjà eu des pratiques auto-organisées en amont. Par exemple un comité d’action hors des cadres syndicaux, englobant des non-syndiqué(e)s, ou la réalisation d’un journal de boîte… Or aujourd’hui il y a un problème de « personnel militant » pour impulser ces choses. Il y a dix ans, le milieu militant était plus large que le milieu syndical. Aujourd’hui le premier s’est asséché et se confond avec le second. Si tu montes un comité d’action, tu as des chances que tous les gens qui le rejoignent soient… déjà des syndicalistes ! Du coup l’exercice n’a plus vraiment d’intérêt.

Nathalie : C’est exactement ce qui nous est arrivé récemment sur gare de Lyon. On a voulu créer un collectif cheminot large, pour bosser sur des sujets de société genre retraites, égalité hommes-femmes, etc. Et on s’est retrouvés entre militantes et militants !

Pour revenir au mouvement de 1986, je me souviens avoir éprouvé une certaine incompréhension pour les coordinations. Ça faisait trois ans que je bossais, et je me disais : « S’il y a des syndicats, pourquoi faire des coordinations ? » Puis j’ai mûri l’idée. Et en 1995, ça semblait une évidence : toutes et tous les salariés voulaient faire de cette lutte leur lutte. Malheureusement, en 2003, on n’a pas retrouvé cela. Les assemblées générales (AG) se limitaient à des discussions entre militantes et militants, il n’y a pas eu d’appropriation des locaux. Il faut dire que la direction de l’entreprise a rudement bien manœuvré en voulant faire jouer aux cadres le rôle traditionnellement joué par les syndicalistes, d’aide et de conseil individuel aux agentes et aux agents.

Sébastien : J’ai vécu mes premières vraies AG en 2003, pendant les grèves contre le plan Fillon, avec les enseignantes et les enseignants. Leurs AG étaient massives et néanmoins créatives, c’était sans commune mesure avec les ternes AG de la SNCF, que le film de Christophe Cordier, Une journée pour rebondir, montre assez bien. Il a fallu attendre la fin du mouvement pour que les non-militants s’expriment un peu. À la même époque, les intermittentes et les intermittents ont su, eux, dépasser les structures syndicales et développer des actions fortes, comme l’occupation du siège du Medef, le boycott d’Avignon, etc.

Malgré tout on voit aujourd’hui à la SNCF une réinvention de ces pratiques. Par exemple, les contrôleurs ont connu, en juin 2006, un mouvement « pétitionnaire » autour de revendications catégorielles, qui a débouché sur une grève. C’est parti de la base, des équipes, et ça s’est développé dans les foyers malgré le black-out de la CGT – alors qu’un des principaux animateurs de la lutte était cégétiste. SUD-Rail a soutenu l’initiative en donnant des moyens logistiques.

Jean-Michel : Il ne faut pas mythifier « l’AG » en soi. Une AG qui débat des idées et qui ensuite se décharge de leur mise en œuvre sur les syndicalistes, ce n’est pas satisfaisant. Par exemple, chez Renault-Cléon, avant qu’on leur rende visite en décembre 1995, il n’y avait pas cette pratique de l’AG. À présent ils en font, mais c’est toujours la CGT qui fait tout. Il faut que l’AG soit capable d’élire un comité de grève qui restera sous son contrôle.

Ne pensez-vous pas que l’auto-organisation souffre parfois d’une certaine naïveté des militantes et des militants autogestionnaires ? Beaucoup mythifient l’AG comme « le saint des saints » de la démocratie directe et n’intègrent pas à leur tactique le fait qu’au sein de l’auto-organisation… il y a des gens qui sont hostiles à l’auto-organisation, et qui vont s’employer à la saboter.

Sébastien : Bien sûr les AG sont aussi un espace de représentation avec des rapports de domination. La parole peut y être confisquée. D’autant que les animatrices et animateurs syndicaux sont souvent des militants politiques. C’est pour cela que c’est important de s’inspirer des expériences d’auto-organisation extérieures, comme le VAAAG (Village anti-G8) en 2003, le mouvement anti-CPE, la « liste québécoise » qui est un système de distribution de la parole inventé dans le mouvement social québécois (et utilisé dans les congrès d’AL) pour donner la parole en priorité aux femmes et aux gens s’exprimant moins.

