Foire à l’autogestion de Toulouse : Une édition 2015 en demi-teinte

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La Foire à l’autogestion de Toulouse, dont la quatrième édition s’est tenue fin avril-début mai, a vu se succéder des débats de très bonne tenue mais a pâti de la faible affluence.

Pour sa quatrième édition, la Foire à l’autogestion de Toulouse a été déclinée sur deux samedis à une semaine d’intervalle. Les thèmes retenus étaient l’éducation et les coopératives ouvrières. Malgré une participation de plusieurs organisations (Alternative et Autogestion 81, AL, Association pour l’autogestion, Avanti Popolo, Bazar au Bazacle, CNT SO, Groupe anarchiste Albert Camus, Librairie itinérante Amalante, librairie Terra Nova, Le Coquelicot , NPA, Université populaire anarchiste) et des débats de qualité, l’affluence n’était pas au rendez-vous.

Pédagogie et autogestion

Le samedi 25 avril, la Foire avait lieu dans le squat historique de La Chapelle pour une fin d’après-midi consacrée à l’École moderne et à son principal penseur : le Catalan anarchiste, libre-penseur et pédagogue Francisco Ferrer y Guardia.

Deux moments se sont succédé. Le premier fut dédié uniquement au personnage de Ferrer (né en 1859), initiateur des écoles modernes et rationalistes et inventeur d’une pédagogie innovante qui, dès la fin du XIXe siècle, a pour but de partir de la personnalité de l’enfant et non de lui asséner un bréviaire de propagande chrétienne élaboré d’en haut par la hiérarchie catholique. Mais Ferrer est aussi précurseur dans la mise en place de la mixité sur les bancs de l’école ou d’un système de santé durant le cursus scolaire.

Cette pédagogie progressiste se développe à Barcelone au moment où la classe ouvrière catalane entre en conflit ouvert avec la bourgeoisie, l’Église et l’État. Les syndicalistes libertaires commencent à ce moment à structurer un mouvement ouvrier combatif, en y distillant l’idéologie libertaire et c’est à la suite des émeutes anticolonialistes de 1909 (contre la guerre au Maroc) qui débordent en insurrection à Barcelone que Ferrer est arrêté et condamné à mort sur ordre de l’Église. Pour plus d’informations sur sa vie et son œuvre, on pourra se reporter aux livres publiés aux éditions du Coquelicot (Une pensée en action) et ACL (Une éducation libertaire en héritage) d’ailleurs posés sur la table de presse pour l’occasion.

En soirée, un deuxième moment a démarré qui a été l’occasion pour notre camarade Véronique (institutrice et pédagogue) d’établir une brillante filiation entre Ferrer et le Français Célestin Freinet – beaucoup plus connu. Le débat a pu rebondir sur la situation de l’école publique en France. De nombreuses interventions parmi les auditeurs et auditrices ont pu faire part de la situation de précarité que connaissent bon nombre d’enseignantes, enseignants, et personnel assimilé, ce qui fait reculer la qualité de l’enseignement et en éloigne d’autant plus les enseignements liés à la pédagogie Freinet. En conclusion de ce débat, le terme de « modernité » qui prévalait à la fin du XIXe siècle et qui était présenté comme progrès social, a laissé la place à la modernité libérale qui, elle, est synonyme de retour à un enseignement réactionnaire.

Si le contenu était de haute tenue (tant du point de vue intellectuel que de la restauration et du bar), on ne peut que déplorer la faible affluence de cette journée : moins de 50 personnes en tout intervenants et organisateurs compris.

La foire au bazar

Le second temps de la Foire s’est déroulé le samedi 2 mai dans le cadre du désormais traditionnel Bazar au Bazacle toulousain. Cet événement dure depuis neuf années et s’inscrit dans un événement engagé et festif d’une frange militante du mouvement social toulousain qui se situe sur le week-end du 1er Mai : une centaine de personnes sont passées sur un des trois débats.

Le premier abordait la question de la mine de fer ariégeoise du Rancié qui a été autogérée du Moyen Âge jusqu’en 1930. Le second, sur l’éthique des Scop a réuni 80 personnes dont un quart de coopérateurs et coopératrices de tous horizons : nettoyage, bâtiment, imprimerie, boulangerie…

Des militantes et militants associatifs se considérant « lutte de classe » ont exprimé à cette occasion l’envie de rejoindre ce réseau en gestation et ont donc posé la question de son élargissement au-delà des Scop.

Du coopérativisme à la solidarité

Ce débat fut surtout l’occasion d’aborder l’éthique dans une Scop et il s’est agi de poser les jalons d’une charte face aux dérives libérales, notamment de la Fédération nationale des Scop et des unions régionales (URScop) qui intervient auprès du gouvernement comme un lobby bêtement patronal. On a pu aborder divers points : égalité des salaires ; temps de travail et flexibilité face à la concurrence libérale ; démocratie interne et rotation ; spécialisation des taches de travail ; nécessité d’un syndicat (certains membres sont par ailleurs militantes ou militants CGT ou CNT-SO) ; relation et formation des stagiaires (éducation populaire) et des salarié-e-s non coopérateurs ; insertion professionnelle ou encore limite numérique pour avoir une Scop « à taille humaine ».

Le troisième débat portait plutôt sur la place du coopérativisme dans la société économique actuelle en partant du constat que les cotisations sociales ne sont pas autogérées par les coopérateurs mais par l’état et le patronat : d’où la pertinence de la place d’un réseau capable de mobiliser sur les problématiques des retraites, de la Sécurité sociale ou des salaires par exemple aux côtés du syndicalisme.

Au-delà de cette problématique commune à l’ensemble des salarié-e-s, la question s’est posé de la solidarité avec les au­tres mouvements sociaux aussi bien dans le soutien effectif à des travailleurs en grève qu’à des squats... Enfin, la multiplication des Scops créées par des sections syndicales (Fralib, ex-Pilpa et ailleurs dans le monde), des militants et/ou des individus qui n’ont plus envie de vivre avec la moindre pression hiérarchique remettent au goût du jour la convergence entre mouvement social/syndical et coopérativisme que les révolutionnaires de la fin du XIXe siècle avaient nettement loupé en laissant l’initiative coopérativiste aux seuls sociaux-démocrates.

Pourtant, malgré l’intérêt et la qualité des débats et des intervenants et intervenantes, on ne peut pas réellement se satisfaire de la faible affluence sur ces deux temps de la Foire, surtout dans un contexte actuel plutôt marqué par un retour de la question autogestionnaire partout dans le monde. Il est impossible de continuer à militer comme si nos initiatives étaient largement suivies par un « public » en réalité aux abonnés absents. Gageons que nous saurons réinsuffler une nouvelle dynamique pour la Foire de l’année prochaine.

Jean-Marc et Guillaume (AL 31)

 
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