Cameroun, Togo : Répression meurtrière et complicité française

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Ces derniers mois, des mouvements sociaux ont secoué le Cameroun et le Togo, deux pays comptant parmi les dictatures amies de la France.

Au Cameroun, pays majoritairement francophone, la minorité anglophone représentant environ 20 % de la population se sent depuis longtemps marginalisée par le pouvoir du dictateur Paul Biya. Pour exprimer leur ras-le-bol, ils ont manifesté une première fois le 22 septembre, réunissant «  entre 30 000 et 80 000 personnes dans une trentaine de villes et de localités anglophones. […] Initialement pacifiques, les marches sont devenues violentes dans certaines localités  » [1]. La réaction violente des forces de défense et de sécurité fait alors au moins 4 morts et des dizaines de blessé.es parmi les manifestants.

Indépendance de l’Ambazonie

Le deuxième acte, plus sanglant, a eu lieux le 1er octobre à l’appel de sécessionnistes anglophones. Face à l’ampleur inattendue des manifestations du 22 septembre, «  le gouverneur a déployé un nouveau renfort de 1 000 soldats et imposé un état d’urgence ainsi qu’une loi martiale de fait (arrestation de civils par les militaires, jugement dans les tribunaux militaires)  » [2]. De plus, sur demande des autorités, les opérateurs téléphoniques (Orange et MTN) ont coupé l’accès à internet, rendant extrêmement difficile de savoir à distance ce qu’il se passait  : des dizaines de milliers de personnes sont sorties pour marcher pacifiquement, hisser des drapeaux et proclamer symboliquement l’indépendance d’un État anglophone appelé l’Ambazonie. La répression fut extrèmement violente, faisant entre 40 et 100 victimes selon les sources, et plus de 500 arrestations selon Amnesty International.

Au Togo, c’est dans tout le pays que le peuple en a le ras-le-bol d’un pouvoir clanique et mafieux. Suite aux 38 ans de règne de Gnassingbé Eyadema, le pouvoir avait été accaparé en 2005 par son fils Faure Gnassingbé au prix d’une « transition » toute en violence (500 morts et 40 000 réfugié.es selon l’Onu). Depuis cette date, Faure se démène pour garder le pouvoir sous un fragile vernis démocratique, ce qui l’amène à vouloir changer la constitution pour échapper à la limitation du nombre de mandats présidentiels (recette déjà éprouvée par d’autres dictateurs de la françafrique).

Le peuple togolais mobilisé pour chasser le tyran

Face à ce projet, la mobilisation populaire a été au rendez-vous, avec plusieurs échéances de rassemblements dont le point culminant, les 18 et 19 octobre, a été à son tour violemment réprimé : «  au moins 16 personnes tuées, des dizaines de personnes blessées et arbitrairement arrêtées, parfois jugées sans avocats  » [3], sans oublier le recours à des milices traquant les opposants jusque dans leurs maisons.

Dans ces deux cas récents, la voix diplomatique de la France exprime des «  préoccupations  » et condamne «  les violences  »… Or, au Cameroun, au Togo et dans de nombreux autres pays «  amis  », des dizaines de coopérants policiers et militaires français accompagnent et forment les corps armés via les accords de coopération (dont le contenu n’est aujourd’hui pas transparent). Mais interrompre cette coopération au cœur de l’arsenal répressif de régimes criminels ne semble pas traverser l’esprit du gouvernement français, qui préfère appeler pudiquement toutes les parties «  au dialogue et à la retenue  ».

Noël Surgé

[1Note de l’International Crisis Group (ICG) du 19 octobre 2017

[2Idem

[3Billets d’Afrique, mensuel de l’association Survie, octobre 2017

 
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