Juin 1999

Combattre la violence à la source

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Depuis quelques années la lutte contre « la violence des jeunes » est un des thèmes de prédilection des gouvernements. Épisodiquement, des « journée contre la violence » sont organisées dans les lycées et collèges, et les profs sont chargés de faire la morale à leurs élèves pendant une demi-heure… Les plus critiques refusent, conscients du degré de ridicule que peuvent avoir ces journées symboliques quand, dans le même temps, l’État applique des lois racistes, et que la sainte loi du marché fait vivre, en France, plusieurs millions de personnes en-dessous du seuil de pauvreté. La violence est partout, c’est le système qui nous l’enseigne chaque jour.

Les établissements scolaires ne seront jamais des îlots pacifiques quand, tout autour, le tissu social se désagrège.

« Stop la violence » : doit rester autonome !

Début mars radio Nova, bientôt relayée par Nova magazine, publiait un « manifeste contre la violence » réalisé par des jeunes de la banlieue parisienne (Bouffémont, Garges-lès-Gonesses, Sarcelles, Argenteuil…). En dix paragraphes, les membres du comité Stop la violence dénonçaient la logique de clan, la circulation des armes, les agressions, les viols… et appelaient au respect mutuel.

En quelques semaines, plusieurs comités Stop la violence se sont ainsi créés dans des cités de toute la France. Leur but : faire prendre conscience que le climat de tension permanente, que ce soit dans les quartiers ou les lycées, « ça peut plus durer comme ça ».

Mais un écueil les guette : la récupération politicienne.

En effet, l’État cherche depuis des années à ramener la paix civile sur les « quartiers chauds ». Or sans abolir le chômage, tout le monde le sait, c’est quasiment impossible. Alors il ne lui reste que le discours moraliste et abstrait sur la citoyenneté. Plutôt que de remédier à la violence, on va la canaliser ou l’étouffer : c’est la politique du panneau de basket (« prévention ») et des mesures policières (répression).

Pour un État en mal de reconnaissance, l’initiative de Stop la violence est une aubaine. Pas un ministre n’a jusqu’ici oublié de faire des déclarations élogieuses sur le comité, de lui promettre son soutien, à grand renfort de publicité. Quelle sera la légitimité de Stop la violence quand il sera devenu la voix du gouvernement dans les cités ?

Une telle récupération politicienne doit être évitée, mais si elle est possible, c’est parce que les auteurs du « Manifeste contre la violence » ont justement oublié de politiser leur discours sur la violence. S’ils l’avaient fait, ils auraient été amenés à avancer des revendications égalitaires telles que « Du travail pour tous », ou « Plus de moyen pour l’enseignement public » ou « Revalorisation de l’enseignement professionnel ». Là, sans aucun doute, l’État aurait eu beaucoup plus de difficulté à récupérer le mouvement. Pour l’instant, sans être véritablement critique ou contestataire, il se contente de vouloir organiser une « journée contre la violence ». On a déjà vu ça quelque part !

« Du boulot, pas de balles dans le dos »

(slogan des jeunes du quartier de la Reynerie à Toulouse)

Inutile aussi de faire semblant d’oublier volontairement les violences policières, comme celles qui enflamment régulièrement les cités du nord au sud de l’hexagone. La tension, c’est aussi la police qui la fait monter. Combien de jeunes assassinés pour un vol sans importance ? Combien de bavures policières sont réellement punies ? Combien de temps Bernard Tapie a-t-il passé en prison ? la justice n’est pas la même pour tous. Police partout = justice nulle part.

La violence existera tant qu’on n’aura pas résolu la crise sociale. Tant qu’on n’aura pas établi l’égalité économique et sociale de tous et toutes, il y a aura des jeunes marginalisés, et violents.

Alors oui il faut se battre contre la violence, parce qu’il faut se battre pour la justice. Contre la résignation, contre le repli individualiste et l’esprit de clan. Notre seul ennemi, c’est ce système qui crée le chômage, la misère, l’insécurité, la violence.

 
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