Travail le dimanche : la lutte continue

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Pour généraliser le travail dominical et nocturne, Emmanuel Macron a défini le 23 septembre dernier, après un simulacre de consultation, pas moins de douze zones touristiques internationales (ZTI) à Paris, y compris à des endroits on l’on trouve fort peu de touristes et qui sont plutôt des « zones de travail intensif ». La ficelle est bien grosse, la riposte des salarié-e-s doit l’être aussi !

Parmi les zones définies en septembre par le ministre de l’Économie comme zones touristiques internationales (ZTI), certaines étaient attendues comme celles des Champs-Élysées ou du boulevard Haussmann. Plus incongrues, celles créées dans des quartiers aussi peu touristiques que les Olympiades, Bercy ou Beaugrenelle. Le ministre a beau s’en défendre, sa volonté de généraliser le travail du dimanche et de nuit est flagrante.

Reste pour autant à franchir le cap des négociations, à savoir obtenir un accord qui fixe le niveau des contreparties dans chaque entreprise de plus de onze salariés pour pouvoir ouvrir chaque dimanche (douze gares sont également concernées). Pour le travail de nuit spécifique à ces zones, il faut nécessairement passer par un accord d’entreprise, la loi fixant en particulier le doublement de la rémunération des heures travaillées entre 21 heures et minuit.

Six mois après l’adoption de cette loi, où en sommes-nous ? Au Sephora des Champs-Élysées, un accord sur le travail dit en soirée a finalement été obtenu suite au ralliement de la CFDT. C’est un plébiscite (96,6 % de votes favorables) dont le résultat est en trompe-l’œil : tenant compte de la participation, des quelques votes en faveur du non et d’un corps électoral resserré, le oui ne représente que 45 %.

Macron, patrons, faites gaffe à vos chemises !

Plus encore, comme précisé sur les bulletins de vote, « être favorable ne signifie pas être volontaire pour travailler en soirée ». À Darty, la direction a communiqué sur l’ouverture de sept de ses magasins parisiens en vertu d’un accord de 2010, inapplicable en l’espèce, deux des établissements concernés n’étant de surcroît même pas situés en ZTI. À la Fnac, la négociation initiée au niveau du groupe, pour contourner la CGT et SUD, majoritaires à Paris, n’a pas débouché à ce jour. Enfin, à Apple, la signature d’un accord low-cost a été repoussée suite à la médiatisation de son contenu.

Dans les grands magasins, le syndicat patronal, l’UCV, est à la peine : malgré un projet d’accord revu à la hausse le mois dernier, la CGT, FO et même la CFDT ont déclaré ne pas en être signataires. Il n’est donc pas étonnant qu’un accord similaire ait subi le même rejet au BHV suite à un référendum organisé le 22 novembre dernier. Malgré la pression de la direction, le non l’a emporté de 640 voix, dont celles de nombreux démonstrateurs appelés à participer au scrutin, contre 623, opposant la CFTC et la CGT, partisans du non, à la CGC et à SUD qui se rangent au résultat du vote.

Le Clic-P [1], les fédérations CGT et FO du commerce ainsi que la CFTC Paris, ont depuis saisi le Conseil d’État, qui se prononcera dans quelques mois, en vue de faire annuler le décret et les arrêtés. Le plus précieux dans le rapport de force qui perdure face au gouvernement et aux patrons reste la mobilisation des salarié-e-s du commerce eux-mêmes : ainsi, le 15 octobre 2015, c’est plus de mille d’entre eux au cri entre au­tre de « Macron, fais gaffe à ta chemise, ton pantalon » qui étaient en grève pour rejoindre le boulevard Haussmann où les directions des grands magasins, protégées par la police, se réunissait en pensant pouvoir les extorquer en toute tranquillité. Les travailleurs n’ont pas dit leur dernier mot face à la régression Macron !

Laurent Degousée

[1Le Clic-P (comité de liaison intersyndical du commerce de Paris) rassemble les organisations syndicales parisiennes du commerce CGT, CFDT, Unsa, CGC et SUD.

 
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