mercredi, 1er octobre 2014
 
 

Table ronde syndicaliste 5/5 : Quel devrait être le rôle politique du syndicalisme aujourd’hui ?

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Pendant cinq mois, Alternative libertaire a mis autour d’une table plusieurs syndicalistes de générations et de secteurs différents. Pas forcément communistes libertaires, mais se reconnaissant dans le projet d’un « syndicalisme de lutte ». Un cycle de tables rondes pour faire le point sur ses réussites et ses échecs... et pour donner envie de se colleter à la réalité vivante de l’organisation des travailleuses et des travailleurs !

Qu’est-ce qu’être syndicaliste de lutte aujourd’hui ? avec Jean-Luc Dupriez (CGT-Métallurgie), Pierre Seysol (SUD-TMT), Gérard Coste (SUD-PTT), Sébastien Baroux (SUD-PTT), Emmanuelle Bigot (SUD-Rail)

Qu’est-ce que c’est l’auto-organisation des luttes aujourd’hui ? avec Jean-Michel Dauvel (SUD-Rail), Clotilde Maillard (SUD-Educ), Étienne Roch-Meyrand (SUD-Educ), Sébastien Châtillon (SUD-Rail)

Qu’est-ce que ça veut dire l’interpro aujourd’hui ? Et la lutte contre la précarité ? avec Hichem Aktouche (CGT-Pizza Hut), Olivier S. (CGT-BNP), Jean-Michel Bénichou (SUD-PTT), Boris T. Mellow (CNT-BNF)

Où en est l’intégration par le syndicalisme de la question féministe et des travailleurs immigrés ? avec Corinne Melis (SUD-Santé), Noël Morel (UL-CGT Paris 20e), Ali Tolu (CGT-Vinci), Gaëlle Differ (SUD-PTT)

Quel est, ou quel devrait être, aujourd’hui, le rôle politique du syndicalisme ? avec Thierry Renard (SUD-PTT), Régis Blanchot (SUD-PTT), Christian Mahieux (SUD-Rail), Pascal Busquets (CGT-Ville de Paris)


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Régis Blanchot est cofondateur et militant de SUD-PTT depuis 1989, après avoir été brièvement syndiqué CFDT. Il est membre du secrétariat fédéral de SUD-PTT depuis 1999, et achève son mandat cette année. Il va donc revenir travailler comme chef d’équipe au centre financier de la Poste à Paris.

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Thierry Renard est cofondateur et militant de SUD-PTT depuis 1989, après avoir milité pendant seize ans à la CFDT. Il a longtemps travaillé au centre de tri de Paris-Brune, puis à Créteil (Val-de-Marne). Membre du secrétariat fédéral de SUD-PTT jusqu’en 1998, il est aujourd’hui responsable des questions juridiques pour l’union syndicale Solidaires à laquelle sont affiliés les SUD.

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Pascal Busquets travaille au centre d’action sociale de la Ville de Paris (CASVP) depuis onze ans. Militant à la CGT depuis deux ans, il est actif au sein du Collectif de lutte contre les exclusions et au sein d’un collectif de mal-logés interne à la CGT. Il est depuis peu membre de la commission exécutive de l’UD de Paris.

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Christian Mahieux est cofondateur et militant de SUD-Rail depuis 1996, après avoir milité pendant dix-neuf ans à la CFDT. Membre du bureau fédéral, élu au CHSCT et délégué du personnel à la gare de Lyon (Paris), il a longtemps travaillé comme guichetier, et est aujourd’hui agent de maîtrise administratif.


Alternative libertaire : Le mouvement syndical devrait être capable de se poser en alternative aux partis de gauche pour changer la société dans l’intérêt des exploité-e-s. Mais pour cela, il faut porter un projet de société… Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Thierry : Il y a récemment eu un tournant qui a été sous-estimé, c’est celui de la CGT au moment de la grève SNCF de cet automne. Cela intéresse tout le syndicalisme, vu le rôle central que la CGT y joue. Avant cet automne, jamais la direction confédérale CGT n’était intervenue pour proposer une « sortie » négociée d’un conflit, avant même le début du conflit.

