syndicalisme

Travail dominical et nocturne : Le commerce relève la tête

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Adoptée pour la deuxième fois par 49-3 le 16 juin à l’Assemblée, la loi Macron, c’est désormais 115 articles, 19 ordonnances et autant de régressions à venir. Illustration dans le commerce, où les salariés sont déterminés à ne pas se laisser faire.

Pour Brecht, « dans toute idée, il faut chercher à qui elle va et de qui elle vient ; alors seulement on comprend son efficacité ». Quel lien peut donc unir l’extension du travail de nuit et du dimanche, ­l’abaissement des moyens de défense des travailleurs, la marchandisation du sang, les privatisations d’aéroports et l’octroi d’actions gratuites contenues dans la loi Macron ?

Réponse : satisfaire les injonctions de la Commission européenne pour qui la France doit rattraper son retard en matière de réformes structurelles et accentuer la politique pro-business menée par le gouvernement, à l’œuvre depuis 2012.

Une riposte inédite

Passage de cinq à douze dimanches annuels d’ouverture, création par les ministres compétents, en passant y compris outre l’accord du maire concerné, de zones touristiques internationales qui pourront ouvrir cinquante-deux dimanches par an, tout comme les grandes gares, et ce jusqu’à minuit, facilitation du classement des centres commerciaux en zones commerciales pour pouvoir ouvrir toute l’année : voici les dispositions tant décriées relatives au travail dominical et nocturne inscrites dans la loi Macron.

Outre le fait qu’elles constituent une négation complète des engagements du PS dans l’opposition et du candidat Hollande, elles ouvrent la voie à une généralisation rapide du travail dominical et nocturne qui, à terme, nous mènera à la société 24/7 dont rêvent les capitalistes.

Manif de l’intersyndicale Clic-P le 26 janvier 2015 contre le projet de loi Macron.
(c) CGT Commerce et services

Le Clic-P, cadre intersyndical implanté sur Paris, mène la riposte : les 14 novembre et 16 décembre 2014, 2.000 à 3.000 salarié-e-s du commerce, issus des grands magasins, dont de nombreux démonstrateurs de la parfumerie, de l’habillement et de la grande distribution, ont fait grève et manifesté. L’importance de ces mouvements, à l’échelle de ce secteur, n’est pas étrangère au refus de la Mairie de Paris de soutenir l’extension des ouvertures voulue par le gouvernement

Le Sénat, dominé par la droite, a sans surprise durci les dispositions en question en étendant le travail en soirée aux zones touristiques existantes et en instaurant le recours au référendum en l’absence d’accord syndical permettant l’ouverture dominicale : la même politique somme toute mais à un degré plus élevé. Plus encore, un amendement, voté conjointement par la droite et les socialistes, autorise l’ouverture permanente de droit des commerces de biens culturels, c’est à dire sans volontariat ni compensation !

On peut affirmer que c’est la persistance de cette mobilisation, dans un secteur pourtant faiblement organisé, qui a conduit plusieurs unions régionales franciliennes à organiser une manifestation le 26 janvier dernier au moment de l’examen de la loi Macron par l’Assemblée. De même pour la journée de mobilisation interprofessionnelle du 9 avril où, à cette occasion, les fédérations CGT et FO du commerce, respectivement première et troisième organisation de la branche, ainsi que la nouvelle fédération SUD-Commerce, ont lancé un appel commun qui a permis une extension limitée de la mobilisation en régions.

Une mise en œuvre semée d’obstacles

En raison de la décision, en particulier de la CGT, de renvoyer toute nouvelle action interprofessionnelle, seule à même de bloquer l’adoption de cette loi, à octobre, le Clic-P, parfois rejoint par la CNT-SO et FO, a continué à porter seul la contestation. Pas moins de trois rassemblements ont eu lieu depuis mai dernier, marqués entre autre par la participation de centaines d’employés de magasins de biens culturels dont la Fnac qui a fait grève le 29 mai dernier ; un pique-nique géant a lui été organisé devant l’Hôtel de Ville le 28 juin, premier dimanche des soldes, permettant aux salarié-e-s isolés d’exprimer leur aversion du projet.

Cette agitation a d’ores et déjà permis le retrait de l’amendement Fnac et de revenir sur les dispositions durcies par le Sénat. Le volontariat mis en avant par le ministre est un leurre : outre le lien de subordination consubstantiel à toute relation de travail, les exemples de volontariat plus ou moins forcé, avec de faibles salaires, abondent dans les entreprises comme dans les permanences syndicales.

Quant aux compensations promises, elles seront fonction des rapports de force locaux comme la loi prévoit néanmoins la nécessité d’avoir, sous deux ans, un accord syndical majoritaire pour ouvrir (ledit accord peut être trouvé à différents niveaux de négociation, voire même, dans les entreprises de moins de 11 salarié-e-s, passer par référendum).

A l’heure où nous écrivons ces lignes, il est probable que la loi Macron sera, après un ultime passage au Sénat, définitivement votée au forceps mi-juillet via l’utilisation, pour la troisième fois, du 49-3 ; vous avez dit démocratie ?

Selon Rosa Luxemburg, « nous sommes campés sur ces défaites et nous ne pouvons renoncer à aucune d’entre elles, car de chacune nous tirons une part de notre force et notre lucidité » : tant au sein du Clic-P que des équipes militantes opposées à ces ouvertures, l’expérience et la solidarité ainsi accumulées conduiront, à n’en pas douter, à des blocages, sur le plan juridique comme social, de ces dernières.

Laurent Degousée (SUD Commerce)

 
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