Urbanisme : Contre le Grand Paris… et au-delà ?

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Dans les grandes villes françaises on constate une amplification de la contestation contre les grands projets urbains, leur logique capitaliste et leurs conséquences. Ces luttes offrent en plus des perspectives de convergence entre des fronts sociaux habituellement dissociés.

Prenons l’exemple de l’Île-de-France, où l’ensemble de la première couronne se trouve concernée par la mise en place du « Grand Paris » et de ses nombreux chantiers, contre lesquels la population se mobilise : « Cluster » de recherche techno-industrielle sur le plateau agricole de Saclay (92), projet de centre commercial Europa City (Auchan) sur un triangle agricole à Gonesse, pôles d’affaires ou de création artistique sur le territoire de Plaine Commune (93), chantier des Halles… Le tout est « enrobé » d’une construction considérable des transports sous la forme de plusieurs gares et lignes de tramway ou de métro, censées simplifier la vie des habitants et des habitantes, et accompagné d’une intense propagande ainsi que d’enquêtes publiques et de consultations citoyennes régulièrement pipées.

En réalité, on sait de mieux en mieux que ce Grand Paris, sous ses dehors de « requalification » de l’espace public, de « désenclavement » et autres arguments propagandistes, n’est rien d’autre qu’un vaste plan de contrôle du peuplement des centres-villes. On cherche à attirer les agents économiques du capitalisme mondialisé (cadres supérieurs, entreprises) en rendant le territoire compétitif, attractif, dans une logique de valorisation marchande de la ville. Et bien entendu on expulse ou repousse les populations pauvres toujours plus loin des centres, et on fait payer ces projets à tous les autres. Ces divers phénomènes (gentrification, métropolisation), qu’ils soient décrits par le sociologue Jean-Pierre Garnier ou par les opposants à Notre-Dame-des-Landes, sont bien perçus par le mouvement social : c’est d’ailleurs lors du Festival des résistances et alternatives en 2011 qu’une première fédération de collectifs a donné naissance à la Costif, Coordination pour la solidarité des territoires d’Île-de-France et contre le Grand Paris.

Fédérer les résistances

L’enjeu désormais est de mieux mettre en réseau les collectifs d’habitants qui luttent encore de manière dispersée. Mais au-delà, il faut réaliser le très gros potentiel d’un front pour le « droit à la ville », contre une urbanisation qui est au carrefour des maux les plus essentiels de la société capitaliste : destruction programmée de terres cultivées ou encore préservées, spéculation foncière, crise du logement persistante, contrats mirobolants et autres partenariats public-privé pour les multinationales du béton et du bâtiment, mise en place autoritaire des projets, exclusion géographique des pauvres, répression et mise sous surveillance privée des rues… Les sphères militantes qui affrontent les conséquences de ces logiques le font sur des fronts séparés, et ont aussi de vraies divergences politiques, mais l’exemple de Notre-Dame-des-Landes [1] montre qu’à terme et sans tomber dans le copier-coller, une large convergence peur se créer à force de coopérations ponctuelles dans les luttes contre l’urbanisation capitaliste.

Commission écologie

[1Dans de précédents articles nous avons décrit les convergences qui traversent tant la Zad que les collectifs de soutien locaux à NDDL.

 
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