Défense du code du travail : Garder la main

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L’offensive actuelle du gouvernement contre les dispositions les plus protectrices du Code du travail, notamment en ce qui concerne les conditions de licenciement, constitue sans aucun doute un enjeu majeur pour les travailleur(se)s.

Déjà on nous annonce le contrat à durée déterminée des seniors, et peut-être même un nouveau contrat unique précaire pour tout le monde. Quand ce n’est pas par la loi et les décrets, ce sont des accords de casse signés par des partenaires dociles comme dans la métallurgie avec un accord d’allongement du temps de travail.

Il importe à Villepin de garder la main dans sa course à la présidentielle afin de bien démontrer aux patrons qu’il est leur candidat, face à Sarkozy qui a les faveurs des patrons des grands groupes.

Bien entendu, s’opposer à toutes ces mesures, se battre pour de nouveaux droits reste la priorité des luttes. Mais l’approche de l’élection présidentielle laisse apparaître une volonté politique, notamment au PS, de faire croire que cela ne se joue pas dans les luttes et dans la rue. Ces dernières semaines, François Hollande et Julien Dray ont multiplié les déclarations pour indiquer que la vraie opposition se joue à l’Assemblée. Il s’agit ainsi de préparer les esprits à la bataille pour l’alternance. Dans ce cadre, il importe peu que les luttes ne triomphent pas. Le PS promet qu’une fois au pouvoir, il abrogera tout cela.

Si le Parti socialiste fait ce qu’il sait faire et a toujours su faire, il n’en demeure pas moins que les attitudes défaitistes, ou le manque de volonté des directions syndicales confédérales d’organiser les luttes, participent de ce même mouvement. D’une certaine manière, certains dirigeants confédéraux parient plus sur une logique d’alternance que sur une logique de luttes victorieuses. On l’a bien vu avec la tentative de mainmise par les différents courants du PS à l’occasion du début du mouvement contre le CPE. Le PS cherche à reprendre la main. Le scénario est assez simple. On multiplie les interventions dans les salles de rédaction en faisant la promotion des jeunes socialistes. Une fois encore, ce n’est pas le succès de la lutte qui est en cause, c’est le fait d’occuper le terrain, de faire croire que les socialistes sont à la tête du mouvement. D’autant que si le gouvernement utilise la procédure de passage en force avec le 49-3, il y a toujours cette perspective des prochaines élections.

L’amendement relatif au CPE est passé à l’Assemblée dans la nuit du 6 février dans un hémicycle pratiquement vide (53 pour, 23 contre). La “ bataille pied à pied ” que nous promettaient les socialistes n’est pas impressionnante. D’une certaine manière, ils ont été soulagés du passage en force du Premier ministre sur l’ensemble de la loi. Pas de débat, pas de problème.

Les socialistes qui crient haut et fort vouloir remettre en cause les lois votées par la majorité actuelle ont bien du mal à faire oublier leur politique quand ils étaient au gouvernement. Et s’ils disent aujourd’hui vouloir revenir sur les lois tel le CPE, ils continuent toutefois à nous promettre le retour.... des emplois jeunes. On a eu peur, les socialistes frappés de gauchisme ! Non, ils nous promettent le “ rétablissement des emplois jeunes dans le secteur public supprimés par le gouvernement Raffarin ” (tract quadrichromie 4 pages du PS lors des manifestations du 7 février).

L’enjeu pour le mouvement social est de garder la main Ne pas laisser s’installer l’idée que ce serait à l’occasion des prochaines élections que ce que nous n’aurions pas su combattre aujourd’hui serait obtenu demain. Cela fait maintenant plus de dix ans que ce qui émerge dans la société, qui pèse sur le cours des choses, émane des luttes.

Raffarin l’avait bien compris en disant que ce n’était pas la rue qui devait décider. Ce à quoi la rue répondait : “ Raffarin on t’emmerde, c’est la rue qui gouverne ! ”. Au delà du nécessaire combat contre la politique de Villepin, ce qui se joue aujourd’hui est aussi la capacité politique du mouvement social à garder la main sur le plan de l’initiative et des contenus des luttes. Un échec sur le CPE renforcerait le défaitisme des luttes au profit d’une possibilité d’alternance. Des grèves par délégation à la délégation tout court, le prix serait élevé pour le mouvement social. C’est dire la nécessité de développer des luttes unitaires victorieuses.

Thierry Renard (AL Transcom)

 
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