Un communiste libertaire dans les YPG #07 : Sur le soutien impérialiste aux YPG-YPJ

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« Pourquoi ce revirement ? Une mise sous contrôle du mouvement kurde par les capitalistes US ? Un accès d’humanité au Pentagone ? Des promesses d’utilisation des riches ressources du Rojava par les multinationales US ? »


Alternative libertaire reproduit les billets du blog Kurdistan-Autogestion-Révolution, carnet de voyage d’un camarade engagé au sein des YPG.

Au fil des semaines, il témoignera de la vie au sein des milices combattantes, des débats qui s’y mènent et de l’expérience du confédéralisme démocratique dans les zones libérées.


Académie de formation des YPG pour les volontaires étrangers, canton de Cizîrê, le 17 mai 2017

Il paraîtrait que venir risquer sa vie au Rojava c’est faire le jeu de l’impérialisme US mais aussi que je serais payé plus 5.000 dollars par mois par le milliardaire George Soros…

Que répondre aux conspirationnistes qui pensent ça ? Qu’en tant que militant antifasciste en France, j’étais déjà milicien au service du gouvernement et payé par le même Soros ? Que j’ai bénéficié d’une promotion et suis maintenant directement sous les ordres du sommet de « l’Empire » : les USA ?

Bon, je n’ai bien évidemment rien à répondre aux trolls d’extrême droite qui passent leur vie à critiquer et discréditer tous les mouvements d’émancipation pour pouvoir se vautrer dans leur propre médiocrité militante.

En revanche, je vais tenter de répondre pour les militants sincères que ce « soutien » impérialiste aux YPG-YPJ interroge sur l’authenticité de ce qu’il se passe ici.

Tout d’abord une petite contextualisation.

Cette alliance objective s’est noué lors de la seconde bataille de Kobanê, assiégée par l’État islamique et défendue par les YPG-YPJ. Les premiers étant surarmés – grâce principalement aux immenses stocks d’armes américaines saisis dans les entrepôts de Mossoul, en Irak – et les seconds ne disposaient que d’un armement léger récupéré ici et là, ou introduit clandestinement au Rojava avant la guerre civile. Bien que se défendant farouchement grâce aux idéaux révolutionnaires qui les animaient, face à la supériorité de feu, ils ont dû céder du terrain.

Un avion américain sur la base turque d’Incirlik.

Daech s’apprêtait à s’emparer de Kobanê. Quand les YPG ont été acculés dans deux quartiers de la ville, les USA ont décidé, alors qu’ils avaient jusque-là savamment ignoré le mouvement kurde par loyauté vis-à-vis de leur allié turc, de soutenir leur résistance héroïque. Leur aviation a détruit le matériel lourd que possédait Daech, rééquilibrant la balance et permettant aux YPG d’arracher une victoire coûteuse.

Pourquoi ce revirement ? Une mise sous contrôle du mouvement kurde par les capitalistes US ? Un accès d’humanité au Pentagone ? Des promesses d’utilisation des riches ressources du Rojava par les multinationales US ? Non, celle-ci sont bien entendu déjà réservées au Grand Israël !!! (joke)

Au grand déplaisir de la Turquie

La seule explication, ce sont intérêts de l’impérialisme US. Son ennemi principal actuellement, c’est Daech. Et comme le veut l’adage : l’ennemi de mon ennemi est mon ami. C’est la même logique que lorsque le Reich allemand a permis à Lénine de rentrer en Russie ; ou lorsque l’effort de guerre soviétique a été soutenu par les USA contre les nazis. Les américains nous apportent un soutien limité. Si Kobanê tombait, ils savaient très bien que ce n’était sûrement pas leur « fidèle » allié turc qui allait stopper le trafic d’armes, de marchandises et d’hommes en direction du Califat.

Les Kurdes, par leur résistance, ont gagné le respect des grandes puissances impérialistes qui les jugent les plus à même de se débarrasser de leur problème le plus pressant : Daech. Et ce au grand déplaisir de la Turquie, dont l’ennemi principal reste et restera toujours la gauche kurde.

Pourquoi ne pas avoir soutenu les mercenaires de l’ASL, armés par la Turquie contre Daech ? Tout simplement parce que ceux-ci fuyaient à la moindre attaque de l’État islamique – avec raison peut-être, car ceux-ci sont de redoutables combattants mais ce n’est pas la question – et cela permettait aux djihadistes de récupérer encore plus d’armes ! Ce n’est pas par plaisir que les impérialistes nous apportent leur soutien mais par nécessité, parce qu’ils nous considèrent comme leur meilleur outil contre Daech.

Arthur Aberlin


Un de nos compagnons félins à l’académie.
Et le confédéralisme démocratique appliqué aux animaux. Même entre chiens et chats, ça marche !
 
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