Manifeste pour une Alternative libertaire

Un combat de lutte de classes

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Nous affirmons que la division de la société en classes sociales antagonistes demeure le fait majeur du capitalisme moderne. Le capitalisme a connu de profondes mutations, il n’a cessé et il ne cessera de se transformer, à travers un cycle de crises et d’expansion. Mais il n’en repose pas moins d’abord et toujours sur des rapports de domination, dirigeants/dirigés, avec leur corollaire : l’exploitation des travailleurs manuels et intellectuels par les classes dirigeantes.

Les classes sociales sont déterminées par leur place dans les rapports de pouvoir dans la production - qu’il s’agisse de la production des biens matériels, des marchandises, des équipements, ou de la production des services - et que cette production s’effectue dans le secteur privé ou dans le secteur public.

Mais par classes sociales nous entendons également l’ensemble de ceux qui, dans la population, sont liés à ces catégories constituées dans la production : les familles, la jeunesse, les inactifs, les retraités, les sans-emploi... Par luttes de classe, nous entendons donc, et les luttes menées dans les entreprises ou concernant le travail, le chômage, la précarité, et les luttes menées dans le reste de la société, lorsqu’elles mettent en jeu les antagonismes de classe.

Les classes sociales dans le capitalisme contemporain ont vu leurs contours profondément modifiés, et on ne peut s’en tenir à des images nées au siècle dernier.

Par classe capitaliste nous entendons l’ensemble des catégories qui se trouvent aux postes de commande dans la production et dans la société, et qui décident de la répartition de la plus-value. À la bourgeoisie classique caractérisée par la propriété privée se joignent les couches qui ont accompagné le développement des grands groupes et de l’État : bureaucratie et technocratie.

Le prolétariat moderne ne se limite pas aux seuls ouvriers, même si ceux-ci occupent toujours une place importante dans la société. Par prolétariat, nous entendons l’ensemble des groupes sociaux sans pouvoir réel de décision sur la production, et contraints à vendre leur force de travail sous la forme du salariat. Il est composé à sa base par les travailleurs manuels, ouvriers et employés. Avec à leurs côtés des travailleurs intellectuels dominés et exploités : techniciens, enseignants...

Une part considérable du prolétariat moderne est frappée par le chômage et la précarité, qui sont devenus des données structurelles et massives dans les rapports sociaux contemporains.

Entre classe capitaliste et prolétariat, de nouvelles couches moyennes salariées se sont développées (cadres, techniciens...), qui occupent des tâches de gestion et d’encadrement. Ces couches pèsent toujours plus, politiquement mais aussi culturellement. La conduite de la lutte de classe suppose que la distinction soit faite parmi celles-ci, entre celles dont le commandement n’est que d’ordre technique et professionnel, et celles qui participent à l’établissement de la finalité de la production.

Diversifiées à l’extrême, les nouvelles couches moyennes salariées tendent, pour les plus aisées d’entre elles, à se confondre avec les classes capitalistes dont elles ne différent que par un éloignement plus grand des centres de décision, tandis que la base de ces couches se mêle d’une façon souvent inextricable au prolétariat.

Le développement du secteur tertiaire, l’accroissement du nombre de techniciens, l’amenuisement des ouvriers de l’industrie dans les pays développés, le morcellement des statuts, la précarité, le chômage, ont pour conséquence l’effacement d’une figure sociale centrale naguère identifiée par les seuls ouvriers industriels.

La lutte des classes s’exerce sous des formes nouvelles. La vision d’une classe uniquement ouvrière, minoritaire, avant-garde sociologique et unique force d’entraînement est un anachronisme qu’il faut remplacer par le projet d’une unité nouvelle, beaucoup plus large, fédérant sans nier les spécificités toutes les composantes d’un prolétariat moderne, intellectuelles et manuelles, salariées et précaires, industrielles et tertiaires. Ce nouveau prolétariat multiforme mais unifiable sur la base de sa situation commune, dominée, exploitée, doit chercher des convergences revendicatives et anticapitalistes avec de larges pans des couches moyennes salariées et des autres catégories sociales dominées par le capitalisme. Ces convergences se construiront à travers les luttes sociales, les prises de conscience collectives, l’émergence de projets nouveaux de transformation de la société.

Sans être investi d’un quelconque « messianisme », mais du fait de sa place dans les rapports de domination et de production, le prolétariat est porteur d’une lutte de classe permanente, tantôt latente, tantôt explosive. Cette lutte de classe impose aux classes dirigeantes des transformations et des compromis permanents, déterminés par le rapport de force, sur le travail, le partage des richesses, le droit, les institutions. Mais elle porte également une remise en cause globale du capitalisme, qui s’est exprimée régulièrement tout au long de l’histoire. La lutte de classe est donc à la fois porteuse de transformations partielles, opposées à la logique et aux intérêts des capitalistes, et d’une rupture révolutionnaire posant les bases d’une société nouvelle émancipant l’ensemble de l’humanité.

Notre participation aux luttes du prolétariat ne nous ferme pas les yeux sur la complexité, la diversification de la société, qui présente une formation sociale hétérogène, dominée par le capitalisme et par ses lois (notamment celle du marché), mais où coexistent d’autres formes de production, (voire d’autres formes d’exploitation des travailleurs) : coopératives, associatives, précapitalistes (paysannerie, artisanat), individuelles. Divers groupes sociaux entrent ainsi dans le champ de la lutte des classes : paysannerie, couches moyennes traditionnelles, nouvelles couches moyennes salariées entre autres, ce qui ne manque pas de poser maint problèmes théoriques et pratiques qui ne pourront être éludés au cours du processus d’alternative au capitalisme.

Les travailleurs de la terre notamment - dont le plus grand nombre subit l’exploitation du système dominant - constituent toujours une catégorie sociale importante, tant du fait de la finalité de leur travail que de leur place dans l’environnement naturel.

Lire la suite : Un combat anti-impérialiste

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