Congo-Kinshasa : Derrière le coltan, la guerre et le viol de masse

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Au Kivu, région à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) des dizaines de milliers de femmes ont été violées et mutilées. Ces violences continuent et touchent désormais des fillettes et des bébés. Un exemple tristement banal de l’usage du viol comme arme de guerre, mis en lumière par la figure d’un médecin qui « répare les femmes ».

Le film L’Homme qui répare les femmes actuellement sur les écrans (des grandes villes et pour pas longtemps) raconte le travail de Denis Mukwege, gynécologue congolais qui opère et essaie de réparer les organes des femmes mutilées.

Depuis 1994 et l’arrivée des génocidaires rwandais, milices et forces armées s’affrontent sur ce terrain. Les accalmies, les accords de paix et les démobilisations se succèdent et ce n’est toujours pas la paix. Les viols n’ont jamais cessé même si le docteur Mukwege a pu constater une baisse récente du nombre d’arrivées dans sa clinique. Milices et armées se sont battues (aussi) pour l’accès aux richesses du sous-sol de cette région qui contient entre autres de la cassitérite et du coltan, composants essentiels des appareils électroniques et en particulier de nos téléphones portables.

La responsabilité des entreprises des pays riches n’est pas clairement établie (mais on ne prête qu’aux riches…) dans les pillages et les violences qu’ils induisent. Il semble qu’un peu de ménage ait été fait dans la traçabilité de l’origine des métaux et l’interdiction de se fournir au marché noir des zones de guerre. Mais c’est comme le cochon transformé en France qui repart « made in France », le métal peut devenir « made in China » après un petit voyage.

Démolir et pour terroriser

Les chiffres sont imprécis mais plus de 200.000 femmes ont été violentées depuis 1998. La paix n’a jamais été établie, des milices armées ont réattaquées en janvier. Les viols ne recommencent pas, ils n’ont jamais cessé. Le viol est une arme de guerre destinée à traumatiser et faire partir les populations. Mais horreur nouvelle depuis quelques années : de très petites filles, et des bébés sont violées. Y compris dans des zones de paix.

Si certaines et certains expliquent ces faits par la croyance ancienne que si un homme couche avec une vierge, il sera riche, l’explication est bien plus rationnelle. Les enfants soldats, les soldats, les miliciens démobilisés se retrouvent dans la vie civile avec un accompagnement psychologique insuffisant et la violence vécue et exercée les conduit à commettre des atrocités. Quand il y a de (trop rares) arrestations, il a de (trop nombreux) acquittements. Les soldats congolais des forces de l’ONU en Centrafrique ont été renvoyés chez eux après plusieurs viols.

Des extraits d’un article du journal Le Monde du 16 juillet 2013 sont éloquents : « On viole en République démocratique du Congo (RDC). Des femmes, des petites filles et depuis peu des bébés. On viole collectivement, en public, pour démolir et pour terroriser. Pendant des jours, parfois pendant des mois, avant de tirer une balle dans les vagins ou de les lacérer à coups de lames de rasoir, de les remplir de sel, de caoutchouc brûlé ou de soude caustique, d’y déverser du fuel et d’y mettre le feu. Il y a moins de trois semaines, une petite fille de 18 mois lui [le chirurgien depuis filmé] a été apportée, l’appareil génital explosé. Neuf bébés sont arrivés dans le même état depuis janvier [donc entre janvier et juillet 2013], 36 enfants de moins de 10 ans. »

Si les pays riches se préoccupent du bilan carbone des déplacements, qui se préoccupe du bilan en souffrances des femmes de nos objets de consommation ?

Christine (AL Orne)

 
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