Voir : Siri : L’Ennemi intime

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Algérie, 1959 : opérations de « maintien de l’ordre » dans le massif des Aurès.

Cette fiction très travaillée (l’historien Patrick Rotman a collaboré au scénario) met en scène une unité militaire française composée aussi bien d’appelés à peine pubères que de harkis vétérans de 1939-45. Le jeune lieutenant Terrien (Benoît Magimel) dirige l’unité avec un ancien de « l’Indo », le sergent Dougnac (Albert Dupontel). Deux éléments centraux dans ce film : d’une part la dérive d’un humaniste idéaliste que répugne la torture et qui envisage l’indépendance comme inéluctable, d’autre part le réalisme d’un film de guerre qui montre les interventions commando, le comportement envers les Algériennes et Algériens, les exécutions sommaires (« corvées de bois »), la torture, les massacres collectifs…

Si les deux principaux personnages sont des archétypes, la palette des personnages secondaires donne du corps au propos et le complexifie. On devine en filigrane le rôle de l’État dans sa fonction de propagande en direction des Métropolitains, mais aussi comme outil d’écrasement des individus, formatés par le groupe. Et si l’on peut regretter, dans le scénario, l’absence de référence aux violences sexuelles – pourtant utilisées systématiquement par l’armée française –, le film met en scène un épisode peu connu : l’usage des bombardements au napalm.

Voilà un film « grand public » qui fait du bien, dans une période où la droite réactionnaire tente de réhabiliter les siens, avec par exemple la loi de 2005 sur les « aspects positifs » du colonialisme, dont une partie réhabilite des anciens de l’OAS (lire AL n°147 et 148). Si le film rappelle quelques chiffres – près de 2 millions d’appelés français, dont 27 000 morts, entre 300 et 600 000 morts algériens –, l’intérêt est surtout dans les réactions possibles du public : combien d’anciens appelés ont participé de près ou de loin et n’ont jamais parlé ? Il y a encore des murs à abattre. Ce film y participe un peu.

Simon Laviec (Paris Nord)

L’Ennemi intime réalisé par Florent Emilio Siri avec Benoît Magimel, Albert Dupontel, Aurélien Recoing. Durée : 1h 48

 
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