Il y avait eu un prémisse, pendant la lutte sur les retraites en 2003, quand une membre du bureau confédéral, Francine Blanche, avait déclaré au comité confédéral national (CCN) que la CGT n’avait pas de projet de société, ce qui est parfaitement contraire au préambule de ses statuts fondateurs. Quatre ans plus tôt, Bernard Thibault, fraîchement élu secrétaire général, avait clairement dit au contraire que face au projet du Medef, le syndicalisme devait avoir un projet de société à opposer. Cette question du « projet de société » a un impact très concret sur les luttes.

Récemment, Unité et Action, la revue de la tendance majoritaire de la FSU, a publié une « table ronde » sur cette question du syndicalisme et du projet de société. Les trois intervenants étaient Jean-Christophe Le Duigou, du bureau confédéral CGT, Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, et Pierre Khalfa, du bureau national de Solidaires.

Le Duigou constate que le PS n’est pas en position de l’emporter prochainement sur l’UMP. Cette absence d’alternative gouvernementale, Le Duigou estime que « nous ne pourrons pas y répondre par des postures ». En clair : il y a un vide politique à gauche, mais le syndicalisme ne doit pas le combler. Donc… on ne peut rien faire, et il faut patienter ! Gérard Aschieri qui, comme Le Duigou, est un ancien du PCF, dit en substance la même chose. Quant à Pierre Khalfa, il estime que le syndicalisme doit porter un projet mais il ne dit pas lequel. Il estime seulement qu’au préalable, il faut un rapport de forces, et que c’est là-dessus qu’il faut se concentrer.

Or « faire de la politique », pour le syndicalisme, ça veut dire quoi ? Ça veut dire analyser le monde, le déconstruire, et dire quel monde on veut. Aujourd’hui, il y a une analyse du monde contemporain, mais il y a un vide sidéral sur ce que l’on veut. En face la droite et le Medef avancent car ils ont une vision. Cette frilosité sur le projet de société impacte profondément les politiques syndicales.

Régis : Dans le cas de certaines organisations, on sait pourquoi elles n’ont pas de projet : soit parce que leur seule raison d’être est seulement de « négocier » des accords avec le patronat, soit parce qu’elles estiment que le projet, c’est le rôle du parti, le syndicat n’étant là que pour assurer un rôle « défensif » des acquis sociaux. Mais dans le cas des Sud et de Solidaires, il faut se demander pourquoi ce sujet-là a été de moins en moins traité. Je pense que nous avons trop délégué notre réflexion à Attac à une époque. Nous sommes critiques sur le rapport syndicat-partis, mais il faudrait être plus vigilants sur le rapport syndicat-associations. Ça finit par se payer, parce que quand ces associations entrent en crise, on se retrouve démuni.

Christian : Le problème se pose au-delà. Le syndicalisme délègue trop aux associations de chômeurs, au Droit au logement, au Groupe d’information et de soutien aux travailleurs immigrés (Gisti), etc. En même temps rien n’est simple. Nous-mêmes avons dit que ces associations avaient une vraie légitimité, et qu’il fallait qu’elles préservent leur autonomie. Mais du coup, ça fait longtemps que l’US Solidaires, par exemple, n’a pas elle-même impulsé une lutte sur ces questions-là.

Thierry : Le risque c’est de soutenir des luttes de façon acritique, sans se poser la question du contenu revendicatif ou des formes de la lutte. On peut en arriver à « soutenir » pour se donner bonne conscience, tout en sachant que la lutte, vu les formes qu’elle prend, va dans le mur. Mais par « respect de l’autonomie » de chacun, on laisse faire… Après, je sais bien que rien n’est simple. On demande beaucoup aux militantes et aux militants, qui sont débordés. Il faudrait tout faire : du terrain, de la réflexion, être réformiste, être révolutionnaire, et ajoutez à cela la difficulté à passer le témoin aux nouvelles générations…

Pascal : À Paris, mon syndicat a mené une action sur le mal-logement qui a permis un accès aux médias. Nous avons ainsi réussi à faire exister un point de vue syndical sur une question de société.

