journal de bord

Un communiste libertaire dans les YPG #09 : « Incorporé dans un tabûr composé de “cadros” kurdes »

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« À peine une heure après avoir fait connaissance, nous partions pour le front. Objectif : Mansoura, dernière petite ville avant les quartiers ouest de Raqqa. »


Alternative libertaire reproduit les billets du blog Kurdistan-Autogestion-Révolution, carnet de voyage d’un camarade engagé au sein des YPG.

Au fil des semaines, il témoignera de la vie au sein des milices combattantes, des débats qui s’y mènent et de l’expérience du confédéralisme démocratique dans les zones libérées.


Front Est de Raqqa, le 12 août 2017

Cela faisait plus de deux mois que je n’avais pas rédigé un vrai billet ! Désolé mais, après ma sortie de l’académie de formation des YPG, les choses se sont enchaînées assez vite. J’ai participé à la libération de Mansoura, en banlieue de Raqqa, début juin, et depuis lors je n’ai pas cessé les opérations sur le front.

Un gros flash-back s’impose.

Le 21 mai, j’ai été incorporé dans un tabûr (unité combattante) composé de « cadros » kurdes – des militantes et militants qui s’engagent à vie dans la lutte, j’en parlerai plus longuement dans un prochain billet – en remplacement d’un camarade blessé.

Tout s’est fait dans une précipitation indescriptible. En moins d’une heure il m’a fallu dire si oui ou non j’acceptais l’affectation. Quelques minutes auparavant je finissais de déjeuner je me demandais ce que j’allais faire de ma journée… Le temps de rassembler mes affaires, et me voilà dans un pick-up blanc fonçant vers Tabqa !

Objectif : Mansoura, dernière étape avant Raqqa

Tabqa avait été prise à Daech dix jours avant, et c’était un des gros enjeux préalables au siège de Raqqa. Outre la ville, les FDS se sont en effet emparé du plus important barrage hydroélectrique de Syrie.

Le comble, c’est qu’en arrivant à Tabqa, impossible de trouver mon tabûr : ils et elles étaient partis dans un village des environs. Il m’a fallu les attendre cinq jours avant de les voir revenir. Et à peine une heure après avoir fait connaissance, nous partions pour le front. Objectif : Mansoura, dernière petite ville avant les quartiers ouest de Raqqa.

Nos tanks faits maison... et c’est loin d’être la seule ressemblance avec la Révolution espagnole de 1936 !

J’allais donc enfin être confronté aux hommes de Daech. A quoi ressemblaient-ils ? La question me taraudait, même si, comme vous le savez, je suis là davantage pour la révolution sociale que pour tirer sur des djihadistes. Les médias – et la propagande de Daech – avaient déjà fixé en moi l’image de combattants tout de noir vêtus, caricatures de terroristes habillés par un costumier de série Z, dénués d’émotion et se livrant aux pires atrocités. Bref, le parfait ennemi comme on n’en fait plus…

Notre convoi s’est arrêté dans un petit village fraîchement enlevé par les FDS, à moins d’un kilomètre de l’entrée de Mansoura. Clairement un tremplin avant l’assaut sur la ville. A peine descendus des véhicules, premier coup de stress : des coups de feu claquent à 200 ou 300 mètres de notre position… Le village ne semblait pas tout à fait à nous… Mais dans la vaste maison où mon tabûr avait élu domicile, la plupart des guérilleros ne semblaient pas très inquiets. Bientôt, une majorité dormait paisiblement.

Un petit roupillon, comme tout le monde

Au bout d’un moment, je me suis senti un peu idiot d’être le seul sur le pied de guerre, à me mettre en position de tir à chaque rafale de mitrailleuse. J’ai donc fini par faire comme tout le monde… et piquer un roupillon. Le reste de la journée s’est passée dans cette semi-torpeur ponctuée d’échanges de tir. On avait raison de nous enseigner, à l’académie, que la première qualité d’un combattant, c’est la patience !

J’ai quand même eu l’occasion, durant un tour de garde, de voir notre puissance de feu quand deux dochkas (des mitrailleuses lourdes montées sur des pick-ups) ont méthodiquement arrosé, pendant une heure, plusieurs bâtiments à l’orée de Mansoura. Peu après, une camarade est venue me relever – je commençais à drôlement m’assécher, perché sur ce toit en plein soleil.

Je n’imaginais pas qu’en redescendant, j’allais être confronté, pour la première fois, à deux soldats du califat.

Arthur Aberlin

 
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