Jeunesse : Rester prêts à rebondir

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Alors que la violence sociale du gouvernement Macron laisserait espérer une mobilisation de la jeunesse, force est de constater que ça n’est pas encore le cas. La rentrée n’est certes pas propice pour mobiliser, mais il s’agit aussi d’interroger nos pratiques et de travailler à construire un rapport de force avec patience d’ici la reprise des cours en 2018.

Depuis la rentrée scolaire, militant.es et syndicalistes étudiant.es tentent de mobiliser, facs et lycées, contre l’offensive de Macron. Ordonnances, baisse des APL, sélection à l’université… Autant d’ingrédients qui laissaient espérer une mobilisation de la jeunesse au moins aussi importante qu’au printemps 2016. Malheureusement, force est de constater que pour le moment nous n’y sommes pas.

Des pratiques contre-productives

Alors pourquoi ça patine  ? On peut apporter des pistes d’explication à cette absence de mobilisation à partir de facteurs objectifs  : un étudiant.e sur deux est salarié.e, souvent précaires, ça ne facilite pas la mobilisation. Les ordonnances ont permis au gouvernement de profiter d’un timing favorable, la rentrée n’est pas propice à mobiliser, la majorité des étudiant.es ont en tête les démarches administratives de début d’année  ; les organisations de jeunesse n’ont plus la capacité de mettre des milliers d’étudiant.es dans la rue. L’Unef en particulier, ayant fortement décliné ces dernières années en influence et crédibilité, a été récemment encore plus affaiblie par des querelles internes avec les militant.es de la France insoumise.

Et si les militant.es de Solidaires étudiant.es ont des pratiques de lutte et autogestionnaires, contrairement à l’Unef, leur implantation n’est pas non plus massive. Plus largement, la jeunesse scolarisée n’échappe pas aux freins qui sont à l’œuvre dans les entreprises aussi  : absence de confiance dans nos luttes, poids des défaites passées, dépolitisation.

Mais même là où le long et laborieux travail de mobilisation a été effectué, avec des distributions massives de tracts, des réunions publiques d’information, des débrayages… les assemblées générales (AG) étudiantes n’ont guère dépassé la centaine de participants. Pour les lycées, les débrayages ont été eux aussi très faibles, et l’absence de mouvement étudiant n’a pas aidé pour les favoriser. Dans la mesure où l’auto-organisation est plus difficile à mettre en place dans les lycées, le mouvement étudiant mieux structuré apporte d’habitude son aide à la mobilisation lycéenne.

Face à nos difficultés à convaincre nos camarades d’études à venir en manif ou en AG, il faut aussi interroger nos pratiques. On a pu assister dans des AG à des postures et discours avant-gardistes laissant croire à la possibilité de lancer un mouvement avec des appels incantatoires à la grève générale. Ou encore en appelant ou votant en AG des actions radicales alors que le rapport de force n’est pas là. Pratiques bien souvent partagées par certaines organisations trotskystes ou certains groupes autonomes.

Par ailleurs, que des militant.es extérieur.es à la fac viennent dans les AG étudiantes n’est pas un problème en soi, au contraire, la convergence des luttes se crée avant tout par des échanges sur la base de la réalité dans nos secteurs d’activités. Mais que des militant.es qui ne sont pas à la fac viennent expliquer aux étudiant.es ce qu’ils et elles doivent faire, cela ne correspond pas à l’auto-organisation ni à l’autogestion des luttes  !

Une riposte contre le plan étudiant  ?

Avec l’annonce du «  Plan étudiant  » le 30 octobre par le gouvernement, les questions propres aux étudiant.es et aux futur.es étudiant.es sont d’autant plus d’actualité  : coupes dans le budget de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, sans-facs, problèmes d’inscription, sélection en Master. Bien entendu, il ne s’agit pas d’abandonner la lutte contre les ordonnances, d’ailleurs que ce soit la casse du Code du travail ou la sélection à la fac, ce sont nos droits collectifs qui vont disparaître au bénéfice des patrons qui pourront davantage nous exploiter. Cette dénonciation du projet global patronal et ce lien se feront d’autant mieux quand la mobilisation étudiante et lycéenne vis-à-vis de leurs préoccupations propres aura prise. Ce qui compte à présent c’est de créer un rapport de force par une mobilisation massive, et «  le plan étudiant  » qui met en place la sélection à la fac avec des attendus et qui accentue la sélection en Master peut être un sujet davantage explosif.

