CPE : La lutte par procuration, ça n’existe pas !

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Le gouvernement prend les jeunes pour des kleenex. Sa solution face au chômage, qui touche un jeune sur cinq, c’est de donner au patronat la possibilité de les virer à sa guise. Mais la riposte s’organise dans les lycées et les universités. Le mouvement reste fragile mais les étudiant(e)s de Rennes et de Toulouse ont montré la voie à suivre en occupant leur fac et en multipliant les actions radicales face à un gouvernement qui fait tout pour passer en force.

L’annonce à la mi-janvier de la mise en place du contrat première embauche (CPE) a créé la surprise. De Villepin ayant annoncé la procédure d’urgence pour faire passer la loi sur “ l’égalité des chances ” profitant ainsi des vacances scolaires afin éviter une large contestation, le calendrier de mobilisation apparaît très court.

Les organisations de jeunesse et les syndicats étudiants ont tenté d’organiser la mobilisation et de discuter autour d’un appel commun pour le retrait du CPE dans le cadre d’un collectif unitaire. Très vite apparaissent des divergences entre, d’une part, les organisations cogestionnaires et/ou satellites du PS (Unef, Mouvement des jeunes socialistes, UNL, UNSA jeunes...), qui refusent obstinément d’élargir les revendications au retrait du contrat nouvelle embauche et souhaitent un rythme de temps forts, et d’autre part, les organisations plus combatives (SUD Étudiant, CNT, AL, JCR...) qui mettent l’accent sur le caractère interprofessionnel de la lutte et la nécessité de faire éclater des grèves dans les lycées et les universités. Le 7 février, une première manifestation à l’appel des confédérations syndicales de salarié(e)s et du collectif unitaire des organisations de jeunesse rassemble plus de 400 000 personnes dans tous le pays, ce qui est honorable au regard du temps très court pour mobiliser.

Grèves étudiantes

Certains campus sont très réactifs et les étudiants de Rennes-II et Toulouse-Rangueil rentrent dans la lutte à partir du 7 février. Des assemblées générales (AG) massives rassemblent jusqu’à 3 000 étudiants à Rennes (AG du 14 février) et près d’un millier à Toulouse. Les Rennais, “ à la pointe ” de la contestation étudiante de novembre-décembre 2003 contre la réforme Licence/Master/Doctorat/ ECTS, s’auto-organisent très vite, avec AG souveraines, comité de grève, commissions, occupation de la fac avec piquets de grève durs.

Malgré tous les efforts de l’Unef (syndicat étudiant lié au Parti socialiste) pour freiner la grève, les organisations de lutte interviennent avec succès pour un mouvement démocratique et autogéré. Les manifs du 7 et 14 février réunissent plus de 10 000 personnes avec de bonnes délégations des boîtes privées. Des contacts sont pris avec les salarié(e)s qui viennent régulièrement intervenir en AG, des lycées sont bloqués ponctuellement et des actions coup de poing ciblent avec pertinence les institutions ennemies (occupation d’un McDo, envahissement de la chambre de commerce...).

Dans la foulée, les étudiants de Rennes-I, Nantes, Brest, Poitiers, Grenoble, Toulouse-Mirail votent massivement la grève pour le retrait du CPE/CNE et font le lien avec les revendications des étudiants préparant les concours de l’enseignement, en lutte contre la baisse continue du nombre de postes. Les étudiants de filières courtes saisissent également l’ampleur des attaques : les IUT (instituts universitaires technologiques) de Tours, Rennes, Lannion et Orléans sont bloqués. La mobilisation se construit lentement car un important travail d’explication est nécessaire.

Étendre la lutte

Mais au jeu de la lenteur, les organisations dites représentatives sont les meilleures. Sans prendre en considération les mouvements existants, elles appellent à une “ grande journée ” de mobilisation... le 7 mars. L’hypocrisie est totale ; le discours de Thibault, Hollande et consorts sur la “ nécessité d’une mobilisation d’ampleur de la jeunesse ” passe mal. En effet, les CPE et CNE, c’est l’affaire de tous et toutes. Alors que le Code du travail est détricoté à grande vitesse, que l’insécurité sociale s’accentue sur les chômeur(se)s, les intermittent(e)s, les jeunes, et plus globalement sur les salarié(e)s, c’est à l’ensemble des catégories attaquées de s’engager dans la lutte. En vue du 7 mars seuls l’Union syndicale Solidaires (qui regroupe notamment les syndicats SUD), FO et certains secteurs de la CGT appellent à la grève pour l’instant.

Pourtant la volonté d’en découdre existe dans quelques secteurs et l’unité travailleurs/jeunes peut se faire à la base. Au Mirail, le 16 février, une AG de 450 profs et personnels vote la grève pendant trois jours et rejoint le mouvement étudiant. C’est en popularisant la logique du “ tous ensemble ” que ce mouvement peut prendre de l’ampleur. Au niveau étudiant, une des priorités est de propager la grève sur les autres facs. C’est pourquoi Rennes-II a appelé à une première coordination nationale pour permettre aux facs en lutte de se concerter et de se mettre d’accord sur une stratégie d’élargissement du mouvement en affirmant une légitimité plus forte que celle du collectif d’organisations.

Il faut également rompre avec la logique de “ temps forts ” d’une Unef qui a les yeux rivés sur les élections étudiantes au CROUS le 22 mars et d’un PS qui surfe sur la vague anti-CPE pour se refaire une santé et minablement “ capitaliser ” pour 2007. Il faut tendre vers une massification du mouvement car les seules universités de l’Ouest ne tiendront pas si d’autres établissements ne leur emboîtent pas le pas. Sur la région parisienne, la mobilisation est difficile, les AG ne dépassant pas les 300 personnes (Tolbiac, Jussieu, Censier, Nanterre). Le syndicalisme de lutte encore fragile n’est pas en capacité d’impulser une mobilisation large pour le moment. La solution viendra peut être des lycéen(ne)s, fortement mobilisés l’an dernier contre la loi Fillon, qui devraient répondre présents dès la rentrée.

Spider Charlie, le 21-02-2006}

Face à la répression

Après être passé en force symboliquement avec le 49-3, le gouvernement passe aux travaux pratiques. À Toulouse, un militant de SUD Étudiant est arrêté en pleine manif, roué de coups et jugé en comparution immédiate. Trois mois de prison avec sursis, une forte amende et 80 heures de travaux d’intérêt général pour avoir tenté de lancer de la peinture sur une chambre de commerce. À Grenoble et Marseille des manifestants sont également arrêtés. Comme lors du mouvement lycéen, l’État et ses flics organisent l’intimidation par la répression.

 
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