Christian : Un autre front, qu’on peut relier à une question de société plus générale : la lutte contre la hiérarchie. Ce genre de revendication n’avance que quand elle s’appuie sur des bagarres concrètes et terre-à-terre au quotidien. Et là ça coince parce qu’en ce moment il n’y en a plus. Du coup l’idée anti-hiérarchique n’est plus portée. Pour la défense des régimes spéciaux de retraite, on a voulu que ça accède au statut de problème de société. Il était évident qu’il fallait mettre en avant les 37,5 annuités pour tous. Mais certaines et certains disaient que c’était « extrémiste » ! Sud a porté cette revendication, qui était la seule à même de déboucher sur des questions politiques : la création de richesses, leur répartition, la solidarité sociale, etc.

Le syndicalisme a été capable de parler d’autogestion et de transformation anticapitaliste de la société, avec la CGT avant 1914, avec la CFDT entre 1968 et 1978… Pourquoi est-ce qu’en ce moment, il n’y parvient pas ?

Thierry : Il faut prendre la mesure du mouvement ascendant des luttes après Mai 68. Pour la direction CFDT, le socialisme autogestionnaire permettait de créer une alternative au pôle CGT-PCF, dont le projet s’incarnait dans l’URSS. C’était une posture. Les dirigeants confédéraux n’y ont jamais cru sincèrement. Mais beaucoup de militantes et de militants de base y ont cru, eux, parce que ça répondait à « l’esprit de Mai ». Et ça a fortement impacté les pratiques syndicales. Le projet d’autogestion a du coup conduit à la coexistence de deux axes stratégiques. Pour certains, il ne s’agissait que d’affaiblir le pôle PCF-CGT ; pour d’autres, il s’agissait de développer l’autonomie ouvrière, c’est-à-dire la légitimité de l’action séparée de la classe ouvrière dans la société. Il n’y aurait jamais eu LIP [1] sans cela. Ce n’est donc pas abstrait ni théorique.

Régis : En 1989 lorsque nous avons créé été exclus de la CFDT et que nous avons créé Sud-PTT, nous avons repris cette référence, mais sans vraiment en rediscuter. Le développement rapide du syndicat, avec l’afflux de nouvelles et nouveaux adhérents, nous en a un peu empêchés. Et la notion d’« auto-organisation » s’est confondue avec la notion de « proximité ». Au prochain congrès j’aimerais qu’on reprenne cette question par le biais des pratiques syndicales. Sinon ça risque d’être pris pour un débat trop théorique et politique.

Pascal : Le problème, c’est que l’idée de transformation sociale n’est pas non plus très portée par les organisations politiques. Or le syndicalisme a besoin de relais dans le champ politique dévolu aux partis. Y a-t-il eu un champ politique autonome pour la CFDT durant sa période glorieuse ? Je n’en suis pas sûr. L’axe CFDT-PSU ou CFDT-PS structurait sa stratégie syndicale.

Thierry : C’était effectivement une stratégie « néotravailliste » : l’idée que le syndicalisme allait permettre de refonder la gauche.

Pascal : En fait je ne pense pas qu’il y ait jamais eu un projet syndical autonome ou alors avant 1914 et encore… La disparition du discours politique à la CGT est liée à la disparition progressive de l’influence dominante du PCF. Beaucoup de cadres cégétistes y ont été formés, et bien peu conçoivent la politique sans un parti qui indique une ligne. Un syndicalisme politique autonome est peut être possible, il ne me paraît pas vraiment visible actuellement.

Thierry : Nous avons été un peu optimistes en pensant que l’écroulement du PCF allait libérer au sein de la CGT des idées subversives que le PCF interdisait. En fait, cela a simplement permis l’invasion du conformisme des idées ambiantes. Rien d’autre n’a émergé.

