Nécrologie

Un médecin révolutionnaire disparaît : Paul Denais

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Il avait participé à la résistance sous l’Occupation, lutté pour l’Algérie libre, mené des actions clandestines dans l’Espagne franquiste. Il était médecin, communiste libertaire, avait été un pilier de Tribune anarchiste communiste dans les années 1970-1980 et un ami d’Alternative libertaire. Paul Denais s’est éteint à 92 ans.

Réfractaire au service du travail obligatoire (STO) sous l’occupation nazie, Paul avait rejoint le mouvement de résistance Défense de la France. Devenu médecin en 1952, il avait choisi, en 1960, d’exercer dans des centres de santé communaux ou de Sécurité sociale.

Entré en 1958 à la Fédération anarchiste, il y fut déçu par un fonctionnement qui lui semblait cadenassé par le groupe propriétaire des « œuvres » de l’organisation, mais aussi par la neutralité de la FA vis-à-vis de la guerre d’Algérie.

Engagé, pour sa part, en faveur de l’indépendance, il cosigna le Manifeste des 121 en septembre 1960. Il rejoignit ensuite l’Union des groupes anarchistes communistes (Ugac) une tendance communistes libertaire et anticolonialiste au sein de la FA. À l’Ugac, il rencontra, entre autres, Micheline Stern, dont il devint l’inséparable compagnon. Jusque dans les années 2000, on devait régulièrement croiser le couple dans tous les combats du mouvement libertaire.

A cette époque, il participa à la lutte antifranquiste. Avec des militants de la Fédération ibérique des jeunesses libertaires (FIJL) en exil, il mena ainsi des actions sur le territoire espagnol, comme l’attentat contre le monument d’El Valle de los Caídos, en août 1962, auquel participa également Antonio Martín.

En 1964, l’Ugac scissionna de la FA et, pendant les trente années suivantes, Paul Denais fut actif au sein cette petite organisation et de ses avatars. En 1970, l’Ugac se transforma en groupe-revue sous le nom de Tribune anarchiste communiste (communément appelé « la Tac »). Paul, Micheline et leurs camarades – dont Guy Bourgeois – éditèrent la revue jusqu’en 1993.

L’Ugac, puis la Tac, eurent une trajectoire assez hétérodoxe au sein du mouvement libertaire, marquée par la recherche théorique, par la volonté de constituer un front anticapitaliste après Mai 68, et par le tiers-mondisme.

Paul Denais et ses camarades effectuèrent ainsi plusieurs voyages pour étudier l’« autogestion » yougoslave, et participèrent en 1968-1972 à diverses tentatives de regroupements anticapitalistes (le CIMR, les CIC…) qui firent long feu.

En septembre 1970, il prit part à l’expédition sanitaire organisée par le Secours rouge après le massacre de Septembre noir, en Jordanie. À la même époque, il militait dans le Comité français de secours au peuple vietnamien et au Comité d’aide médicale et sanitaire au Vietnam.

Il mettait ainsi ses compétences de médecin au service des luttes, et cela aussi bien pour de grandes causes (Palestine, Vietnam) que pour le militantisme quotidien. Dans les années 1980, il prescrivit ainsi souvent des arrêts-maladie de complaisance à certains postiers de l’UTCL, leur permettant de s’extirper quelque temps du centre de tri pour se consacrer à du travail militant…

En mai 1989, Paul Denais fit partie des 100 premiers signataires de l’Appel pour une alternative libertaire, dont est issue l’actuelle AL. Il n’adhéra cependant pas à la nouvelle organisation, mais fréquenta ses meetings et ses militants dans les mouvements sociaux, notamment au sein d’Agir contre le chômage ! (AC !) dans les années 1990.

Nous adressons toute notre amitié et notre solidarité à sa compagne, Micheline.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

 
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