Palestine : Victoire électorale du Hamas ? Une surprise très prévisible !

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La victoire électorale du Hamas [1] lors des élections législatives palestiniennes du 25 janvier était largement prévisible. De multiples facteurs en sont la cause.

En premier lieu, il faut citer la politique de l’État israélien, qui n’a jamais cessé de développer la colonisation en particulier de la Cisjordanie, ni d’opérer des assassinats ciblés de dirigeants et de militants palestiniens et une répression très dure contre la population palestinienne. Et ce, à tout moment du processus d’Oslo puis du plan dit “feuille de route” et même quand les organisations palestiniennes (y compris le Hamas) acceptèrent et respectèrent des trêves “militaires”. Cela touchait à l’absurdité, quand l’État d’Israël, exigeant de l’Autorité palestinienne qu’elle mette fin aux actions du Hamas, a détruit ses moyens d’action, a liquidé ses structures opérationnelles et l’a empêchée d’agir.

Alors qu’en 2002 le Hamas disposait d’une audience réduite au sein de la population palestinienne, le siège de la Mouqata’a et la destruction systématique des institutions palestiniennes ont permis à cette organisation de sortir progressivement de sa marginalité, face à une Autorité palestinienne complètement impuissante. La politique de “négociations” avec Israël n’a apporté aux Palestiniens qu’une dégradation importante de leurs conditions de vie. Dans un tel contexte, le refus du Hamas de ce processus de négociations a été plébiscité.

Le second facteur de la montée du Hamas, c’est la politique menée par l’Autorité palestinienne dominée entièrement par le Fatah, qui non seulement a laissé ou plutôt a organisé la corruption au profit de ses dirigeants, mais n’a mené aucune politique sociale digne de ce nom dans des territoires dévastés par le chômage, la misère, la dégradation des conditions de vie et d’accès aux services les plus élémentaires (l’eau à Gaza par exemple). « Ils ont voté Hamas pour des raisons de politique intérieure et voient son arrivée au pouvoir dans un contexte plus politique que social », estime Islah Jad, professeur de sciences politiques à l’université de Bir Zeit, près de Ramallah. « Ils veulent la fin du clientélisme et de la corruption », souligne-t-il. Sociologue à l’université de Bethléem et nouvel élu du Fatah au Parlement, Bernard Sabellah reconnaît que « le programme du Hamas a mis l’accent sur les besoins basiques des gens : sécurité, travail, justice ».

Dans un tel contexte, il est difficile de mesurer au sein de cette élection le poids d’une hypothétique réislamisation de la société palestinienne. Par exemple, il faut souligner qu’en plus des déçu(e)s du Fatah, des laïques et des chrétien(ne)s ont donné leurs voix au Mouvement islamiste et, quoi qu’en disent certains de ses élu(e)s, tous ne souhaitaient pas, avec ce vote, introduire “plus d’islam” dans leur quotidien. D’ailleurs un contre-exemple peut être trouvé dans le district de Kalkiliya, une ville de Cisjordanie où le Hamas est majoritaire au sein du conseil municipal. La municipalité y a interdit la plupart des événements culturels. Dans ce district, aucun député islamiste n’a été élu. « Ils ont voulu imposer leurs vues, ils ont été battus », analyse Bilal Al Shafi, professeur à l’université An-Najah de Naplouse. D’ailleurs le Hamas a toujours nié, jusqu’à présent, vouloir imposer sa morale et les valeurs islamiques à l’ensemble de la société.

Un avenir incertain

Concernant le futur, il est bien difficile de savoir quelle va être la politique du Hamas, tant en ce qui concerne la vie des Palestinien(ne)s, que les rapports avec Israël. Les messages envoyés sont contradictoires. Ainsi, Mahmoud Zahar, l’un des responsables du Hamas dans la bande de Gaza, a affirmé dans une interview au Sunday Telegraph : « On ne va pas reconnaître Israël mais on pourrait parvenir à une trêve à long terme. » Par contre, selon le New York Times du mardi 14 février, les États-Unis et Israël travailleraient à mettre en place des moyens de déstabiliser le nouveau gouvernement palestinien en étouffant économiquement et diplomatiquement l’Autorité palestinienne. « Israël et les États-Unis sont obsédés par l’idée de défaire cette élection au plus vite. L’Autorité palestinienne pourrait s’effondrer en six mois. »

Déjà l’État d’Israël a annoncé sa décision de ne plus reverser à l’Autorité palestinienne les droits de douane qu’elle prélève sur les importations au sein des territoires occupés. Le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien va devoir naviguer entre de multiples écueils. D’une part, l’instabilité politique que cette élection renforce, d’autre part, les incertitudes sur l’attitude de la nouvelle autorité palestinienne vis-à-vis du mouvement de solidarité international vont compliquer encore davantage les choses pour maintenir ou renforcer les liens de solidarité qui ont pu se tisser au fil des campagnes civiles internationales. Mais fondamentalement, le mouvement ne devrait pas infléchir ses actions.

La solidarité internationale n’a jamais été dirigée au profit du Fatah quand il était au pouvoir. Les interlocuteurs palestiniens ont toujours été essentiellement des associations et/ou des syndicats palestiniens et non pas les représentants de l’Autorité. Il en sera de même aujourd’hui. Nul besoin de se soumettre au bon vouloir du Hamas pour continuer à organiser la solidarité au bénéfice du peuple palestinien. Bien sûr, en Occident, il va être plus difficile de défendre la cause palestinienne, face à ceux qui accuseront les palestinien(ne)s d’avoir choisi le terrorisme. Mais ceci est un autre débat.

Jacques Dubart (AL Agen)

[1Selon le directeur d’un Institut d’études politiques palestiniennes, Khalil Shikaki, le Hamas a remporté 56 % des sièges avec 44 % des voix.

 
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