Pascal : Il était sans doute naïf de croire à un écroulement séparé du reste. L’écroulement du PCF n’était rien d’autre qu’une des illustrations du reflux du mouvement ouvrier. Ce qui a émergé, c’est un combat permanent pour ne pas perdre le contrôle de l’appareil. La crainte d’entrisme ou de prise de contrôle est centrale pour certains.

Christian : Ça fait un peu penser à la CFDT après son recentrage !

Pascal : Le syndicalisme révolutionnaire n’a pas émergé dans le débat en tout cas.

Régis : L’affaiblissement du PCF ne permet-il pas d’ouvrir les débats justement ?

Pascal : Aujourd’hui on peut parler de tout à la CGT. Le problème c’est qu’il n’y a pas de relais.

Thierry : La CGT est orpheline du PCF, certes. Et alors ? Ce modèle du syndicat « courroie de transmission » n’est pas inéluctable. Pas plus que le modèle travailliste. Le modèle syndicaliste révolutionnaire, d’autonomie politique du syndicat existe aussi. Il faut le réhabiliter ou, au moins, pour reprendre une pensée proudhonienne, réhabiliter l’idée d’un nécessaire « séparatisme » politique de la classe ouvrière. Sur la grève SCNF de cet automne, nous avons eu droit dans les médias à des discours hallucinants du genre « mais Sarkozy a été élu avec 53 % des voix, donc vous n’avez plus qu’à vous taire ». Accepter cela, c’est accepter la dissolution du syndicalisme dans la pseudo démocratie républicaine…

Christian : …alors que le salariat a la légitimité de défendre son intérêt particulier de classe, contrairement à ce que dit la CFDT. Aujourd’hui la CGT n’en est pas très loin, quand elle scrute d’abord les sondages pour voir si une grève va être populaire ou pas…

Thierry : …ou quand Le Duigou est membre d’un cercle de réflexion patronale, « Confrontations ». Pour revenir au PCF ou autres, l’apport d’idées au syndicalisme par des courants politiques n’est pas un problème en soi. Il peut exister, parce que le pluralisme politique existe de toute façon dans le syndicalisme. Le problème des Sud n’est pas d’avoir puisé dans les idées d’Attac. Le problème est de les avoir prises comme un produit fini au lieu de s’en servir pour réalimenter les débats en interne et accoucher d’une orientation syndicale qui leur soit propre, et qui soit une orientation de classe.

Au-delà du projet de société, ne manque-t-il pas au syndicalisme une « revendication unifiante » de moyen terme ? Une de ces idées qui ont toujours permis au mouvement ouvrier de se mobiliser et d’avancer : ça a pu être la grève générale ou les huit heures avant 1914 ; la Révolution russe dans les années 1920 ; l’autogestion dans les années 1970 ; les 32 heures et l’abolition du chômage entre au début des années 1990 ? Qu’avons-nous comme perspective de moyen terme aujourd’hui ?

Thierry : La solidarité de classe, c’est ça l’idée à défendre. Contre l’idéologie du Medef qui veut imposer la responsabilité individuelle à tous les niveaux, il faut opposer la responsabilité collective et la solidarité de classe.

Régis : La solidarité, oui, si elle est liée à la notion de classe, sinon elle n’a plus de sens.

Christian : C’est quelque chose de très concret. Sur l’immigration par exemple : à Sud-Rail, ça fait onze ans qu’on syndique les travailleuses et les travailleurs du nettoyage, et on n’a pas réussi à mener une seule grève unifiant cheminots et nettoyeurs d’un même site, alors que ça mettrait en œuvre des questions transversales : l’immigration, les femmes, les précaires… Au bureau national de Solidaires, on ne discutera pas de ça sous cet angle. On parlera de « l’immigration aujourd’hui en France » de façon un peu abstraite. Il faut repenser ça. Des syndicalistes se posent exactement les mêmes questions dans différentes organisations.

