Campagnes : Le capitalisme à l’assaut du monde rural

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Sous les champs de fleurs, la pollution. Les espaces ruraux n’ont rien à envier à la ville pour les ravages que les intérêts économiques dominants y produisent : utilisation massive de produits phytosanitaires, grands projets inutiles, règne de la voiture... Le constat est sombre mais les résistances existent.

Les pics de pollution des grandes villes font la une des médias nationaux, les pistes cyclables et transports en commun font partie du paysage urbain et certains centres-villes sont interdits aux voitures. Mais l’écologie peine à sortir des agglomérations. Pourtant, les ravages du capitalisme n’épargnent pas la campagne.

Si seulement 25 % de la population française vit dans une commune de moins de 2000 habitants, 39 % vit en zones dites rurales ou péri-urbaines, soit 22,8 millions de personnes. Ces chiffres généraux cachent la variété du milieu rural : de la petite commune sous l’influence d’une grande ville au gros bourg plus isolé. Cependant les constats sont bien souvent les mêmes.

Si on analyse le vote écologiste aux élections, il atteint de forts scores dans les centres-villes, il diminue à mesure qu’on s’en éloigne : un peu moins fort en périphérie, beaucoup moins en campagne. De fait, les thématiques abordées par les écologistes politiques sont le plus souvent urbaines, et parfois caricaturales vis-à-vis du monde rural. Ainsi les lieux où le vote « vert » est fort en campagne correspondent à des terres d’accueil de néoruraux fuyant la ville.

Agriculture intensive

En découle une image quelque peu fantasmée, opposant les « pollueurs agriculteurs » aux « bobos parisiens ». Les revendications et actes du principal syndicat agricole, la FNSEA, n’aident pas à décrypter une situation pourtant plus nuancée. Ce syndicat regroupe 320 000 adhérents, soit 60 % des agriculteurs. Cependant, les adhésions sont le plus souvent indirectes et découlent de l’influence institutionnelle de la FNSEA. Par exemple, le syndicat apicole Unaf a longtemps adhéré à la FNSEA, dans le but de participer à des groupes de travaux européens.

Pour autant la forme d’agriculture la plus pratiquée reste intensive et fait peu de cas des problèmes environnementaux. C’est surtout l’utilisation des produits phytosanitaires qui semble menacer la biodiversité. Les derniers arrivés, les néonicotinoïdes, posent de gros soucis aux insectes pollinisateurs, notamment aux abeilles. L’hiver 2014-2015 a été catastrophique pour les apiculteurs : près de 60 % de pertes estimées dans certains départements. La suppression des haies bocagères et des zones humides participe aux difficultés rencontrées par les abeilles, amenuisant leurs sources de récolte de pollen et de nectar. Si on peut s’apercevoir aisément des effets sur les abeilles, car elles sont élevées pour la production de miel, les conséquences sur les autres pollinisateurs et sur la biodiversité en général sont plus difficiles à estimer. Il semblerait que toute la chaîne alimentaire soit impactée. En outre, les produits phytosanitaires s’accumulent dans les sols, les cours d’eau et les nappes phréatiques.

Bétonnage au galop

Mais l’agriculture intensive a aussi d’autres travers. Ainsi lorsque les villes connaissent des pics de pollution liés à la circulation, l’activité industrielle et l’aviation, les campagnes ont également des pollutions de l’air aux particules fines. La principale cause en est l’épandage d’engrais et de lisier. Enfin les engins agricoles, mais aussi les engrais et produits phytosanitaires sont très gourmands en pétrole, et participent au réchauffement climatique.

Les premiers touchés par ces pollutions sont les agriculteurs eux-même. Ces derniers sont plus atteints que le reste de la population française par plusieurs cancers, notamment cancers de la peau, de la prostate et des lèvres, mais aussi par une fréquence accrue des fausses couches.

Deux cent vingt hectares par jour. Un département tous les sept ans. Ces chiffres effrayants représentent la surface des terres cultivées qui disparaissent en France. La principale cause est l’extension des zones urbaines : la construction de zones commerciales et industrielles, accompagnées de parkings géants ; la création de lotissements ; l’implantation d’infrastructures de transport au large des métropoles (aéroports, gares TGV…) ; des attractions touristiques (comme le golf géant de Montcombroux-les-Mines, dans l’Allier ou le projet de Center Parcs de Roybon) ; le réseau routier enfin. La possible exploitation du gaz de schiste risque d’amplifier le processus.

Deux autres raisons, intrinsèquement liées, peuvent êtres invoquées : l’abandon de terres peu rentables et la difficulté à reprendre certaines exploitations.

Ainsi, en 2010, plus de 14 000 exploitations agricoles ont disparu. Le prix d’une exploitation, terre, bétail, outillage, est souvent bien au-delà du montant qu’un jeune agriculteur peut avancer. En découlent soit des solutions à base de fermage (l’agriculteur ne possède pas la terre qu’il cultive), soit le regroupement en grosses exploitations agricoles, favorisant ainsi les plus riches des agriculteurs.

Face à ces dangers, le réseau associatif Terre de liens [1] a vocation à défendre l’usage des terres agricoles et à trouver des solutions de financement coopératif pour l’installation des jeunes agriculteurs.

Boulot, bagnole, dodo

Dans les villages et les petites villes de province, il n’existe pas d’alternatives à l’usage systématique de la voiture. En effet à l’écart des agglomérations et des grands axes, le transport ferroviaire est réduit à peau de chagrin. La situation ne va pas en s’améliorant : la SNCF projetterait de fermer une vingtaine de lignes à desserte locale dans les dix prochaines années.

Le covoiturage n’est pas une solution : entre petites villes et bourgs l’offre de trajets est quasi inexistante. L’usage du vélo est uniquement récréatif, les axes routiers n’étant pas aménagés pour effectuer des trajets de nuit en toute sécurité. À part quelques régions qui disposent de lignes SNCF par bus, ce type de transport est limité au transport scolaire.

foyers de résistance

Bref, il est impossible de vivre en campagne sans voiture. C’est un problème car le besoin de se déplacer est grand : les commerces ont quitté les petits bourgs, les services publics se font rares, et les associations sont souvent implantées dans les plus gros bourgs avoisinant. Les bourgs deviennent des dortoirs, malgré les trajets imposés par l’éloignement du lieu de travail, parce que l’immobilier y est moins cher.

Face à ces enjeux écologiques et sociaux, la réponse politique est inexistante. Des syndicats comme la Confédération paysanne, mais aussi le mouvement des Cuma (coopératives), sont des foyers de résistances de la paysannerie. Le mouvement libertaire est historiquement marqué par les mouvements révolutionnaires issus des campagnes. Ne désertons pas ce terrain et cet héritage !

Éric (commission écologie)

 
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