Marche des chômeurs : Tocsin muet ?

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Dans le numéro 190 d’Alternative Libertaire, nous présentions le collectif Droits nouveaux regroupant plusieurs associations et organisations à Bordeaux. Il sonnait récemment le tocsin contre la politique ultralibérale du gouvernement qui fait rimer croissance et précarité.

Le chômage continue d’augmenter malgré la période de fêtes. Le gouvernement et l’Etat espéraient qu’elle serait synonyme d’une légère augmentation des embauches, la logique voulant que l’augmentation de l’activité de ce mois de forte consommation et d’engraissement financier justifié par Noël, se répercute sur l’emploi.

Les chiffres pour la fin 2009 viennent de tomber : les 2 627 300 chômeuses et chômeurs au mois d’octobre sont 52 400 demandeur-e-s d’emplois de plus qu’en septembre 2009 ; l’augmentation effective du chômage étant de +25% depuis un an (ce sont 569 200 personnes de plus depuis septembre 2008 qui touchent des allocations chômage) [1]. Pourtant les entreprises ferment toujours, et il arrive même qu’on profite des périodes de fête pour lancer des délocalisations sauvages, laissant les salariés revenir de vacances pour découvrir leurs usines vides.

Un peu partout en France des marches et actions diverses furent menées ces dernières semaines, par des collectifs de Droits nouveaux, composés d’associations, d’organisations politiques, de citoyens à titre individuel. Pour la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB), les deux semaines précédant la manifestation nationale contre la précarité ont été ponctuées par plusieurs événements, plus ou moins suivis par les précaires de la région.

Luttes et actions : carton plein…

Nous avons organisé des rassemblements devant la CAF de Bordeaux pour dénoncer ce qui est demandé de réellement intrusif et déplacé aux allocataires au moment de leurs demandes d’accès au Revenu de solidarité active (RSA, l’ancien RMI).

Nous avons, sous bonne couverture médiatique régionale, interpellé les employé-e-s du Pôle emploi et le collectif a mis en avant l’action de décontamination de la précarité visant le Pôle Emploi de Cenon (ville de la CUB). Il a alors rappelé ses principales revendications, non négociables, comme la suppression de la plateforme téléphonique 3949 [2] et le rétablissement d’un guichet d’accueil et du contact humain. La déshumanisation du Pôle emploi est réelle, pour exemple, le terme d’usager est banni au profit de celui de client. A l’instar d’autres services publics avant lui, c’est un signe évident et précurseur de la privatisation, placé sur la toile de fond de 300 000 dossiers de demandeurs d’emploi confiés à des agences d’intérim partout en France. Les membres du collectif ont aussi insisté pour que cesse le flicage mensuel imposé par l’administration du Pôle emploi, et pour que soient augmentés massivement les minima sociaux, les allocations et le SMIC. Le droit au logement ne doit pas être oublié dans cette campagne, surtout quand on sait que la ville de Bordeaux construit des « maisons œuvres d’art » sur des ronds-points au coût exorbitant atteignant le million d’euros [3]. Dans le même temps, de nombreuses familles, avec ou sans papier, se retrouvent dans des bidonvilles et des camps de fortune dans les périphéries de toutes les agglomérations, de Bordeaux, mais aussi dans tout le pays. Un toit c’est un droit.

… mais un bilan maussade

Dans l’ensemble des mobilisations, très peu de précaires chômeurs externes aux organisations signataires de l’appel du collectif Droits nouveaux de Bordeaux sont venu manifester ; il faut y voir un effet de leur éparpillement, du manque d’information, mais peut- être aussi de leur résignation au vu des échecs des luttes précédentes.

Malgré ça, et malgré le petit nombre de participant-e-s (à peine plus de 500), la manifestation du 5 décembre fut une réussite, car les autres années le cortège ne dépassait pas la centaine de participants. Signe des temps ?

Dans une ville comme Bordeaux, l’optique pour la suite n’est pas de se satisfaire de deux semaines de mobilisation, mais de se placer dans la continuité et de rechercher la convergence des luttes, comme celle des sans-papiers dont il faut espérer une mobilisation significative en décembre et janvier.

Une grande partie des précaires se sent sans défense face à l’Etat et au patronat et c’est à nous de réagir et de nous unifier pour les prochaines luttes : de plus en plus de précaires ne vivent plus mais survivent, dans cette société qui continue de creuser les inégalités.

Désirée Reclus

[1source : Dares

[2plateforme d’appel obligatoire pour toute inscription au Pôle Emploi.

[3Voir Alternative Libertaire n°190

 
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