Régis : La revue Collectif, qui a été un des lieux d’élaboration de la gauche syndicale dans les années 1980-90, a beaucoup permis d’avancer. C’est là par exemple qu’est née l’idée de lancer Agir contre le chômage (AC !) en 1994. Aujourd’hui on manque de lieux comparables pour discuter. Une partie des gens qui réalisaient Collectif sont aujourd’hui embarqués dans les manœuvres de recompositions politiques « à gauche de la gauche » et on n’a guère fait de bilan avec eux.

Thierry : On est victimes d’une sorte de zapping. L’idée de recomposition de la gauche syndicale était très forte à l’époque. Mais on s’est englués dans une opposition entre « sortistes » de la CFDT (qui ont fait les Sud) et ceux et celles qui pensaient qu’il fallait reconquérir la direction confédérale CFDT. Comme la recomposition ne venait pas, une partie des animateurs de Collectif ont tourné leurs regards vers la recomposition politique.

Régis : En même temps, vu leur insuccès à recomposer le syndicalisme, on a le droit d’être dubitatif sur leur volonté de recomposer la gauche ! (rires)

Christian : Nous menons des luttes défensives, en peinant à expliquer pourquoi nous les menons. Le gouvernement combat les régimes spéciaux de retraites au nom de la solidarité et de l’équité. Et c’est nous qui sommes dans le rôle des salauds. Un comble ! Nous devons opposer des valeurs fortes.

Pascal : C’est le politologue Jacques Capdevielle qui soulignait que dans le corporatisme il y avait un aspect à préserver, qui était la solidarité [2].

Thierry : L’intégration/désintégration de l’indépendance de classe, c’est aussi les négociations paritaires où tout – cadre, objectif, calendrier – est décidé par l’État. Il faut sortir de cette temporalité politicienne, de l’immédiateté. Avoir une stratégie revendicative. Construire notre propre temporalité.

Christian : Dans les grosses boîtes du secteur public, la pratique patronale consiste à noyer les syndicats dans les réunions inutiles. Et nous sommes peu à nous demander dans certains cas : « est-ce qu’on y va ? ». Il ne s’agit pas de refuser toute réunion, mais si tu accours dès que le patron te convoque, ton autonomie en prend un coup quand même !

Pascal : Ce n’est pas superflu de s’interroger sur l’espace politique dont dispose le syndicalisme en 2008. Face au matraquage télévisuel, nous avons, pour la contre-information, des panneaux d’affichage des distributions de tracts. C’est peu. À une époque, on voyait régulièrement à la télé Krasucki, le secrétaire général de la CGT, qui donnait son avis sur tel ou tel sujet. Et la CGT disposait de son propre chiffre du chômage, qui était systématiquement communiqué par les médias en plus du chiffre officiel.

Thierry : Malgré tout nous avons encore, en France, un espace pour la politique extra-institutionnelle. Il faut avoir conscience que « les luttes font de la politique », c’est une idée difficile à expliquer dans certains pays. L’expression « mouvement social » est intraduisible en allemand par exemple, où la politique est réservée au jeu institutionnel politicien. Nous sommes un des rares pays européens où on peut avoir des luttes pour remettre en cause une loi votée. Le syndicalisme français est né avec la conscience que 1789 avait réalisé l’égalité civile, mais avait menti sur l’égalité réelle. D’où la nécessité d’une action autonome du salariat pour affirmer ses droits. Nous avons la chance d’être héritiers de cette tradition de l’indépendance ouvrière vis-à-vis des institutions républicaines. À nous de l’utiliser.

Propos recueillis le 6 janvier 2008 par Guillaume Davranche (AL Paris-Sud) et Victoria Frot (AL Paris Nord-Est)

[1] Usine de montres près de Besançon, relancée en autogestion par les grévistes en 1973, avec un retentissement dans tout le pays.

[2] Jacques Capdevielle, Modernité du corporatisme, Presses de Science Po, 2001.