Clotilde : D’un autre côté, c’est rare qu’on s’improvise oratrice ou orateur. Qui ose prendre la parole devant 1 000 personnes en AG, en-dehors des militants syndicaux et/ou politiques ? Non l’AG n’est pas « en soi » une garantie contre les manœuvres antidémocratiques. On a pu voir dans le passé des AG manipulées par des courants politiques, comme Lutte ouvrière, de surcroît sur une ligne antisyndicale. Leur pratique consistait moins à organiser la lutte qu’à dénoncer les syndicats comme « tous pourris » en espérant à l’arrivée grappiller deux ou trois adhésions à LO ! D’autre part, l’auto-organisation, comme l’autogestion ou la démocratie, cela s’apprend, ce n’est pas inné. Cela nécessite de l’expérience et du décryptage par rapport à certaines pratiques.

Jean-Michel : Il faut se sortir une naïveté de la tête : l’AG ce n’est pas nécessairement le point de départ du processus démocratique. Elle ne peut remplir son rôle de direction de la lutte que s’il y a eu un travail d’information préalable, par voie de tracts, de discussions, etc. Ainsi les gens viennent en AG non pour s’informer, mais pour décider des modalités d’action. Ou alors on fait une AG d’information, mais c’est autre chose.

Étienne : Il y a une autre chose dont il faut s’affranchir : c’est l’idée que l’auto-organisation ça se limite aux grands mouvements nationaux du genre 1986, 1995 et 2003. Pour ma part je n’ai pas fait 2003, et je me démarque des discours qui en font une mythologie qui, au bout du compte, décourage l’action. L’auto-organisation, c’est aussi dans les petites luttes locales, qu’on la construit.

Il y a par exemple un truc un peu difficile : les grévistes vont à la manif, mais ils et elles ne viennent pas forcément à l’AG sur leur lieu de travail les jours de grève. Il faut donc inventer d’autres espaces, hors de la fameuse AG, pour attirer du monde. L’an dernier dans mon établissement, on a mené une lutte locale sur le manque d’effectifs, pas mal réussie, avec 50 % de grévistes sur une journée. Et on a mis en place un système original d’ateliers participatifs – par exemple un atelier propagande –, avec pas mal de non-syndiqué(e)s. Les divers ateliers ont permis aux gens de participer selon leurs « goûts » et leurs questionnements. Ça a bien marché. Pour la première fois, un certain nombre de collègues ne faisaient pas seulement la grève. Ils et elles faisaient la grève plus quelque chose. Ça permettait de participer concrètement, de discuter, de prendre le temps de se poser des questions… et de ne pas déléguer aux syndicalistes le soin de tout gérer ! C’est important de créer une habitude. En deux ans, on a vu des collègues se politiser pas mal.

Sébastien : Ma première expérience de vraie auto-organisation s’est faite contre une réorganisation locale, avec suppression de postes au guichet. On s’est emparés d’une expertise du CHSCT sur les conditions de travail, et on en a distillé les informations au fil de tracts pendant dix mois, lors de tournées unitaires. C’était un peu le « feuilleton de l’été » ! On a fait grève le premier jour du mois d’octobre 2003, jour de vente des cartes orange. On a organisé une AG évidemment, et là grosse surprise : c’était un sacré succès, avec 150 personnes à l’AG, du jamais-vu, parce qu’on est un établissement en « zone diffuse », très éclaté, avec plein de gens isolés dans de petites gares, qui se sont débrouillés pour se rendre quand même à l’AG. C’était très convivial. On s’est dit : « qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on va envahir le bureau de la direction ? Non, on va exiger que ce soit elle qui descende, plutôt ! ». Le directeur est effectivement descendu, et ça a été une sacrée épreuve pour lui. Les grévistes lui ont jeté au visage leur vécu sur les conditions de travail. C’était très fort. Le mois suivant, on a refait la même. La grève a été plus forte encore, et reconductible. On a pu ouvrir des négociations dans d’excellentes conditions.

Nathalie : Les non-syndiqué(e)s s’impliquent plus facilement dans les luttes locales. Ils sont plus nombreux dans les délégations par exemple. C’est plus « leur affaire ».

L’unité syndicale est-elle un facteur favorisant la participation des salarié-e-s, et donc l’auto-organisation ?

