Logement dans le 93 : Locataires mis en demeure

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Considérée comme une « terre d’accueil » et un lieu d’expérimentation architecturale, la Seine-Saint-Denis est devenue un cas d’école de la faillite de la politique de la ville, menée par les affairistes de tous poils.

Privant toute une part de sa population de l’accès à la propriété, les prix des logements anciens ont quasiment doublés sur les cinq dernières années [1], tandis que la Seine-Saint-Denis a connu la plus faible évolution des ressources de ses habitants en 2001-2008. Or, pour 569 000 logements recensés, 41 % seulement sont occupés par leurs propriétaires. Le parc locatif privé affiche des prix inabordables. En outre, les petits logements sont privilégiés par les investisseurs alors que les grands logements restent inaccessibles.

Au mieux, la solidarité prend le relais pour un hébergement temporaire, mais il n’est pas rare de constater une « errance urbaine » de nombreuses familles. L’hébergement en centres sociaux devient un palliatif alors que l’on voit réapparaître de nouveaux « marchands de sommeil » qui offrent à la location ou revente des logements indignes ou insalubres.

Le logement social représente, en moyenne sur le département, plus de 40 % de l’offre. Les demandes enregistrées chaque année sont estimées à 60 000, bien au-delà des disponibilités, entraînant une attente anormalement longue. En moyenne, les demandes ont une ancienneté de plus de 2 ans et 8 mois, et près du tiers de plus de 4 ans.

À ces difficultés s’ajoute le contexte général de précarité et d’inégalités sociales. Environ 25 % des demandes de logement social sont déposées par des bénéficiaires du RSA ou chômeurs. Malgré la crise, les gouvernements successifs ont poursuivi l’offensive contre les droits des locataires et le logement social, en encourageant l’endettement et la dépendance des petits propriétaires à l’égard des banques.

[*La bataille s’organise*]

Mais une véritable résistance émerge contre les expulseurs, pour un « droit au logement » effectif. Récemment, plus de dix communes ont interdit les expulsions – décision vite rejetée par l’institution judiciaire. Des batailles s’organisent à Saint-Denis, La Courneuve ou Saint-Ouen, contre les expulsions, à Bondy contre un marchand de sommeil…

Au delà de ces initiatives locales, le 14 avril dernier, plus de 300 manifestantes et manifestants se sont mobilisés aux cotés de Droit au logement (DAL) et de nombreux collectifs, soutenus par les organisations politiques (NPA, FDG, CGA, AL) en direction de la Préfecture de Bobigny qui a refusé de recevoir toute délégation.

Cette première manifestation en appelle d’autres car c’est ensemble que nous devons imposer les mesures d’urgence nécessaires : moratoire sur les expulsions locatives, blocage des loyers [2], réquisition des logements vides, interdiction d’acheter un logement si ce n’est pas pour l’habiter, taxe dissuasive sur les mètres carrés inoccupés, application réelle de la loi Solidarité et rénovation urbaines (SRU).

Mais ces mesures ne peuvent avoir grand sens sans une socialisation du logement d’habitation, la mise en œuvre d’un service public adapté, financé par les loyers, les propriétaires et les entreprises, et l’expropriation des logements détenus par les spéculateurs, au profit du service commun.

Seznec (AL Seine-Saint-Denis)

[1Ils atteignent en moyenne 6 000 euros au m².

[2Fixés à 20% des revenus du locataire.

 
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