La Poste : La défaite n’était pas inéluctable

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Malgré le succès de la votation citoyenne organisé en octobre dernier, la lutte contre la privatisation de la Poste semble aujourd’hui dans une impasse. Quelles en sont les causes ?

En septembre 2008, un appel signé par de nombreuses organisations syndicales, associatives et politiques, dont AL, exigeait le retrait du projet de loi de privatisation de la Poste et la tenue d’un référendum sur l’avenir de celle-ci. Alternative libertaire a dès le début été critique de cette démarche, en soulignant que seule l’action conjointe des postier-e-s, par la grève, et des usager-e-s pouvaient faire reculer le gouvernement. L’appel à un référendum avait l’avantage de mobiliser une partie de la gauche sociale, et de pointer l’absence totale de démocratie dans cette prise de décision. Ce qui, en contrepartie, laissait croire que la décision pourrait être démocratique, tout en restreignant l’appel à une mobilisation citoyenne.

Votation citoyenne : essai non transformé

Le succès de la votation citoyenne du 3 octobre 2009 a dépassé toutes les espérances, avec 2,3 millions de votant-e-s. Ce succès a montré que le combat contre la privatisation de la Poste était particulièrement populaire chez les usagères et usagers, qui y voyaient sans doute un symbole de la lutte contre la casse des services publics.

Le 4 octobre, le gouvernement annonçait qu’il ne tiendrait pas compte de la votation. C’était attendu. Pourtant, le comité national contre la privatisation de la Poste n’a proposé aucune perspective pour aller plus loin. En effet, plusieurs forces politiques ne voulaient pas mener la lutte jusqu’au bout. C’est notamment le cas du PS, qui s’est félicité de cette forme de mobilisation, « alternative à la grève », et s’est violemment opposé à l’organisation d’une manifestation nationale ou d’un soutien à une grève. Indéniablement, le succès de la votation a été la conséquence de l’unité politique et de l’implication du PS dans l’organisation des bureaux de vote. L’unité était nécessaire, mais elle a freiné la concrétisation dans la rue du succès de la votation.

Il serait néanmoins trop simple de renvoyer la responsabilité de cet échec aux partis sociaux-démocrates. Les organisations favorables au développement de la lutte n’ont pas mis toutes leurs forces dans la balance après la votation, y compris AL. Trop de comités locaux se sont endormis sur leurs lauriers, ne prenant même pas la peine d’annoncer les résultats de la votation ou de se réunir pour discuter des suites. Nationalement, la bataille pour l’appel à une manifestation nationale, par exemple, n’a pas été menée avec assez de conviction. Fin octobre, la décision est finalement prise de maintenir un consensus apparent au sein du comité national en recommençant une nouvelle votation, par l’envoi de cartes postales à Sarkozy. En réalité, la CGT a repris la main à partir de cet instant.

La CGT reprend la main

La CGT aurait pu se contenter de se désinvestir du comité national. Elle a choisi d’y rester pour s’opposer à ce que soient fixées des dates de manifestation, en arguant qu’il fallait attendre le résultat du vote au Sénat, puis attendre d’avoir envoyé toutes les cartes postales avant d’organiser des manifestations locales, puis qu’il fallait attendre le résultat des manifestations locales avant d’organiser une montée à Paris, etc. Son calcul était visiblement qu’il valait mieux qu’il n’y ait aucune mobilisation, plutôt qu’il y en ait une sans elle. Cette stratégie a été relayée localement par une partie importante des équipes militantes CGT. La stratégie de la CGT dans cette lutte reflète l’évolution de la confédération vers le syndicalisme d’accompagnement. Pour la direction de la CGT, les luttes qu’on ne mène pas sont des luttes qu’on ne perd pas, et tant pis si on laisse la résignation miner le moral des salarié-e-s.

Échec de la grève reconductible

Faute de pouvoir développer une mobilisation des usagères et usagers, il restait à mobiliser les postières et postiers, ce qui aurait dû faire l’objet de l’essentiel des efforts militants depuis le début.

La dégradation des conditions de travail à la Poste et dans ses filiales avait suscité de nombreux conflits en 2008. La privatisation constituait en quelque sorte l’aboutissement de ces évolutions et aurait donc pu susciter une mobilisation d’ensemble des postières et des postiers. La réussite des deux journées de grève nationale à la Poste en septembre 2008 et 2009, avec environ 30 % de grévistes, témoignait de cette potentialité.

Mais la construction d’une grève illimitée était autrement plus compliquée. En effet, le processus de privatisation rampante est déjà si avancé que beaucoup de postier-e-s ne croyaient pas à la possibilité d’un report du projet de loi et ne mettaient pas forcément la dégradation de leurs conditions de travail en rapport avec la privatisation. De plus, le souffle de la votation citoyenne était complètement retombé en novembre. Le 25 novembre 2009, Sud PTT, la CFTC et FO, rejoints par la CGT dans certains secteurs, ont appelé à reconduire la grève nationale de la veille en région parisienne et dans les Bouches du Rhône. L’appel se faisait moins sur l’opposition à la privatisation que sur l’amélioration des conditions de travail. La reconduction fut un fiasco.

Aujourd’hui, le gouvernement a eu beau repousser le projet de loi à mars, la mobilisation semble bel et bien enterrée. Reste à préparer les suites, en tirant les bilans de cette lutte, pour que les responsabilités soient clairement identifiées. Le processus de privatisation était déjà largement avancé et celle-ci ne changera pas grand chose aux conditions de travail des postières et des postiers, déjà largement mises à mal. Mais il s’agissait d’une occasion qui ne se représentera sans doute pas de sitôt, de développer une lutte nationale pour mettre un coup d’arrêt à ces évolutions catastrophiques et à la casse du service public postal.

Grégoire Mariman (AL Paris Sud)

 
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