Rroms : Des citoyens européens ?

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Bien que bénéficiant théoriquement des mêmes droits que n’importe quel citoyen européen, les Rroms sont victimes d’un racisme que personne ne prend la peine de dissimuler. Ils sont dès lors confrontés à une multitude de problèmes sociaux.

Depuis janvier 2014, les personnes roumaines et bulgares qui habitent en bidonvilles sont des ressortissants européens de droit commun. Depuis bientôt un an, ils ont sur le papier les mêmes droits qu’une Anglaise ou un Espagnol  : liberté de circulation sans visa dans l’Union européenne, possibilité de rester en France soumise à des conditions relativement peu restrictives, accès au droit commun pour le logement, droits sociaux, etc. Les Rroms de ces pays doivent bien sûr bénéficier de ces droits.

Mettre fin aux expulsions

Pourtant on ne sait pas par où commencer s’il faut décrire la jungle des logiques xénophobes qui s’entremêlent pour enfoncer chaque jour un peu plus dans la galère les habitantes et les habitants de bidonvilles. Il y a d’abord les Caf qui mettent un temps délirant à lâcher les allocations auxquelles les familles ont droit. Il y a aussi les préfectures qui continuent à refuser des titres de séjour (même quand elles sont dans l’obligation de les délivrer), le harcèlement policier, la suspicion permanente de fraude qui découle des récents discours sur le «  tourisme social  ».

Et il y a surtout les expulsions de lieux qui s’enchaînent en région parisienne depuis deux mois, malgré les tentatives de les faire annuler via des mobilisations et des actions en justice  : à la Courneuve le 8 septembre, à Nanterre le 24 octobre, et à Bobigny où, le 21 octobre, le bidonville des Coquetiers a été détruit au bulldozer (peu après, celui de la Folie a été rendu expulsable par décision de justice  : ce sera probablement le prochain). À chaque fois, les propositions de relogement relèvent de la mauvaise blague : elles concernent une minorité des habitants et habitantes, et sont souvent actées pour une durée de quelques jours, à des dizaines de kilomètres de leurs lieux de vie, dans des hôtels sordides et inadaptés aux besoins des familles.

Renforcer la solidarité

Les soutiens sont là systématiquement, mais pas assez nombreux, souvent isolés et prisonniers des logiques locales, sans que des liens ne soient tissés entre les différents collectifs composés pêle-mêle d’associations citoyennistes, de bénévoles à ambition humanitaire, et de quelques libertaires. À cause de l’éloignement, de la précarité des situations, des différences (voire divergences) de points de vue, les actions se suivent sans jamais mobiliser plus de quelques personnes à chaque expulsion. C’est pour cela qu’il est difficile de faire entendre une parole critique sans en déposséder les personnes concernées, en même temps qu’on pare à l’urgence des situations matérielles.

Ce n’est pas compliqué de faire valoir que ces expulsions ne font qu’aggraver la galère  : les démarches sont interrompues, le suivi scolaire rendu impossible, la santé se dégrade, les absences au travail se multiplient...

Surtout, ce à quoi il faut nous opposer, c’est à la construction racisée d’un «  problème Rrom  », à travers le maintien de ceux-ci dans une situation de misère dont on peut ensuite les prétendre responsables. Il n’y a pas un problème Rrom, mais une multitude de problèmes sociaux qui les accablent  : mal-logement, racisme d’État, politiques d’austérité et de casse des services publics, marché de l’emploi saturé pour celles et ceux qui n’ont pas de travail. La source de ces maux, c’est le repli sur soi d’un capitalisme en crise, un contrat social qui ne marche plus, un État qui prône la peur des autres plutôt que d’assumer son échec.

Clem (commission antiraciste d’AL)

 
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