Enseignement supérieur : Licence to kill à l’Université

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En décembre 2010, Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, annonçait la deuxième étape de son plan de réussite en licence, dont la mise en œuvre avait commencé fin 2007.

Après avoir expérimenté quelques mesures dans des universités « pilotes », Valérie Pécresse entend appliquer sa « nouvelle licence » dès la rentrée 2012 et faire ainsi du diplôme de licence un « diplôme pour l’emploi ». Dans son discours de clôture du colloque annuel de la Conférence des Présidents d’Université (CPU), Valérie Pécresse a évoqué sa réforme de la licence dans le style vibrant des plumitifs de cabinets. Après avoir évacué les expressions creuses de la langue ministérielle, les ambitions réelles et les buts poursuivis apparaissent clairement. L’objectif affiché est ainsi de mettre en place « une université décomplexée qui n’hésite pas à multiplier les partenariats, que ce soit avec d’autres établissements ou avec le monde économique », et de ne pas « enferm[er] nos universités dans une vision figée et uniforme des différents cursus » ; « il faut, selon elle, mettre l’imagination au pouvoir, comme toujours, oser la différenciation et la personnalisation des parcours bien sûr ! » [1].

Résistance contre la dévalorisation de la licence

Décryptage : l’université de demain doit s’adapter aux exigences du patronat en alignant ses offres de formation sur les demandes des employeurs et doit délivrer des diplômes sans cadre national, taillés sur mesure pour correspondre aux besoins de main d’œuvre du bassin d’emploi local.

Trois grands axes doivent guider la mise en place de cette « nouvelle licence » : il faut « transmettre plus », c’est-à-dire développer la pluridisciplinarité en faisant de la licence un « lycée supérieur » ; il faut « accompagner mieux » et donc mettre en place un contrôle continu intégral, qui laisse sur le bord de la route les nombreux étudiants et étudiantes salarié-e-s ; il faut, enfin, « professionnaliser mieux » en supprimant des enseignements disciplinaires au profit de cours de langue, de techniques de communication et autres « compétences indispensables dans la vie professionnelle », et en mettant en place des stages (peu ou pas rémunérés) pour familiariser les étudiantes et étudiants avec l’exploitation au travail. Face à cette réforme, qui vise à écrémer la licence générale de toutes et tous les étudiants qui doivent financer eux et elles-mêmes leurs études et à développer la professionnalisation dès la deuxième année de fac, la résistance s’organise autour de revendications immédiates : des diplômes de qualité reconnus dans les conventions collectives, des recrutements de personnels enseignants ou administratifs titulaires, la mise en place de modalités de contrôle des connaissances permettant l’égalité des étudiantes et étudiants et un réel financement des études pour combattre la sélection sociale. La rentrée risque d’être agitée pour les fossoyeurs de l’université.

Benjamin (AL Paris Nord-Est)

[1Discours de Valérie Pécresse, 13 mai 2011

 
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