Travail social : La précarité organisée

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Depuis quelques années, les formations en travail social sont traversées par de multiples conflits sociaux de nature et d’envergure différentes. Ces conflits ont permis l’émergence de collectifs militants d’une grande diversité.

C’est à l’occasion de la réforme sur les stages, qui devait apporter une (maigre) avancée sociale contre l’exploitation des stagiaires [1], que de nombreuses difficultés dans les formations du social ont été mises en évidence. Les étudiantes et étudiants se trouvent confrontés à la rareté des lieux de stage, au désengagement du processus de formation de la part de professionnels épuisé-e-s, à la mise en concurrence des stagiaires avec les salarié-e-s. En outre, la réforme LMD et le processus de Bologne menacent directement le principe de l’alternance…

Au-delà des revendications catégorielles

La jeune génération découvre alors que son insertion en entreprise ne ressemble pas à un long fleuve tranquille ! Depuis bientôt trois ans, les difficultés liées à la mise en stage des étudiants sont le moteur de mobilisations et de l’émergence de collectifs de lutte dans les centres de formation.

Cette revendication catégorielle peut servir de levier pour une compréhension plus globale et politique des enjeux qui traversent le travail social : privatisation rampante des services publics, fichage et dérive sécuritaire des dispositifs, culpablisation et contrôle accru des RSAstes (prononcer « ersatzs »), etc. Face à ces attaques, un paysage militant d’une grande diversité émerge selon les régions. Si les collectifs informels dominent en période de mobilisation, certains s’institutionnalisent sous forme associative, comme les associations régionales en Île-de-France, en Alsace et en Rhône Alpes ou, plus modestement, à l’échelle d’un centre de formation ou d’une ville comme Toulouse ou Marseille.

L’émergence de cette génération militante est porteuse d’espoir, à condition qu’un travail d’éducation politique favorise une compréhension globale des enjeux de l’action sociale ainsi qu’une solidarité entre travailleurs. Le risque est réel de voir des dérives corporatistes l’emporter. La tentation de la co-gestion est grande et certains collectifs ont pu se laisser entraîner sur ce terrain par les administrations d’État avec, au final, des perspectives de négociation inexistantes !

L’émergence d’un militantisme syndical

A contrario, dans certains centres de formation, on a opté pour un syndicalisme de lutte sur des bases offensives.

C’est le cas, par exemple, de Valence et Grenoble avec l’implantation de la Fédération Syndicale Etudiante. Citons également la démarche originale du Syndicat des Travailleurs Sociaux en Formation STSF-Sud de Marseille qui a fait le choix de s’affilier à la fédération Sud santé-sociaux pour construire un pont entre les travailleuses et travailleurs salariés et ceux en formation. Autre exemple, la CNT qui syndique toutes et tous les travailleurs sociaux, qu’ils soient en formation, salariés ou chômeurs. Car les terrains de lutte qui les unissent ne manquent pas, en particulier la défense des conventions collectives des salariés du privé (CCNT66 et CCNT51) ou bien la reconnaissance des diplômes d’assistant de service social, de conseillère en économie sociale et familliale et d’éducateurs spécialisés ou d’éducateurs jeunes enfants au niveau bac + 3. Citons également la menace de suppression des allocations en faveur des demandeurs d’emploi en formation qui alimentent largement les filières des formations du médical et du social et dont la disparition fermerait la porte à un emploi qualifié à des dizaines de milliers de chômeuses et chômeurs.

La précarisation des jeunes en formation, les attaques contre les conventions collectives, la dégradation du service aux usagers, la caporalisation des services sociaux et leur reprise en main par un État gendarme… autant de terrains de lutte pour une conscientisation accrue !

Les conditions sont ainsi réunies pour un mouvement social fort dans le secteur social et médico-social. Aux militants libertaires et aux syndicalistes de lutte de mettre en évidence la cohérence de l’ensemble des attaques, afin de redonner des perspectives globales de lutte.

Thibaut (AL Grenoble)

[1Petit rappel des épisodes précédents, depuis le printemps 2008, les employeurs ont l’obligation de gratifier à hauteur de 417 euros par mois tout stage d’une durée supérieure ou égale à deux mois.

 
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