Le mai rampant marocain

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Le Maroc vit depuis trois mois au rythme des mobilisations populaires. Face à la violence du pouvoir, les Marocains et les Marocaines font preuve d’une lucidité, toujours inquiétante pour l’oligarchie qui tient le pouvoir.

Après la désillusion du discours tenu par Mohamed VI le 9 mars dernier, qui promettait plus de droits, l’heure est à la mobilisation et à la contestation. Mais la parole du roi n’a pas à être mise en doute, donc toutes les polices sont envoyées pour clouer la bouche aux gueux… L’« élargissement » de la liberté de la presse comptait parmi les promesses ; quand des journalistes l’exercent, ils se font arrêter. Les poursuites contre le journaliste Rachid Nini, à cause de ses articles dans Al Massae, en est la preuve flagrante.

Quand les habitantes et habitants de Khouribga (une ville dans la zone d’exploitation du phosphate) qui sortent dans la rue pour plus de travail et de dignité, les matraques et les tabassages policiers les attendent. Un sort semblable est réservé à celles et ceux qui se mobilisent contre le festival Mawazine de Rabat, qui monopolise un budget digne d’un mariage de la famille royale anglaise ! Même traitement pour les diplômé-e-s au chômage, qui luttent pour du travail, ou pour les participants de « la balade contestataire » et les journalistes qui couvraient l’évènement. Cette dernière marche était organisée afin d’exiger la fermeture du camp de détention secret de Temara, ou les pires supplices sont pratiqués contre les prisonniers politiques.

Devant cette répression et la manipulation médiatique, les Marocaines et Marocains ne baissent pas les bras. Le 24 avril les manifestations connaissent des chiffres record de participants, selon les organisateurs.

Mobilisation et occupation de la rue

S’ensuit l’attentat de Marrakech, dont l’influence sur la dynamique du mouvement était quasi-nulle, n’en déplaise à ceux qui croyaient le contraire. « La rue reste occupée et advienne que pourra » scandaient des habitants de Bouarfa, où la manifestation pacifiste du 18 mai laisse place à l’émeute, suite à la répression. « On veut un Maroc des libertés pas celui des grandes familles » pouvait-on entendre de la bouche des travailleurs et jeunes khouribgis qui bloquaient le train chargé de phosphate en direction de Casablanca.

A Tanger Le « sit-in du défi » connaît sa deuxième version, dans une ambiance de colère et de peur, après la répression qu’ont subi les participantes et les participants à Rabat. Et le 22 mai les manifestations partout dans le pays surtout à Rabat la capitale, ont connu un dispositif policier très lourd, avec une répression qui laisse l’agence Reuters dire que « la patience de la monarchie envers les contestataires commence à reculer ».

Voilà que le peuple marocain ne se laisse plus berner par les discours bien cuisinés dans les palais, car cette cuisine commence à sentir le pourri. Maintenant que la fièvre du printemps arabe semble gagner l’Espagne, à quand un embrasement de l’Europe entière ? Révolutionnaires, faisons tout pour que les bourreaux disparaissent !

Marouane (AL Paris Nord-Est)

 
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