Emploi : Une « grève » des chômeurs et des précaires

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Ces dernières années, les mesures se sont accumulées contre les chômeuses et les chômeurs, visant toujours à leur faire davantage accepter n’importe quel boulot et à les indemniser le moins possible. Aujourd’hui un mouvement se construit pourtant.

Alors que le chômage et la précarité n’ont cessé d’augmenter, notamment depuis le début de la crise financière, peu de luttes d’ampleur ont émergé depuis le mouvement des chômeurs de 1997. Les difficultés sont en effet nombreuses pour les chômeurs désireux de s’organiser pour lutter : l’isolement, la précarité rendent cette partie de la population particulièrement difficile à mobiliser.

Cette année pourtant, après le relatif succès des marches contre le chômage de décembre, mais dont la dynamique naissante s’était heurtée à la répression (voir AL de janvier), différentes organisations et collectifs de chômeurs et précaires, notamment en Bretagne, ainsi que la Coordination des Intermittents et Précaires de Paris (CIP) se sont coordonnés, avec la volonté de relancer un mouvement à partir du 3 mai.

Le renouveau des mobilisations

Plusieurs idées forces ont émergé de cette coordination : la volonté de lier la question du chômage et celle de la précarité (et pour certains collectifs, de remettre en cause la notion même de travail en posant la question de son utilité sociale et écologique), celle d’essayer de construire une liaison avec les travailleurs de Pôle emploi (PE), et de mettre en avant le mot d’ordre de « grève des chômeurs et des précaires ». Mot d’ordre étonnant qui pouvait laisser sceptique au départ, mais qui a finalement acquis une certaine visibilité après l’irruption de la CIP sur le plateau de L’objet du scandale sur France 2, et qui a bien été compris comme le refus des chômeurs en lutte de se plier aux différents dispositifs de contrôle de Pôle emploi, rendez-vous obligatoires, formations, stages, séances de « coaching », et d’affronter collectivement les risques de radiation.

Des succès à élargir

Fin avril, les actions ont donc commencé à s’enchaîner, notamment à Paris et dans le Nord Ouest de la France : occupations de Pôles emploi, de CAF, de boîtes de « coaching » sous-traitant pour PE, auto-réductions dans les supermarchés... Actions qui ont permis de petites victoires : à Rennes, l’occupation de la direction régionale de PE a amené celle-ci à accepter que les chômeurs participant à la grève ne puissent être sanctionnés. Dans cette ville et dans d’autres, les actions dans les Pôles emploi et dans les CAF ont également permis de débloquer un nombre conséquent de dossiers, de personnes risquant des radiations ou ne recevant pas les aides auxquelles ils et elles avaient droit.

Les actions s’enchaînant à un rythme endiablé (une par jour à Rennes) n’ont malheureusement pas vu s’élargir réellement la base du mouvement au-delà de ceux et celles qui en étaient parties prenantes au départ. Conscients de ce problème, les chômeurs, chômeuses et précaires en lutte ont prévu à Rennes (et sans doute ailleurs) de nouvelles actions visant plus spécifiquement à populariser le mouvement. Affaire à suivre...

Gaspard (AL Rennes)

 
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