Antilles : Redéploiement des forces

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Après la grève générale de février-mars, l’État ne s’avoue pas vaincu. Pour reprendre la main, après des États généraux de l’Outre-mer bidons, il annonce un référendum modifiant le statut de l’île. Les politiciens locaux, désavoués pendant le mouvement, sont tout heureux de retrouver un rôle...

Dans le camp des salarié-e-s, il s’agissait, depuis les grèves générales du début 2009, de veiller à ce que les accords « Jacques Bino » en Guadeloupe et les accords « du 5 février » en Martinique soient appliqués, malgré toutes les manœuvres visant à centrer les débats autour des articles 73 et 74 de la Constitution [1]. Plusieurs grèves sectorielles se sont donc succédées. Les comités de contrôle des prix, constitués par quartier ou par commune, jouent leur rôle.

L’État ment : la grève aurait cassé l’économie antillaise ; si l’on réclame trop, notamment la claire application des accords signés, on irait droit à la catastrophe. Faux arguments ! Il est vrai que les faillites se succèdent, que les entreprises n’embauchent plus, que le bâtiment, pour ne prendre que cet exemple, tourne au ralenti. Le chômage serait passé de 22 % à environ 24 %. Mais qu’attendre d’une « économie de comptoir » dans des régions colonisées, où l’on a refusé systématiquement d’investir dans la création d’un tissu industriel ? La plupart des produits manufacturés proviennent de métropole. La production martiniquaise est surtout agricole (banane et sucre).

La crise a précédé la grève générale

À y regarder de plus près, la crise a bon dos. Aux Antilles, les investisseurs, dans le bâtiment notamment, sont en grande partie les collectivités publiques. On s’aperçoit par exemple, qu’en Guadeloupe « la commande publique bat son plein [...]  : 1 400 logements sociaux, 600 millions d’euros de projet sur trois ans, dont deux hôpitaux, la rénovation de Pointe-à-Pitre, une usine de traitement des déchets, un lycée… » [2].

Certes des entreprises ferment, mais ce mouvement s’est accentué dès octobre 2008. Les grévistes n’y sont pour rien : dans les régions du monde où il n’y a pas eu de grève, les entreprises ont aussi fermé. Les États généraux de l’outre-mer auront été un cirque médiatisé pour les politiciens, revenus des craintes provoquées par le mouvement social. L’idée du gouvernement était de poser un débat institutionnel, de provoquer une consultation référendaire, toute manœuvre qui permettrait d’éluder les revendications sociales avancées par les manifestations pendant plusieurs semaines. Et à ce jeu, les politiques ne pouvaient qu’être partenaires. Discrédités par leurs atermoiements, ils pouvaient enfin se retrouver, et se congratuler, à Cayenne, créant pour la circonstance un « rassemblement martiniquais ». Se battre pour deux articles de la Constitution française, dans « l’intérêt général des Martiniquais »… bien sûr !

En 2003, la tentative de changement institutionnel, s’était terminée par un fiasco référendaire : le non l’emporta alors au grand dam de tous les politiciens !

Black-out médiatique

Concernant le meeting de rentrée du Collectif du 5 février (K5F) qui a piloté toute la grève générale en Martinique, la presse avait préféré le black-out : cette soirée n’était annoncée dans aucun grand média. Les orateurs qui se sont succédés, tout en dénonçant les injustices, les licenciements et la répression, l’augmentation du prix des carburants, ont appelé à une stratégie de manifestations, d’actions constituées autour du renforcement des comités de contrôle des prix. L’annonce d’une coordination LKP/K5F/Guyane par des orateurs du LKP, a suscité l’ovation de la foule.

Une relation étroite est établie avec ceux qui luttent dans les dernières colonies, et notamment, en Kanaky, avec l’USTKE. La solidarité avec les salarié-e-s en France a également été réaffirmée. Une journée d’action a eu lieu le 3 octobre.

Nemo (AL Martinique)

[1Lire la série d’article « La Martinique debout » dans AL d’avril à juillet.

[2France-Antilles du 10 septembre 2009.

 
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