Xénophobie : Lutte des classes et antiracisme sont indissociables

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Alternative libertaire ne signera pas l’appel d’Olivier Le Cour Grandmaison, car s’il dénonce à juste titre la politique actuelle du gouvernement, nous estimons qu’il est loin d’être suffisant face aux enjeux qui s’imposent dans la lutte contre un pouvoir raciste et xénophobe.

A l’initiative d’Olivier Le Cour Grandmaison, un « Appel pour une mobilisation nationale et unitaire contre le racisme, la politique d’immigration du gouvernement et pour la régularisation des sans-papiers » a été lancé et rejoint par de nombreuses organisations. Cet appel dénonce à juste titre une « politique [...] inacceptable [qui] viole des principes humanitaires élémentaires et des dispositions internationales ratifiées par la France ».

Alternative libertaire (AL) souscrit à cette dénonciation, et se mobilisera en conséquence pour la manifestation de mai 2011. Pour autant, AL ne signera pas l’appel tel qu’il est formulé à ce jour, du fait d’ambiguïtés qu’il ne lève pas et d’oublis que nous ne pouvons que rappeler. L’appel condamne la politique d’immigration du pouvoir actuel, mais ne formule à aucun moment l’exigence de l’abrogation du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) ni du projet de loi Besson, qui forment pourtant le cœur de la législation répressive en la matière. Il ne dénonce pas la surenchère de l’UMP et du FN quant à la banalisation de propos discriminatoires ayant notamment valu à l’actuel ministre de l’Intérieur une condamnation « pour injure non publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine ».

De simples doléances auprès des élus

Les mobilisations projetées envisagent, entre autres, le dépôt de cahier de doléances auprès d’élus ou de candidats aux élections. Outre le fait qu’il ne saurait être question pour AL de nourrir la moindre illusion sur les changements que peuvent apporter des élections, on ne peut que regretter qu’il n’ait pas été question d’exiger de la part de toutes les forces politiques qui prétendent s’opposer au pouvoir actuel, une clarification de leurs engagements à propos des politiques migratoires.

Car si nous soutenons l’appel d’Olivier Le Cour Grandmaison lorsqu’il dénonce « la chasse aux Roms » à laquelle s’est livré le pouvoir en place, nous ne pouvons oublier certaines déclarations ayant précédé la manifestation antiraciste du 4 septembre 2010, celle-ci notamment : « Le PS est un parti de gouvernement : les positions, si humaines soient-elles, de la Ligue des droits de l’homme ne sont pas celles du PS ! […] L’occupation illégale de terrains publics ou privés n’est pas permise. Les maires ont raison de saisir la justice pour les expulser » [1].

Enfin, il faut insister sur le fait que défendre les « principes humanitaires élémentaires » n’est pas suffisant pour briser la montée de la xénophobie et du racisme, encouragée au sommet de l’appareil d’État pour le plus grand profit de l’extrême-droite.

Le racisme, instrument du capitalisme

Nous ne gagnerons pas cette bataille uniquement en ayant recours à la seule défense des droits humains injustement bafoués, et encore moins en culpabilisant les Françaises et les Français les plus touché-e-s par la crise et sensibles à une stratégie politique qui rappelle les heures les plus sombres des années 1930. Nous gagnerons sur le terrain de la lutte de classes, en démontrant en quoi le racisme est un piège mortel, dans lequel les défenseurs du capitalisme essaient d’enfermer les exploité-e-s pour les diviser et les écraser.

Noël (AL Banlieue Nord-Ouest)et Jean-Marc (AL Paris Nord-Est)

[1François Rebsamen, Le Parisien, 3 septembre 2010

 
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