A contre-courant : Les grands prêtres de l’Europe

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


Pour restaurer les vertus viciées du vernis craquelé de la démocratie formelle, une trêve sociale tacite s’impose. Toutes les forces politiques institutionnalisées y souscrivent, espérant tromper encore l’électorat. Le rituel des manifestations-processions s’est donc interrompu et les mouvements revendicatifs doivent être canalisés pour ne pas troubler le jeu de débats frelatés sans enjeu… N’en doutons pas, de piètres ténors de droite et de gauche vont entonner les refrains usés d’une Europe de proximité, mieux régulée, plus démocratique, sociale, voire écologique, prouvant par là même qu’elle ne l’est pas. Difficile exercice car désormais, en pleine crise, les classes populaires ont accumulé une amère expérience. Pour tenter de réduire l’abstention massive qui se dessine, les politiciens fustigeront leur manque de civisme sans pouvoir les convaincre : jamais mandat n’a été donné pour délocaliser les entreprises, privatiser les services publics, démanteler le droit du travail, renflouer les banquiers et les spéculateurs. Depuis belle lurette socio-libéraux et libéraux-sociaux ont signé un pacte de connivence pour obéir aux intérêts du capital libéralisé car, selon eux, il n’y a pas d’autre alternative.

Toutefois, lors des joutes médiatiques, ils éviteront soigneusement de transgresser nombre de tabous : non seulement la réalité d’un parlement croupion, celle d’une commission nommée par les gouvernements disposant de pratiquement tous les pouvoirs, d’un Conseil européen des ministres entérinant les directives qui lui sont soumises, d’une banque centrale méprisant toute ingérence, bref, tout ce qui risque d’apparaître comme une négation des principes démocratiques qu’ils proclament. Mais surtout, derrière le paravent de la mascarade électorale, doivent être occultés les acteurs réels, grands prêtres de la bonne gouvernance, qui comme l’ERT (les 45 entreprises européennes de taille mondiale), le TABD (multinationales), la Trilatérale, le groupe Bildenberg… dictent leurs lois.

Soigneusement organisés, ils commettent des milliers de lobbyistes qui hantent les couloirs de la Commission et du Conseil, rédigent rapports et directives [1] complaisamment repris, génuflexions à l’appui. Le socialiste P. Lamy était particulièrement obséquieux à cet égard : « Nous ferons ce que nous avons à faire, d’autant plus facilement que de votre côté, vous nous indiquerez vos priorités … Nous allons faire notre travail sur la base de vos recommandations » (le 20-10-99 à Berlin devant le TABD). C’était comme une réponse à D. Rockfeller qui le 1-02-99 à la Trilatérale déclarait « La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers est préférable au principe d’autodétermination des peuples ».

Voila qui est clair. Pour racoler un électorat en déshérence nous aurons certes droit aux sempiternelles litanies : « la gauche, c’est mieux que la droite », « la droite c’est plus sûr que la gauche » pour que rien ne change, et pas de voix pour affirmer : il faut détruire les institutions européennes existantes pour ouvrir le chemin de l’émancipation sociale.

[1Lire à ce sujet Europe INC. Comment les transnationales construisent l’Europe, Collectif - éd. Agone.

 
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