A l’heure ou cet article est écrit, une première réunion rassemblant de nombreuses organisations de jeunesse à eu lieu, de même qu’une intersyndicale regroupant des fédérations du secondaires comme du supérieur (CGT, FO, Solidaires, Unef, UNL, SGL) mais ni de l’une ni de l’autre ne sont encore sorties de pistes de mobilisation concrète. Cette dernière a le mérite d’être portée par de nombreuses organisations, mais sera-t-elle réellement construite localement  ? Les examens du premier semestre et les vacances de noël ne vont pas faciliter les choses. Si un mouvement peut émerger, il faut le construire avec patience d’ici la reprise des cours en 2018. La priorité c’est de remettre en cause le discours de Macron et les fausses évidences que les médias véhiculent sur la sélection à l’université. Les causes de l’échec à la fac c’est avant tout le salariat étudiant et les conditions d’études dégradées. Et une meilleure orientation au lycée nécessite davantage de moyens, pas de la «  poudre de perlimpinpin  ». La mise en place du plan du gouvernement risque de créer une sacrée pagaille dès le printemps 2018 côté lycéen comme enseignant. Il faudra savoir en tirer profit.

Ne pas baisser les bras

Alors non, défaite et abandon ne sont toujours pas des options pour les révolutionnaires. Plus que jamais il est nécessaire d’échanger entre militant.es, de mutualiser les retours, pour comprendre pourquoi, à l’heure actuelle, nous n’arrivons pas à mobiliser autour de nous. Dans la jeunesse comme dans les entreprises d’ailleurs. Et encore une fois, mouvement ou pas, victorieux ou non, le renforcement de nos organisations est fondamental. Sur les facs, la fédération Solidaires étudiant.e.s semble aujourd’hui l’outil le plus à même de mobiliser largement, en sachant créer l’unité avec les autres forces, tout en assurant un mouvement contrôlé par la base.

Restons sur le pied de guerre, prêt à sentir tout changement d’ambiance, pour rebondir en fonction.

Benjamin (AL Nantes), Dahel (AL Saint-Denis), Marius (AL Toulouse), Quentin (AL Rennes)


Communistes libertaires de toutes les facs et bahuts, organisons-nous  !

Alternative libertaire a décidé le lancement d’une campagne envers la jeunesse scolarisée, dans les lycées et les facs. Lors du mouvement contre la loi travail en 2016, la mobilisation de la jeunesse a servi de rampe de lancement au mouvement. Aujourd’hui, son absence dans la contestation des ordonnances manque cruellement pour encourager les travailleurs et travailleuses à la grève. Nous nous considérons, en tant qu’étudiant.es et lycéen.nes, comme des travailleurs et des travailleuses en formation. Les attaques du gouvernement contre les intérêts de notre classe nous touchent donc en premier lieu. S’y rajoute également des attaques plus spécifiques  : sélection à l’université, coupes budgétaires, baisse des APL…

Dans les universités, la construction d’outils syndicaux les plus massifs et autogestionnaires possible reste la priorité des étudiant.es d’AL. Dans les lycées, les difficultés de construire ce type d’outils syndicaux rend l’intervention politique plus directement nécessaire. Mais plus largement, dans les facs comme dans les lycées, populariser l’idée que le capitalisme, le patriarcat, le racisme ne sont pas des fatalités est plus que nécessaire. Porter une alternative, un projet de société communiste libertaire, pour donner du sens à nos luttes d’aujourd’hui et de demain, voilà le sens de cette campagne.

Organise-toi, rejoins-nous  : jeunesse@alternativelibertaire.org

La commission jeunesse d’AL

 
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