Edito : Étonnants lycéens

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Ils et elles sont vraiment très forts ces lycéens.

Nous ne savons pas où en sera leur lutte quand paraîtront ces lignes. Toujours est-il que cela fait trois mois que leur mobilisation dure. Elle a connu des hauts et des bas, mais pour les milliers de lycéen(ne)s qui participaient aux actions impulsées par la Coordination nationale lycéenne ces derniers jours la détermination était intacte. Ce combat est exemplaire. Il constitue d’abord une leçon contre la résignation que prêchent à longueur d’année les partis institutionnels, les bureaucraties syndicales, le gouvernement et les médias. Depuis janvier, ces derniers n’ont cessé de donner dans le pathétique, à l’instar des écoles de formation de futur(e)s ministres PS (UNL et FIDL), prédisant la mort du mouvement lycéen au moindre fléchissement et écrivant le contraire face à l’évidence d’une mobilisation qui s’est inscrite dans la durée.

Les lycéen(ne)s ont su exprimer quelque chose de rare dans la jeunesse et dans la société française : de la colère. Cette colère qui a tant fait défaut en mai-juin 2003, excepté dans l’Éducation nationale.

Cette révolte, ce refus de la soumission et de la servitude volontaire qui ont tant marqué la grande majorité des travailleur(se)s après la défaite de 2003 contribuent à désacraliser la toute puissance de la loi.

Habituellement, le sens commun veut que les opposant(e)s à une loi inique s’inclinent losqu’elle est votée. Là, rien de tel. Cette détermination fait écho à celle des intermittent(e)s du spectacle ou encore des faucheur(se)s volontaires de champs d’OGM. Elle est créatrice de majorités d’idées et elle finira donc par triompher.

Le gouvernement a pour seul argument politique une conception policière de l’histoire (“ une minorité de jeunes manipule la majorité qui veut travailler ”) et pour seule réponse à la mobilisation la répression. Le torse bombé de Fillon dissimule mal la peur du gouvernement de voir l’édition 2005 du bac perturbée.

Cette attitude n’est pas sans rappeler la grande peur de 2003 quand Raffarin avait demandé à Sarkozy de prendre le relais de son malheureux sous-ministre de l’Éducation pour obtenir du Syndicat national de l’enseignement secondaire (SNES) l’engagement de ne pas perturber le bac. Alors que ce dernier tenait le gouvernement dans sa main, il a choisi de céder, on connaît la suite.

Tout n’est donc pas fini. Alors que les enseignant(e)s dans leur ensemble ont préféré jusque-là s’enfermer dans le corporatisme voire la défiance plutôt que rejoindre leurs élèves dans la lutte, il apparaît que seule une stratégie de désobéissance civile pourra mettre en échec le pouvoir et sa loi en refusant collectivement les sanctions disciplinaires, les heures supplémentaires ou encore l’instauration des contrats individuels de réussite.

Le gouvernement est d’autant plus fragilisé qu’il redoute un vote hostile à la constitution européenne du capital le 29 mai.

Le 29 mai, il sera nécessaire de voter non pour sanctionner une construction capitaliste de l’Europe et une politique nationale qui lui est intimement liée.

Mais sans attendre cette échéance, il faut imiter les lycéen(ne)s et constituer un véritable front social qui permette de faire reculer la bourgeoisie et triompher les revendications sociales.

Alternative libertaire, le 15 avril 2005

 
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