Étienne : Là-dessus je suis assez réservé. L’unité syndicale n’est pas une panacée ! C’est souvent un compromis foireux. Ça aboutit même parfois à une intersyndicale qui bloque toute lutte, comme l’an dernier sur la révision du décret de 1950 qui définit les obligations de service des enseignantes et des enseignants. Moi je pense qu’en AG, il faut savoir assumer le conflit intersyndical, crever l’abcès, sans tomber dans la guéguerre. C’est important, et les collègues peuvent le comprendre. Parce que s’il y a un clash, c’est qu’il y a un enjeu. Ce n’est pas forcément négatif. Je cite un exemple marrant : dans une lutte sur mon établissement, on avait sorti un tract pour le proposer à l’AG. Et là le type de FO s’y est violemment opposé, parce qu’il trouvait le ton trop agressif. Il a même carrément pété les plombs, dans le genre : « C’est pas comme ça un tract, ça doit être terne, neutre. » Et il s’est fait méchamment rembarré par l’AG, parce que les gens trouvaient qu’au contraire le ton agressif était parfaitement justifié, puisque l’administration se moquait de nous. Là, l’abcès a été crevé de façon très saine.

Nathalie : L’unité syndicale, t’es un peu obligé d’en passer par là. Quand ton syndicat pèse 18 % et qu’avec toi tu as celui qui pèse 43 %, t’es quand même un peu mieux… Mais c’est sûr qu’on s’autocensure en AG alors que souvent on est en désaccord. Mais on appréhende les réactions des collègues.

Sébastien : D’autant que les collègues sont très demandeurs d’unité syndicale. Ça les rassure. Mais ça se passe toujours mieux dans les petites unités. Ça se corse dans les AG inter-services, parce qu’il peut arriver qu’un syndicat soit influent dans un service, mais dans celui d’à côté, c’est un autre syndicat. Et du coup les tensions inter-services et les tensions intersyndicales peuvent se nourrir l’une l’autre.

Nathalie : Par exemple pendant une grève les collègues de la gare de Lyon, où SUD est majo, n’ont parfois que modérément envie de faire AG commune avec les contrôleuses et contrôleurs, où la CGT est majo, et risque de faire voter la fin de la grève.

Clotilde : Dans une lutte, ce qui compte c’est le rapport de forces. Donc avoir les autres syndicats avec soi, c’est un objectif.

Étienne : Le problème c’est que certains veulent bien faire l’unité syndicale, mais ils ne veulent pas créer le rapport de forces !

Clotilde : C’est sûr que parfois l’unité syndicale se fait uniquement pour éviter de se faire déborder. En 1987, il faut savoir comment le mouvement des instits a démarré contre le statut de maître-directeur. Nous avons lancé la grève à 15. À 15 ! Mais on en voulait, on sentait bien le milieu, et ça s’inscrivait dans un contexte favorable juste après les luttes à la SNCF, sur les facs, etc. menées par des coordinations. Nous nous sommes autoproclamés « Coordination des instituteurs » parce que, aussi, nous étions syndiqués dans des organisations différentes, ou non syndiqués. Et nous avons commencé à faire la tournée des écoles. Le climat était propice. Ça a fait boule de neige, et le mouvement a pris dans toute la France. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’unité syndicale s’est faite, sous la pression de la base.

Jean-Michel : Il y a des contradictions dans l’unité syndicale, qu’on a vues à l’œuvre par exemple pendant le mouvement anti-CPE. D’un côté ça a permis de mettre – un peu – les salarié(e)s en mouvement ; d’un autre côté ça a joué un rôle de contention. Les fédérations syndicales ne peuvent pas se passer de l’unité, pour des raisons diplomatiques. À l’échelle des établissements, les gens se connaissent physiquement donc ça se passe différemment, en mieux ou en pire. Quand on a créé SUD à Sotteville-lès-Rouen, on a eu un problème : plein de gens faisaient de l’anti-cégétisme primaire, parce qu’ils confondaient la direction confédérale avec la base. Ça c’est à combattre absolument, parce que le sectarisme à la base est un frein à l’auto-organisation.

Étienne : Il faut garder la capacité à prendre un verre et à rester pote avec le collègue qui est dans un autre syndicat, même si sa direction fédérale t’énerve au plus haut point et que tu ne te prives pas de le dire.

Nathalie : C’est évident qu’après, le problème se pose différemment dans les petites boîtes où il n’y a qu’un seul syndicat présent. En fait l’unité pour l’unité, on s’en fout un peu. Tout est question d’appréciation. L’unité ça peut être à géométrie variable. Par exemple à la SNCF, tu peux faire l’unité pour la défense des retraites, mais sur d’autres sujets il peut y avoir une certaine diversité des tactiques sans que ce soit un drame.

Propos recueillis le 7 octobre 2007 par Guillaume Davranche (AL Paris-Sud) et Victoria Frot (AL Paris-Nord)

 
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